L'erreur médicale, le burn out et le soignant – – 21 fév 2012
Un nouveau livre qui fera date sur la souffrance du médecin après une erreur médicale. A lire absolument…
Un thème brûlant, une analyse sur le fond sans précédent, un auteur attachant.
L'erreur médicale, le burn out et le soignant - De la seconde victime au premier acteur
Eric Galam - Préface du Pr René amalberti
Editions Springer, Collection Progrès en sécurité des soins
Nous aspirons tous à une société plus performante, réservant une place à chacun plus plaisante à vivre, plus juste, plus éthique, produisant plus de qualité dans ses produits et ses relations.
Cette société idéale est notre jardin de devant.
Elle cache souvent, pour ne pas dire toujours et pour reprendre la métaphore du célèbre psychanalyste Jung, un jardin de derrière non accessible au regard des autres, où s’accumulent toutes les souffrances cachées de son ego mal mené par le prix à payer à cette façade que l’on veut sans tâche.
Le médecin n’échappe pas à cette posture. Ses erreurs ne sont souvent pas racontables, simplement pas acceptables. Leur occurrence blesse le patient et leur enterrement blesse en retour le médecin laissant des traces indicibles et indélébiles, sans leçon guidée et avisée sur les modifications à faire. Le plus grand paradoxe est que cet enterrement rejaillit finalement secondairement sur la pratique motivant l’adoption d’une médecine plus défensive et moins sûre se traduisant par une triple peine: le patient comme première victime, le médecin comme seconde victime psychologique et les patients ultérieurs comme encore plus vulnérables à de nouvelles erreurs de ce médecin fragilisé.
Le lecteur en conviendra, il faut faire quelque chose, mais le sujet n’est pas simple. L’ampleur du nombre de médecins concernés est juste impressionnante: presque tous à un stade modéré et une bonne fraction d’entre eux avec des souvenirs obsédants pour des cas qu’ils n’ont pas su gérer et surtout débriefer dans un cadre constructif et collectif, à la fois pour réduire leur propre douleur morale et pour en tirer les leçons pertinentes sur leur exercice.
Les barrières au changement demeurent multiples: codes d’honneur bloquants, hérités d’un passé et d’une société différente où le dogme de non fiabilité du médecin allait de pair avec la position sociale des acteurs, regard des autres impossible à supporter, qu’ils soient patients ou professionnels, perte de face insupportable, attitudes peu amènes des collègues (et peut-être de nous lecteurs), explications difficiles. En comparaison, les aides sont encore balbutiantes, mais commencent néanmoins à se structurer avec des initiatives qui montrent la voie, des savoir-faire mieux cernés.
Ce livre est le premier ouvrage en langue française qui propose une lecture complète de ce sujet difficile. Il est simplement remarquable sur le fond et sur la forme. Sur le fond, grâce à l’exceptionnelle connaissance de l’auteur sur ce domaine, par l’analyse de centaines d’articles constituant en la matière une revue de questions sans précédent, et par la valeur ajoutée d’une synthèse personnelle sur les différentes dimensions du problème. Sur la forme, par un style scientifique, évitant de tomber dans l’écueil d’un psychologisme inutile, toujours très dynamique, facile à lire grâce à une plume nerveuse et un choix de découpage astucieux en une suite de mini questions-réponses, qui permet des mini lectures par morceaux.
Bref, c’est un livre qui fera date et qui honore cette collection Progrès en sécurité des soins de Springer. Merci à l’auteur et bonne lecture aux lecteurs. Vous allez aimer.
René Amalberti, directeur de la collection
René Amalberti - Mis à jour le 04/05/2012
