Revue de Presse - Mars 2012 – – 19 mars 2012
Retrouvez un panorama complet de la presse internationale concernant la prévention médicale, avec des résumés d'articles traduits en français.
Sommaire
- Le risque est le même pour les patients et pour les infirmières
- De l’erreur de raisonnement à l’accident : quelle relation ?
- Amélioration de la sécurité des soins : meilleur pronostic pour le patient ?
- Deux articles sur la gestion des risques par et pour des chirurgiens
- Sortir de l'ombre : la transparence vue par des radiologues
- Les accidents des colonoscopies
- Que peut-on apprendre des erreurs de diagnostic en soins primaires ?
- Transparence des médecins envers leurs patients : un pavé dans la mare...
- Discussions avec les patients : que veulent-ils entendre ?
- Transmissions d'information entre infirmières : asymétrie des attentes
- Notification automatique des résultats d’examens après la sortie du patient
- Améliorer l’attitude du patient
- Apprendre de ses « presque erreurs » ?
- Coût des accidents médicamenteux dans un hôpital local
- Appréciation de la performance ou mécanisme d’alerte
- Comment agir sur les attitudes de sécurité des patients ?
A noter : la plupart des liens renvoient vers des sites anglais. L'accès au texte intégral de certains articles nécessite un abonnement.
Le risque est le même pour les patients et pour les infirmières
Ces auteurs (US, de Pennsylvanie) ont cherché à établir une corrélation entre le climat de sécurité d’une part et le pronostic pour le patient et les blessures des infirmières d’autre part. Le climat de sécurité est ainsi lié à la fois aux accidents survenus chez le patient et chez les infirmières. L'étude, cependant, porte sur un seul service hospitalier (chirurgie orthopédique).
Source: Taylor JA, Dominici F, Agnew J, Gerwin D, Morlock L, Miller MR. Do nurse and patient injuries share common antecedents ? An analysis of associations with safety climate and working conditions. BMJ Qual Saf. 2012 févr 1;21(2):101–11.
De l’erreur de raisonnement à l’accident : quelle relation ?
Quelle relation entre les défauts de raisonnement, les erreurs de diagnostic et les accidents des patients ? A partir de 247 patients présentant une dyspnée, les auteurs retrouvent 163 défauts de raisonnement, 34 erreurs de diagnostic et 28 accidents chez les patients. Bien que la nocivité des conséquences soit plus fréquente en cas de défauts de raisonnement, dans 4 % des cas où le patient a été lésé, il n’y avait pas d’erreur de raisonnement.
Source: Zwaan L, Thijs A, Wagner C, van der Wal G, Timmermans DRM. Relating Faults in Diagnostic Reasoning With Diagnostic Errors and Patient Harm. Academic Medicine. 2012 févr;87(2):149–56.
Amélioration de la sécurité des soins : meilleur pronostic pour le patient ?
Est-ce que l’amélioration de la sécurité des soins entraîne un meilleur pronostic ? Ceci reste encore à prouver. Sur cette étude portant sur 658 hôpitaux aux USA et 79 462 patients bénéficiant de 6 interventions majeures, le respect complet des procédures de sécurité aboutit à une diminution de mortalité globale post opératoire et à une diminution des conséquences des complications. La spécificité de cette étude est de distinguer les hôpitaux ayant obtenu un respect complet des procédures de sécurité (avec une diminution de mortalité) de ceux qui ne respectent que partiellement ces procédures (sans bénéfice évident sur le pronostic des patients).
Source: Brooke BS, Dominici F, Pronovost PJ, Makary MA, Schneider E, Pawlik TM. Variations in surgical outcomes associated with hospital compliance with safety practices. Surgery [Internet]. [cité 2012 mars 7];(0). Available de: http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0039606011006830
Deux articles sur la gestion des risques par et pour des chirurgiens
Le premier article reprend les “basiques” de la gestion du risque, en détaillant les méthodes de recherche des causes racines, les théories sur l’erreur humaine en distinguant les erreurs systémiques et les erreurs latentes. Ses particularités sont d’être publiées dans l'une des principales revues de chirurgie et d’être écrites par un chirurgien.
Source: Karl R, Karl MC. Adverse Events: Root Causes and Latent Factors. Surgical Clinics of North America. 2012 févr;92(1):89–100.
Le second article (US) étudie les différents types d’erreurs médicales. Il évoque les erreurs de médication, les infections nosocomiales, les chutes, les problèmes de transmission, les erreurs de diagnostic et les erreurs chirurgicales. Les auteurs détaillent l’impact de ces erreurs, réexaminent les causes et les facteurs de risque et proposent un ensemble de stratégies pour les diminuer.
Source: Karl R, Karl MC. Adverse Events: Root Causes and Latent Factors. Surgical Clinics of North America. 2012 févr;92(1):89–100.
Sortir de l'ombre : la transparence vue par des radiologues
Cet éditorial discute des difficultés d’une spécialité (la radiologie) pour gérer l’erreur médicale et en particulier comment respecter la transparence souhaitable dans la communication avec le patient lors d’une erreur médicale. Les auteurs essaient de clarifier la situation, tout en décrivant les barrières limitant cette communication. Ils suggèrent plusieurs pistes pour améliorer la transparence : recommandations spécifiques à la radiologie, programmes de formation et recherche.
Source: Brown SD, Lehman CD, Truog RD, Browning DM, Gallagher TH. Stepping Out Further from the Shadows: Disclosure of Harmful Radiologic Errors to Patients. Radiology. 2012 févr 1;262(2):381–6.
Les accidents des colonoscopies
Les accidents dus à la colonoscopie (ou coloscopie) continuent d’entacher le recours à cet examen, pourtant indispensable pour dépister le cancer du colon. Ces auteurs de l’état de Washington ont examiné plus de 43 000 colonoscopies, ont constaté 4,7 EIG (événements indésirables graves) pour 1000 colonoscopies. Ces accidents surviennent surtout en cas de polypectomie et augmentent avec l’âge (indépendamment des morbidités associées). Mais ces données sont-elles vraiment une découverte ?
Source: Rutter CM, Johnson E, Miglioretti DL, Mandelson MT, Inadomi J, Buist DSM. Adverse events after screening and follow-up colonoscopy. Cancer Causes & Control. 2011 nov 22;23(2):289–96.
Que peut-on apprendre des erreurs de diagnostic en soins primaires ?
Cet article US se penche sur les erreurs de diagnostic en soins primaires, sur les diagnostics erronés et sur les leçons qu’en tirent les praticiens. Leurs conclusions seraient de penser davantage aux diagnostics différentiels, d’aller au-delà du diagnostic le plus évident et d’être vigilant devant une présentation atypique d’une pathologie.
Source: Ely JW, Kaldjian LC, D’Alessandro DM. Diagnostic Errors in Primary Care: Lessons Learned. J Am Board Fam Med. 2012 janv 1;25(1):87–97.
Transparence des médecins envers leurs patients : un pavé dans la mare...
Cette étude US démontre que les médecins ne sont pas toujours honnêtes et transparents avec leurs patients. Environ un tiers n’est pas totalement d’accord pour révéler au patient une erreur médicale grave; environ 40% ne sont pas d’accord pour révéler aux patients leurs relations avec l’industrie pharmaceutique ou avec les fabricants de prothèses. Et encore les auteurs pensent qu’ils n’ont pas tout dit lors de l’enquête. Ils concluent que les patients ne reçoivent pas une information exacte et complète de leurs médecins.
Source: Iezzoni LI, Rao SR, DesRoches CM, Vogeli C, Campbell EG. Survey Shows That At Least Some Physicians Are Not Always Open Or Honest With Patients. Health Aff. 2012 févr 1;31(2):383–91.
Discussions avec les patients : que veulent-ils entendre ?
Cette étude n’est pas directement reliée avec la gestion du risque mais souligne la difficulté de “tout” dire au patient; en particulier lorsqu’il s’agit de cancer terminal. Même si théoriquement les patients souhaitent entendre la vérité toute crue, dans certains cas ce n’est pas la réalité; en particulier lorsqu’il s’agit de discuter de sa propre mort. Cet article est écrit par des anglo-saxons qui sont pourtant plus habitués que nous, Français, à dire toute la vérité.
Source: Mack JW, Cronin A, Taback N, Huskamp HA, Keating NL, Malin JL, et al. End-of-Life Care Discussions Among Patients With Advanced Cancer. Ann Intern Med. 2012 févr 7;156(3):204–10.
Transmissions d'information entre infirmières : asymétrie des attentes
L’amélioration des transmissions d'information entre infirmières reste un défi et une source de problèmes. Cette étude US constate que les attentes des infirmières qui partent sont différentes de celles des infirmières qui arrivent: celles qui partent veulent transmettre rapidement et celles qui arrivent veulent le maximum d’informations. Il ne convient pas de s’attacher uniquement aux aspects « techniques » (répétition, double vérification, etc.…) mais de tenir compte de l’asymétrie de la communication dans ce cas. La conséquence de cette étude a été la modification du système de transmission avec l’utilisation d’un dossier infirmier électronique et cette modification nécessite une évaluation ultérieure.
Source: Carroll JS, Williams M, Gallivan TM. The ins and outs of change of shift handoffs between nurses: a communication challenge. BMJ Qual Saf [Internet]. 2012 févr 10 [cité 2012 mars 8]; http://qualitysafety.bmj.com/content/early/2012/02/09/bmjqs-2011-000614
Notification automatique des résultats d’examens après la sortie du patient
Les praticiens ne connaissent pas toujours les résultats des examens qui arrivent après la sortie du patient. Dans cette étude, les auteurs ont élaboré un système de notification automatique par email du médecin responsable du patient. Une copie du message est envoyée au médecin traitant pour améliorer la communication. Pendant une période de 6 mois, les praticiens ont reçu 1,6 notification par patient sorti ayant des examens en attente. La satisfaction des praticiens hospitaliers a été de 84%. La technique semble efficace et facile.
Source: Dalal AK, Schnipper JL, Poon EG, Williams DH, Rossi-Roh K, Macleay A, et al. Design and implementation of an automated email notification system for results of tests pending at discharge. J Am Med Inform Assoc [Internet]. 2012 janv 19 [cité 2012 mars 8]; http://jamia.bmj.com/content/early/2012/01/19/amiajnl-2011-000615
Améliorer l’attitude du patient
Ces auteurs suisses apprécient l’efficacité d’une campagne d’information sur la sécurité des soins auprès des patients: la diffusion à l’entrée d’un document d’information entraine une meilleure estimation du risque infectieux, une meilleure compréhension des erreurs médicales. 96% des patients recommanderaient la lecture du document aux autres patients. Cela semble aux auteurs un outil utile de communication entre professionnels de santé et patients.
Source : Schwappach DLB, Frank O, Buschmann U, Babst R. Effects of an educational patient safety campaign on patients’ safety behaviours and adverse events. Journal of Evaluation in Clinical Practice [Internet]. [cité 2012 mars 9]; Available de: http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/j.1365-2753.2012.01820.x/abstract;jsessionid=FC146CA9EEE2005FB54ACE289597AA7B.d02t04
Apprendre de ses « presque erreurs » ?
Il est classique de dire que l’on apprend de ses erreurs. Mais que se passe-t-il après un « presque accident » ? Ces auteurs canadiens constatent 3 scénarii après la survenue d’un tel événement: dans un tiers des cas, une « rustine » est élaborée pour corriger l’erreur sans aller plus loin, dans d’autres cas, l’accident est déclaré mais aucune suite n’est donnée par l’encadrement: c’est « aller dans le mur ». Enfin, le troisième scenario est la « fermeture des trous du fromage suisse » lorsque le « presque accident » génère une action correctrice au niveau organisationnel. Le premier scenario survient surtout lorsqu’il n’y a pas de conséquence néfaste pour le patient. Les auteurs concluent qu’il importe de déterminer quelle conséquence pour quel « presque accident ».
Source: Jeffs L, Berta W, Lingard L, Baker GR. Learning from near misses: from quick fixes to closing off the Swiss-cheese holes. BMJ Qual Saf [Internet]. 2012 févr 22 [cité 2012 mars 9]; Available de: http://qualitysafety.bmj.com/content/early/2012/02/21/bmjqs-2011-000256
Coût des accidents médicamenteux dans un hôpital local
Les accidents dus aux médicaments restent nombreux et leur étude a été essentiellement réalisée dans des hôpitaux universitaires. Cette étude s’intéresse au coût de ce type d’accident dans des hôpitaux locaux. Les accidents dus aux médicaments entrainent un surcoût de 3420$ et une augmentation de la durée de séjour de 3,15 jours. Pour ceux évitables, le coût est de 3511$ et l’augmentation de 3,37 jours. Ceux mettant en jeu la vie du patient avaient un surcoût de 8116 $ et une durée de séjour prolongée de 5,54 jours. Ces données sont comparables à celles des hôpitaux universitaires avec une durée de séjour un peu augmentée.
Source: Hug BL, Keohane C, Seger DL, Yoon C, Bates DW. The Costs of Adverse Drug Events in
Community Hospitals. Joint Commission Journal on Quality and Patient Safety. 2012;38(3):120–6.
Appréciation de la performance ou mécanisme d’alerte
L’hôpital phare de Boston a mis en place une évaluation des pratiques pour les anesthésistes à partir d’un recueil automatique de données rassemblées dans les systèmes de monitorage pendant les interventions. Les auteurs estiment que ce recueil ne devrait pas être utilisé comme système de mesure de compétence des praticiens mais plutôt de servir comme un mécanisme d’alerte et comme un outil pour identifier les problèmes.
Source: Ehrenfeld JM, Henneman JP, Peterfreund RA, Sheehan TD, Xue F, Spring S, et al. Ongoing Professional Performance Evaluation (OPPE) Using Automatically Captured Electronic Anesthesia Data. Joint Commission Journal on Quality and Patient Safety. 2012;38(2):73–80.
Comment agir sur les attitudes de sécurité des patients ?
La contribution des patients à la sécurité des soins est de plus en plus recherchée. Mais les facteurs qui déterminent l’efficacité de cette contribution sont peu connus. Les auteurs essaient de relier les comportements intervenant sur la sécurité en fonction du type d’erreur, de l’action potentielle du patient et des caractéristiques de cette action. Les barrières empêchant l’implication du patient sont également étudiées. Toute cette étude vise à améliorer l’implication du patient et à déterminer quand elle peut intervenir et pourquoi.
Source: Davis RE, Sevdalis N, Jacklin R, Vincent CA. An Examination of Opportunities for the Active Patient in Improving Patient Safety. Journal of Patient Safety. 2012 mars;8(1):36–43.
La Prévention Médicale - Mis à jour le 21/02/2013
