Non-diagnostic d'une péritonite aux urgences (patiente mise sous analgésie morphinique) – – 19 sep 2011
Quand une femme décède d'une péritonite suite à un dysfonctionnement entre les services des Urgences et de chirurgie viscérale…
Ce matériel est réservé à un usage privé ou d’enseignement. Il reste la propriété de la Prévention Médicale, et ne peut en aucun cas faire l’objet d’une transaction commerciale.
- Femme née en 1954.
- Samedi 21 mars vers 3h00: douleurs abdominales de plus en plus vives. Au réveil de son mari (5h00), la patiente lui demande d’appeler le médecin de garde. Arrivé à 5h50, celui-ci constate « un abdomen douloureux et contracté à la palpation, impossible à déprimer avec diminution des bruits hydro-aériques ». Il contacte le SAMU pour demander une ambulance privée afin que la patiente soit transférée rapidement au service d’Urgences du CHU. Il indique dans sa lettre « Je vous adresse Mme X…, 50 ans, … Cette nuit, vers 3h00, violente douleur de l’ hypogastre, irradiant secondairement vers les hypochondres droit et gauche. A l’examen, PA 11,5/6, pouls 72. Abdomen douloureux et contracté à la palpation, impossible à déprimer. Diminution des bruits hydro-aériques. Absence de diarrhée ou de vomissement ».
- Dimanche 22 mars, 6h45 à l’admission au CHU: l’interne en médecine générale (MG) notz: « Sueurs ++ . Douleurs évaluées entre 7-8 sur une échelle de 0 à 10 (EVA). Abdomen peu souple; peu dépressible et contracté. Dernières selles ce matin… Température à 36 °9 ». Biologiquement, on retrouve des leucocytes à 7800, CPR à 13, glycémie à 12 mmol/l, gaz du sang normaux. ECG normal. La radiographie d’abdomen sans préparation montre une « Absence de calcification en projection de l’arbre urinaire. Bonne distribution des clartés aériques digestives. Absence d’occlusion. Absence de pneumopéritoine ».
- A 7h30, la patiente reçoit par voie IV du Perfalgan ® (un flacon de 1 g) et du Spasfon® (2 ampoules) puis une perfusion de Nubain® (20mg dans 100 ml de sérum physiologique). Ce traitement est prescrit par le médecin senior urgentiste dont la garde, comme celle de l’interne en MG, s’achève à 8h00.
- A 8h00 l’interne prenant sa garde demande .à l’interne de chirurgie viscérale d’examiner la patiente. Ce dernier conclue: « Femme de 50 ans. Douleurs abdominales diffuses. Pas de vomissements, ni de nausées, ni de troubles de transit. Abdomen souple, indolore. Sensibilité très légère, diffuse. Orifices herniaires libres. Pas de signe particulier urinaire, pas de problèmes gynécologiques. Biologie: hyperglycémie, rien à signaler par ailleurs. ASP: normal. Pas d’indication chirurgicale pour le moment ». L’interne en chirurgie affirme ultérieurement avoir rendu compte de son intervention au chef de clinique de chirurgie qui était d’astreinte. Toutefois , celui-ci dément formellement avoir été informé par l’interne du cas de la patiente faisant notamment remarquer que, dans le dossier, il n’était pas indiqué que l’interne en chirurgie avait fait valider son avis par son chef de clinique.
- En fin de matinée, le médecin senior urgentiste revoie la patiente et autorise sa sortie « Douleurs abdominales. Constipation. Ventre souple. Retour à domicile. Traitement symptomatique ». Elle quitte le service d’urgence à 12h15, avec comme prescription signée par l’interne en MG « Normacol®- lavement adulte,1 fois. Duphalac® 1 sachet , 3 fois par jour pendant 10 jours. Stop si diarrhée. Spasfon Lyoc®, 2-3 fois par jour pendant 5 jours » .Il lui est également remis une feuille pré imprimée où est notamment stipulé « (…) Aucune cause évidente à vos symptômes, ni élément de gravité n’ont été retrouvés lors de votre hospitalisation. Toutefois, il est nécessaire d’assurer un suivi de ce problème…Nous vous proposons donc dès demain soit de revoir votre médecin traitant, soit de venir à la consultation de chirurgie viscérale du CHU (…) » .
- De retour au domicile, le mari va chercher les prescriptions à la pharmacie.
Voici le témoignage du Mari sur les deux jours suivant, « Ma femme était assez fatiguée. Elle n’arrivait pas à s’alimenter et restait couchée toute la journée. Des vomissements survenaient dans la soirée. Elle dormait mal la nuit de samedi à dimanche. Le matin, je lui ai demandé d’essayer de se nourrir. Elle est restée couchée. Je lui ai proposé de voir un médecin car elle avait des vomissements noirs. Elle m’a dit que ça allait et qu’elle se sentait un peu mieux. Elle m’a dit d’attendre pour appeler le médecin. Elle a passé la nuit de dimanche à lundi en dormant moyennement. A mon réveil, vers 4h50, elle n’était pas du tout en forme. Ses jambes, d’habitude blanches, étaient d’une coloration rosâtre. Le seau près du lit, contenait des vomissements noirs en assez grande quantité. Je lui ai dit qu’il y avait un problème sérieux mais elle m’a affirmé que cela irait mieux après avoir pris le petit déjeuner que je lui avais préparé. De toute façon, je l’ai prévenue qu’à mon retour, si cela durait, j’appellerai un médecin. Je suis parti au travail à 5h35. Je suis revenu à la maison vers 12h30 et j’ai découvert mon épouse sans vie ».
L’autopsie concluait que: « Le décès était directement et exclusivement lié à une insuffisance respiratoire aiguë à la suite d’un syndrome d’inhalation bronchique (Mendelson). Dans le cas présent, il était bilatéral et sévère (abondance de liquide digestif dans les voies respiratoires distales. Cette inhalation de liquide digestif était directement et exclusivement liée à la survenue de vomissements. Ceux-ci étaient consécutifs à une pathologie digestive marquée par une occlusion intestinale basse secondaire à un obstacle constitué par une masse indurée développée aux dépens de la lumière colique, au niveau du côlon sigmoïde, à environ 20 cm de la marge anale. Cet obstacle avait été à l’origine à la fois d’une importante distension des anses digestives et d’une péritonite généralisée. D’autre part, une perforation colique en regard d’un accolement avec l’ovaire gauche était macroscopiquement notée… »
L’examen anatomo-pathologique faisait état: « (…) d’une alvéolite œdémateuse liée à une inhalation de liquide gastrique et d’une perforation sigmoïdienne se développant sur un côlon remanié par une diverticulose et une péritonite. L’aspect macroscopique et les remaniements histologiques pariéto-coliques étaient ceux d’un processus évoluant à bas bruit depuis longtemps avant d’aboutir à la perforation ».
Plainte pénale pour homicide involontaire déposée par le mari de la patiente.
La Prévention Médicale - Mis à jour le 04/05/2012
