Décès après retard de prise en charge d'une colique néphrétique fébrile – – 17 jan 2012
Les comportements fautifs de l’urgentiste, de l’urologue et de la clinique interviennent dans le retard de prise en charge d'une patiente en état de choc septique…
Sommaire
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Cas clinique
• Femme âgée de 37 ans.
• A 6h00 le 12 septembre, elle est hospitalisée en urgence pour une violente douleur du flanc gauche, évoluant depuis 48 heures.
• Dans les antécédents épisodes répétés de cystite et une lithiase urinaire prise en charge 7 ans avant par un chirurgien urologue.
• L’urgentiste de garde de la clinique porte le diagnostic de colique néphrétique gauche. La température est à 36°C (traitement par Furadantine® prescrit en ville). Hyperleucocytose à 13 500/mm3. Examen bactériologique des urines « négatif » (absence de résultat dans le dossier). L’échographie abdominale met en évidence une importante dilatation des cavités pyélocalicielles et de l’uretère (mesuré à 7 mm de diamètre) gauches avec un calcul enclavé à la jonction vésico-urétérale d’environ 6 mm de diamètre.
• A 8h00, l’urgentiste est relayé par un collègue de la garde montant, qui communique les résultats de l’échographie abdominale à l’urologue de la clinique qui avait déjà traité la patiente 7 ans avant.
• A 10h30 la patiente est transférée dans le service de chirurgie.
• Dans l’après-midi, surviennent des vomissements (en rapport avec la prise de NUBAIN ?) entraînant la pose d’une perfusion de sérum glucosé à 5% pour administration en flash de Prodalfagan® et de Profenid® , car la patiente continuait de souffrir.
• A 19h00, température à 37,8 °C.
• Au matin du 13 septembre était noté un pic fébrile à 39°C. La PA reste stable à 120/60 mmHg. Une urographie IV puis une scanographie abdomino-pelvienne confirment « des signes de stase urinaire paraissant en rapport avec un gros calcul du bas uretère pré-vésical gauche ».
• L’urologue examine pour la première fois la patiente en fin de journée alors que la température est redescendue à 37,8°C mais que persistent de vives douleurs. Il décide d’intervenir le lendemain matin et demande une consultation d’anesthésie.
• Le 14 septembre, la température est à 38,4°C à 9h30 et à 39°C à 11h00. L’infirmière pratique une hémoculture à chacun des deux pics fébriles ainsi qu’un examen cyto-bactériologique des urines car la patiente se plaint de brûlures mictionnelles et que ses urines étaient malodorantes.
• A 16h00, la température est à 37,3°C et la PA à 105 / 60 mmHg. La patiente est, alors, revue par l’urologue qui note dans le dossier: « T° avec choc septique débutant. Montée d’endoprothèse en urgence ».
• A 17h45 l’intervention débute. Le compte-rendu opératoire est le suivant: «Diagnostic opératoire: montée d’endoprothèse. UPR + radio. Il s’agit d’un calcul du bas uretère pelvien gauche évoluant depuis quelque temps avec une infection urinaire traitée en ville par Furadoïne®. Patiente vue la veille avec une urographie montrant un rein sécrétant avec cavités gauches modérément dilatées sur un obstacle mal visible du bas uretère et présentée en consultation d’anesthésie en vue d’un geste éventuel pour le lendemain. Cette patiente avait continué à souffrir durant toute la nuit avec apparition d’un mouvement fébrile juste avant son arrivée au bloc laissant penser à un début de choc septique. Repérage des cavités sous pyélographie ascendante montrant un obstacle lithiasique bloqué au niveau de l’uretère pelvien. Désenclavement par manœuvres instrumentales sous urétéroscopie et montée sur un guide sonde 0,18 d’une endoprothése urétérale n°6 positionnée dans le bassinet et abandonnée dans la vessie en drainage temporaire. Intervention ayant duré un quart d’heure»
• L’examen cytobactériologique des urines prélevées en per-opératoire mettra ultérieurement en évidence un Proteus mirabilis.
• Au retour de la patiente dans sa chambre, l’infirmière du service de chirurgie note qu’elle n’est pas réveillée, qu’elle ne réagit pas aux stimulations et qu’elle a des difficultés respiratoires. Elle contacte l’anesthésiste qui la fait transférer d’urgence dans le service de réanimation de la clinique pour choc septique (Température: 41°C; PA: 60/ mmHg; fréquence cardiaque: 165/ min; SaO2: 82% sous FiO2 à 100%. Une antibiothérapie associant Augmentin® et Gentamycine® est débutée (depuis l’admission, il n’était pas noté de prescription écrite ou d’administration d’antibiotiques dans le dossier y compris sur la feuille d’anesthésie).
• Malgré la mise sous ventilation assistée et la perfusion à fortes doses d’amines pressives, l’état de la patiente s’aggrave avec survenue d’un syndrome hémorragique diffus en rapport avec une coagulation intravasculaire disséminée massive et la persistance d’un coma aréactif avec mydriase (hémorragie cérébrale ?).
• Le 21 septembre, décès dans un tableau de choc irréversible.
Saisine de la Commission Régionale de Conciliation et d’Indemnisation (CRCI) par la famille de la patient.
Pour aller plus loin
La Prévention Médicale - Mis à jour le 22/02/2012
