Retard diagnostique d'une grossesse extra-utérine – – 21 fév 2011
Médecins très (trop) occupés, courriers qui s’égarent et organisation de secrétariat déficiente; il n’en faut guère plus pour provoquer des évènements très indésirables.
Ce matériel est réservé à un usage privé ou d’enseignement. Il reste la propriété de la Prévention Médicale, et ne peut en aucun cas faire l’objet d’une transaction commerciale.
Cas clinique
- Femme de 28 ans adressée en juin par son médecin traitant à un gynéco-obstétricien exerçant dans une Polyclinique pour des explorations complémentaires à la suite de deux fausses couches spontanées précoces.
- Le bilan réalisé en raison de cette hypofertilité, tant chez cette jeune femme que chez son mari, ne met en évidence aucune anomalie.
- Le gynéco-obstétricien conseille une stimulation ovarienne par Clomid® 2 comprimés par jour du 3ème au 7ème jour du cycle et Puregon® 50, une ampoule du 5ème au 7ème jour du cycle.
- Cette stimulation commence le 25 août. Elle est contrôlée par des échographies.
- Celle du 2 septembre, au 11ème jour du cycle, montre un follicule ovarien de 25x17 mm au niveau de l’ovaire droit et le gynéco-obstétricien déclenche l’ovulation par l’injection de 2 ampoules à 5 000 unités d’HCG. Le résultat de cette stimulation ovarienne est contrôlé par des dosages plasmatiques de la bêta HCG.
- Le dosage du 19 septembre est positif à 97 UI/l. Le taux augmente progressivement jusqu’au 25 septembre pour atteindre 1 652 UI/l avant de redescendre le 26 septembre à 1453 UI/l.
- Le 27 septembre, la patiente ressent des douleurs pelviennes droites. Elle téléphone au gynéco-obstétricien qui lui conseille de réaliser une échographie pelvienne.
- Celle-ci est effectuée le 27 septembre. Le radiologue conclue à une «grossesse arrêtée avec présence d’un corps jaune kystique de 43 mm de diamètre ».
- Le jour même, la patiente se rend à la Polyclinique où elle est reçue par le gynéco-obstétricien de garde. Sur les résultats de l’échographie, celui-ci porte l’indication d’un curetage évacuateur qu’il réalise le lendemain matin.
- L’examen anatomo-pathologique du produit d’évacuation conclue à « évacuation utérine pour œuf clair: caduque en dissociation hémorragique, sans tissu trophoblastique ». Ce résultat est envoyé à la clinique mais à une adresse ne correspondant pas à celle du bâtiment où est situé le cabinet de consultation du gynéco-obstétricien de garde qui n’en est pas informé.
- Le 1er octobre, la patiente consulte son gynéco-obstétricien traitant qui s’assure par échographie de la vacuité utérine.
- Le 7 octobre, la patiente ressent des douleurs pelviennes et note l’apparition de métrorragies. Elle téléphone à son gynéco-obstétricien. Comme ce dernier est indisponible, sa secrétaire conseille à de voir le gynéco-obstétricien de garde. Celui-ci qui n’a pas reçu le résultat anatomo-pathologique du produit de curetage qu’il avait réalisé le 28 septembre, prescrit du Methergin® pour arrêter les métrorragies.
- Le 11 octobre, la patiente appelle de nouveau le secrétariat de son gynéco-obstétricien car les symptômes persistent mais il lui est répondu qu’il n’était pas disponible.
- Ce n’est que le 14 octobre dans la soirée, après un premier essai infructueux le matin, qu’elle parvient à le joindre. Le gynéco-obstétricien prescrit un dosage de bêta HCG plasmatique.
- Cette prise de sang est faite le 15 octobre au matin avant que la patiente ne rejoigne une ville située à 175 Km de son domicile, où elle doit participer à une formation professionnelle.
- En début d’après-midi, elle est informée par téléphone du résultat de ce dosage à 46 372 UI/ l. Elle téléphone alors à son gynéco-obstétricien. Comme ce résultat élevé rend possible l’existence d’une grossesse extra-utérine (GEU), ce dernier lui conseille de consulter rapidement un gynéco-obstétricien sur place. Mais ne connaissant pas l’organisation médicale hospitalière locale, la patiente préfére revenir dans la ville où elle habite pour voir, dans l’après-midi, son gynéco-obstétricien. Celui-ci réalise une échographie qui confirme le diagnostic de GEU . Il informe la patiente de la nécessité d’une intervention chirurgicale et de la très forte probabilité de l’ablation de la trompe porteuse de la GEU.
- Toutefois, en raison d’une grève des anesthésistes de la Polyclinique, le gynéco-obstétricien n’est pas en mesure d’opérer la patiente. Il lui conseille de se rendre dans le service de gynéco-obstétrique du CHU de la ville avec une lettre introductive qu’il rédigea. Le jour même, la patiente se rend, par ses propres moyens dans ce service où elle est accueillie par l’obstétricien de garde. Celui-ci confirme le diagnostic de GEU et en l’absence de gravité, en particulier du point de vue hématologique, fixe l’intervention au lendemain matin.
- Le curetage utérin ramène peu de matériel et en une coelioscopie confirme le diagnostic de GEU droite sans hémorragie à l’intérieur de la cavité abdominale. Il est réalisé une salpingectomie droite.
- La patiente quitte le service de gynéco-obstétrique le 18 octobre avec un arrêt de travail jusqu’au 31 octobre. Elle décide d’être suivie dans ce service pour compléter le bilan d’hypofertilité entrepris à la Polyclinique. Aucune anomalie n’est décelée. Dans les suites, surviendront deux grossesses avec naissance d’enfants normaux.
Assignation en décembre des deux gynéco-obstétriciens de la Polyclinique par la patiente mettant en cause leur conduite diagnostique
La Prévention Médicale - Mis à jour le 04/05/2012
