La check-list au bloc opératoire – Entretien avec le Dr Philippe CABARROT, Conseiller technique à la Direction de l'amélioration de la qualité et de la sécurité des soins, HAS (Haute Autorité de Santé) – 11 jan 2010
La check-list, outil bien connu en aéronautique, a fait son entrée officielle au sein des blocs opératoires le 1er janvier dernier. Le but de ce nouvel outil, élaboré par la HAS en concertation avec les professionnels concernés, est avant tout d’améliorer la sécurité du patient au bloc, et notamment de diminuer la mortalité et la morbidité en lien avec la survenue de complications postopératoires. C'est depuis le 1er janvier un critère exigible de la certification des établissements de santé.
Comment ce nouvel outil a-t-il été élaboré ? Quels sont les critères retenus ? Comment la check-list sera-t-elle renseignée concrètement sur le terrain ? Et surtout, quelle responsabilité peut naître de son usage ?
Le Dr Philippe Cabarrot, conseiller technique à la Direction de l’amélioration de la qualité et de la sécurité des soins à la HAS nous livre quelques éléments de réponse.
Sommaire
- Quelle a été la genèse de la check-list ?
- Si, comme cela est souhaitable, l'usage de la check-list se généralise et rentre dans les mœurs au bloc, ne craignez-vous pas une « banalisation », et de ce fait une moindre efficacité pour la sécurité des patients ?
- Une évaluation de l'efficacité de la check-list est-elle prévue ?
- L'usage de cette check-list vous paraît-elle pouvoir donner lieu à des mises en cause de responsabilité, en particulier celle du coordonnateur check-list ?
- Où cette check-list est-elle archivée ?
- La check-list s'applique-t-elle également à la chirurgie pratiquée en urgence ?
- Comment la check-list est-elle complétée concrètement ?
- Les points qui composent la check-list sont-ils modifiables ? Les équipes peuvent-elles en ajouter d'autres ?
- Sur quels critères les points qui composent la check-list ont-il été déterminés ?
Quelle a été la genèse de la check-list ?
Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le nombre d’interventions chirurgicales réalisées chaque année dans le monde serait de 234 millions, soit une intervention pour 25 personnes. Dans les pays industrialisés, la mortalité en lien avec la chirurgie serait de 0,4 à 0,8%, et le taux de complications postopératoires graves serait de 3 à 16%; la moitié de ces complications est considérée comme évitable. C’est pourquoi l’OMS a lancé un programme visant à réduire les taux de complications et de décès postopératoires. L’objectif de ce programme est de renforcer l’implication des équipes de soins en matière de sécurité au bloc opératoire, notamment en s’assurant de la réalisation optimale de l’intervention prévue (procédure, site…), en renforçant la sécurité anesthésique, en luttant contre les infections du site opératoire et en améliorant la communication au sein des équipes. L’outil choisi pour mettre en œuvre ce programme est bien connu des milieux industriels et aéronautiques: il s’agit d’une check-list. Sous l’impulsion d’Atul Gawandé, chirurgien à Boston, l’OMS a élaboré une check-list de 18 critères, et mené une étude comparative dans 8 pays de niveaux économiques différents, sur une population de 4 000 patients avant implantation du programme, et 4 000 après. Ce travail a clairement démontré l’efficacité de la check-list, le taux de mortalité étant passé de 1,5 à 0,8%, et les complications ayant diminué de 36%. Ces résultats ont été publiés mi-janvier 2009 dans le New England Journal of Medicine*.
La HAS a été bien évidemment intéressée par ce support s’intégrant parfaitement dans sa politique d’amélioration de la sécurité au bloc opératoire, et a rapidement travaillé à une adaptation de la check-list en France, avec le projet d’une mise en œuvre dans les établissements français dès le 1er janvier 2010. Dans ce but, un groupe de travail appelé « Sécurité du patient au bloc opératoire » a été constitué, réunissant les organisations représentatives des professionnels exerçant au bloc (chirurgiens, anesthésistes, infirmières de bloc et fédérations hospitalières) et des associations de patients. Au terme de ce processus interactif mené d’avril à juin 2009, il est apparu un consensus fort en faveur du principe de la check-list, et les professionnels ont défini les critères adaptés aux pratiques en vigueur dans les blocs opératoires français et qui apparaissaient indispensables pour améliorer la sécurité des patients. Certains organismes agréés d’accréditation pour les médecins exerçant une spécialité à risques recommandent d’ailleurs de la mettre en application immédiatement. Signalons qu’un nombre non négligeable d’établissements, convaincus de son efficacité dès la publication de l’article précédemment cité, l’utilisent déjà.
*Haynes et Col. A Surgical Safety Checklist to Reduce Morbidity and Mortality in a Global Population. N Engl J Med 2009; 360: 491-9
- Retour au sommaire Responsabilité n°36 de décembre 2009
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- En savoir plus sur le site de la HAS : La check-list "sécurité du patient au bloc opératoire"
- Visualisez le film produit par la HAS sur la pratique de la CHECKLIST au bloc opératoire
Propos recueillis par Stéphanie TAMBURINI pour la revue Responsabilité, n°36, décembre 2009 - Mis à jour le 04/05/2012
