Programmation au bloc et risque d'Evénements Indésirables Graves – Programmation au bloc et EIG – 20 jan 2012
Sommaire
- 2001 - Strum DP - Prendre en compte les chirurgiens et les types d’anesthésie dans le risque d’incidents
- 2005 - Shoefield W - Risques associés à la déprogrammation des opérations le jour de la chirurgie réglée
- 2006 - Wright M - Programmation dans la journée et risque d’incidents
- 2008 - Johnson J - Les erreurs d’anesthésie plus fréquentes l’après-midi
- 2011 - George T - Heure de programmation au bloc et complications dans la chirurgie de greffe
2001 - Strum DP - Prendre en compte les chirurgiens et les types d’anesthésie dans le risque d’incidents
Strum DP, Sampson AR, May JH, Vargas LG. - Surgeon and type of anesthesia predict variability in surgical procedure times. Anesthesiology. Feb;94(2):378.
Essai d'identification des facteurs qui causent un grande variabilité dans la programmation et la déstructure au risque d'incidents.Méthode: analyse de toutes les interventions sur une période de 7 ans dans un CHU américain(46.322). Décomposition des interventions en temps opératoires comparables et mise en corrélation avec une série d'éléments contextuels: chirurgien, complexité du patient, âge et sexe de ce patient, heure de la journée…
Le lien le plus fort pour expliquer la variabilité est de loin le chirurgien lui-même. Ce facteur est si fort qu'il multiplie l'effet positif des autres facteurs proportionnellement (notamment l'effet de l'heure de programmation dans la journée et la durée totale de l'intervention).
*** Mon avis: un bon article
2005 - Shoefield W - Risques associés à la déprogrammation des opérations le jour de la chirurgie réglée
Shoefield W., Rubin G., Lai Y ; et al - Cancellation of operations on the day of intended surgery at a major Australian referral hospital, MJA, 182, 12 : 612-615
Etude sur 6 mois (7.913 interventions) sur dossiers du taux de déprogrammation le jour même de la chirurgie, de ses raisons et des risques associés dans un CHU Australien. L'étude a compté 941 interventions (11,9%) en semaine pour la chirurgie réglée (sur 7.913 interventions programmées). Les raisons de l'annulation étaient le débordement de programme de la chirurgie précédente (plus de créneau: 18,7%), pas de lit disponible (18,1%), annulation par le patient (17,5%), changement dans le statut patient (pas prêt, pas préparé, nouveau fait, élément manquant: 17,1%). Les seules raisons procédurales et donc totalement évitables (patient pas préparé, chirurgien en retard, équipe ou bloc pas prêts) représentaient 21%. L'ORL est la spécialité la plus concernée (19,6%) suivi de la chirurgie cardio-thoracique: 15,8%). Au total c'est près de 60% des cas qui étaient évitables.**** Mon avis: un très bon article assez rare sur le sujet et publié dans une revue peu lue en France
2006 - Wright M - Programmation dans la journée et risque d’incidents
Wright, M., Phillips-Bute, B., Mark, J., Stafford-Smith, M., Grichnik, K., Andregg, B., Taekman, J. - Time of day effects on the incidence of anesthetic adverse events Qual Saf Health Care 15:258-263
Analyse d'une base de signalements des incidents, erreurs et autres événements en fonction de leur heure de survenue.Sans surprise, comparé à une référence du créneau 7h du matin, les EIG sont plus fréquents entre 3 et 4h l'après-midi (p<0.0001). La probabilité d'EIG croît de 1% à 9hdu matin jusqu'à 4,2% à 4h de l'après-midi. Les deux problèmes les plus fréquents sont les problèmes de douleurs mal gérées et de nausées et vomissements.
**** Mon avis: un bon papier encore rare et témoin d'une approche un peu différente des précédentes sur la fatigue, en s'attachant à regarder de façon pragmatique les risques en fin de journée
2008 - Johnson J - Les erreurs d’anesthésie plus fréquentes l’après-midi
Johnson J. - The Increased Incidence of Anesthetic Adverse Events in Late Afternoon Surgeries AORN Journal Volume 88, Issue 1 , Pages 79-87
La littérature est convergente pour considérer que les erreurs d'anesthésie sont plus fréquentes après 4 h de l'après-midi. Le facteur le plus cité est la fatigue liée au rythme circadien et bien sûr les retards administratifs de programmation qui prolongent les après-midi de travail au bloc. La situation est en général aggravée par la réduction du nombre des anesthésistes en fin d‘après midi, qui force ceux qui restent à travailler plus longtemps.*** Mon avis: un bon article, court mais complet sur le sujet
2011 - George T - Heure de programmation au bloc et complications dans la chirurgie de greffe
George T., Arnaoutakis G., Merlo C., Kemp C., Baumgarten W., Conte J., Shah A. - Association of Operative Time of Day With Outcomes After Thoracic Organ Transplant JAMA. ;305(21):2193-2199
Plusieurs études soulignent le sur risque de complications dans les interventions de nuit ou hors horaires standards. Etude rétrospective sur une base de données 2000-2010, avec une stratification jour (7am7pm) et nuit (7pm7am). 27.118 patients considérés: 16.573 greffés du cœur, dont 8.227 opérés de nuit et 8.346 opérés de jour; 10.545 transplantations du poumon, avec 5.179 de jour, 5.366 de nuit. 8061 décès au total.A 30 jours, on obtient un taux de survie de 95% de jour 95,2% de nuit pour les cœurs, 96% de jour vs 95,5% de nuit pour les poumons.
A 90 jours, on obtient un taux de survie de 92,6% de jour 92,7% de nuit pour les cœurs, 92,7% de jour vs 91,7% de nuit pour les poumons.
A 1 an, on obtient un taux de survie de 88% de jours 87,7% de nuit pour les cœurs, 83,8% de jour vs 82,6% de nuit pour les poumons.
Aucune différence donc entre les deux conditions.
*** Mon avis: la taille de la série et l'évidence des chiffres ont l'avantage d'être claires. Je suis moins convaincu de la valeur de généralisation du résultat: quand la moitié de la cohorte est opérée de nuit, on peut penser qu'il s'agit d'une chirurgie très spéciale programmée volontairement de nuit (blocs disponibles) avec des équipes entraînées et récupérant totalement à l'issue.
Pr. René AMALBERTI - Mis à jour le 04/05/2012
