La méthode ALARM
Développée par Charles Vincent et son équipe, publiée en 1998 (Vincent, Taylor-Adams et Stanhope, BMJ 1998 316:1154-1157), cette méthode est inspirée directement du modèle des plaques ou "de fromage suisse" de REASON (voir fiche modèles systémiques de risques).
- L’organisation du travail, sa conception et sa gouvernance par la hiérarchie, pèsent sur la fréquence et le type d’erreur des opérateurs. Mais les dysfonctionnements à ce niveau sont longtemps invisibles : on les appelle des erreurs LATENTES.
La méthode ALARM fournit un guide pour retrouver ces erreurs LATENTES de l’organisation et de la gouvernance.
Elle propose d’analyser chaque cas clinique d’évènement indésirable en s’intéressant à 6 facteurs :
- La méthode ALARM ne cherche pas une cause latente unique, comme le fait une analyse de recherche de cause (Root-cause analysis). Elle ne cherche pas non plus de lien entre les causes ; le modèle sous jacent (Reason, 1993) est celui de causes multiples chacune indépendante de l’autre, mais dont la sommation finit par créer le risque. L’objectif de l’analyse est justement de faire comprendre cette complexité des causes.
| Tâches à effectuer | Disponibilité du personnel, collisions de tâches dans une même unité de temps... |
| Gestion des patients | Comportements, gravité... |
| Organisationnel | Temps de travail, constitution des équipes, organisation des gardes, style de management... |
| Individuel | Compétences individuelles, caractères et personnalités particulières... |
| Institutionnel | Contexte économique, contexte de gouvernance... |
| Travail en équipe | Micro-climat de travail, communication, supervision, formation... |
| Environnemental | Effectifs, charge de travail, maintenance, équipements... |
- La méthode préconise d’interroger toutes les personnes qui ont été concernées par l’évènement, avec un délai temporel limité, et en revenant plusieurs fois vers chacune de ces personnes pour affiner l’analyse. Dans la réalité, cet aspect est souvent raccourci, soit en regroupant tous les protagonistes du cas analysé (revue de morbidité-mortalité) soit en réalisant une mini enquête sur place.
- L’apprentissage est rapide, le résultat souvent explicite, mais les actions à suivre restent plus compliquées que dans le cas d’une analyse de surface limitée aux causes immédiates : en effet, les facteurs latents identifiés sont rarement facilement modifiables par des actions directes, simples, et relevant de la sphère de compétence du gestionnaire de risque. Les impératifs et le style de la gouvernance ne sont pas faciles à changer par une simple recommandation provenant d’un cas isolé…d’autant que la causalité est toujours indirecte (puisque l’erreur directe PATENTE a été commise par le professionnel qui faisait le travail).
- Inconvénients et limitations : cette méthode a été conçue pour les activités cliniques hospitalières ; elle s’applique plus difficilement à des activités de cabinet libéral de ville ; on pourra la compléter dans ce dernier cas par la "méthode des tempos".
Le modèle de Reason rend compte de trois points importants :
- Tout opérateur fait des erreurs, et il est même impossible d’imaginer un opérateur qui n’en fasse pas. Ces erreurs sont "PATENTES", visibles de tous.
- La sécurité repose sur des "défenses en profondeur" qui sont des procédures organisées pour récupérer les erreurs des opérateurs (par exemple il est prévu que le pharmacien contrôle les ordonnances et récupère les éventuelles erreurs de plume). Aucune de ces procédures ou plaques n’est suffisante pour procurer une sécurité totale, mais leur empilement bloque presque toutes les propagations d’erreurs dans le système.
Les champs signalés par une astérisque (*) sont obligatoires