La durée de consultation en médecine générale

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La durée de consultation en médecine générale - de 48 secondes au Bangladesh à 22 minutes en Suède : où est le juste milieu ?

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Une remarquable étude a été récemment publiée dans le BMJ open (Irving 2017). Elle compare la durée de consultation dans 67 pays, riches et pauvres, par analyse de la littérature publiée entre 1946 et 2016 en anglais, chinois, japonais, espagnol, portugais et russe.

Auteur : Pr. René AMALBERTI / MAJ : 27/12/2017

109 références sont incluses, couvrant 28,5 millions de consultations dans ces 67 pays.

La durée moyenne varie de 48 secondes au Bangladesh à 22,5 minutes en Suède.

L’analyse des pratiques d’un groupe de 18 pays, représentatifs de 50 % des pays mondiaux, montre une durée moyenne de consultation de médecine générale de 5 minutes ou moins.

La longueur de la consultation est associée au niveau économique du pays, à la capacité de recours à l’hôpital, à la densité médicale, et la satisfaction des médecins.

Pour autant, la courbe d’efficacité de la consultation semble plutôt obéir à une courbe en U inversé. Trop court est clairement insuffisant, mais trop long n’est sans doute pas idéal.

Une étude multinationale a été réalisée en 2002 (Deveugele 2001) afin de comparer les déterminants de la durée de consultation retrouvés dans la littérature avec ceux relevés en pratique chez des médecins généralistes de 6 pays européens. Il s'agissait d'analyser des consultations vidéo enregistrées (15 consultations/médecin généraliste, 190 médecins généralistes), la durée de consultation étant mesurée avec un chronomètre, un questionnaire rempli par le médecin et le patient afin de relever les différents déterminants (médecin généraliste, patient). La durée moyenne des consultations était de 7,6 minutes en Allemagne, 7,8 minutes en Espagne, 9,4 minutes au Royaume Uni, 10,2 minutes au Pays-bas, 15 minutes en Belgique, et 15,6 minutes en Suisse, avec une moyenne générale de 10,7 minutes. La variabilité de la durée de consultation était explicable pour 55 % par les caractéristiques du patient, 22 % par celles du médecin et 23 % celles du pays. Les courtes durées de consultation des médecins généralistes espagnols et allemands pourraient s’expliquer par leur activité importante (plus de 200 patients par semaine) (culture of shorter consultation times). Les plus longues durées de consultation concernent la France, la Belgique et la Suisse, où le système d’accès aux médecins est proche du nôtre (open market, paiement direct par le patient). Quant aux anglo-saxons et aux hollandais qui utilisent le principe de la capitation, leurs durées de consultation sont intermédiaires (la capitation consiste en une inscription annuelle des patients chez un assureur national ou privé qui les oriente vers un médecin affilié. Une fois le choix validé, le patient peut aller voir ce médecin gratuitement autant de fois qu’il le souhaite).

La France se caractérise par un temps plutôt long, 16,4 minutes en moyenne (Breuil 2006). Les variations sont attribuables pour les deux tiers aux disparités observées au sein de la clientèle d’un même médecin et pour un tiers à la variation des pratiques d’un généraliste à l’autre. Ainsi, les patients âgés, en ALD ou présentant des pathologies psychologiques ou psychiatriques bénéficient de temps de consultations plus longs. Il en est de même pour les nouveaux patients et les cadres supérieurs. A l’inverse, les bénéficiaires de la CMU auraient des temps de consultation plus courts. Les femmes médecins, les médecins à honoraires libres ou à activité faible, garderaient leurs patients plus longtemps.

Mêmes anciens, certains enseignements n’ont pas perdu leurs valeurs quant aux bénéfices/inconvénients de cette durée de consultation. Stewart avait élaboré dès 1995 un score d’efficacité de la consultation (réponse effective à la demande du patient et qualité de cette réponse). L’analyse de centaines de consultations montrait alors que les consultations les plus courtes (7,8 minutes) étaient peu performantes ; mais paradoxalement celles supérieures à 10 minutes n’amenaient aucune amélioration. Les consultations de durée intermédiaire (8,5 minutes) étaient dans cette série les plus efficaces. Ce résultat a souvent été retrouvé depuis dans la littérature. La conclusion de l’étude est claire : le savoir-faire et l’efficacité dans une consultation ne sont que très partiellement liés à la durée réelle de cette consultation.

D’autres études confirment que le temps prolongé de consultation pose en fait plus de difficulté qu’un temps court. En effet, plus la consultation s’allonge, plus il devient impératif de gérer avec une stratégie claire l’agenda des demandes et de prioriser. Sans surprise, ce sont les Suédois, qui ont les consultations les plus longues, qui alertent sur ce besoin impératif de planification strict de la consultation (Ogden 2004).

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