La fin du Plan National de Sécurité du Patient (PNSP) : succès, déceptions, et futur possible

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La fin du Plan National de Sécurité du Patient (PNSP) : succès, déceptions, et futur possible

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Le premier Plan National de Sécurité du Patient (PNSP) (2012-2017) se termine bientôt. Quel bilan peut-on en tirer ?

Auteur : Pr. René AMALBERTI / MAJ : 06/11/2017

Il comportait quatre axes :

  1. avoir des patients mieux informés et acteurs de leur sécurité,
  2. faire évoluer et améliorer la déclaration et l’analyse des EIG,
  3. améliorer la formation des professionnels à la sécurité,
  4. mieux flécher les besoins et crédits de recherche sur la sécurité du patient.

Comme toujours dans ces grandes actions fédératives, le résultat est un mixte de vrais grands succès et de semi-échecs.

Au rang des succès viennent en premier le décret sur la déclaration des EIG et la montée en puissance des Structures d’appui (axe 2), et une série impressionnante de résultats dans l’axe 3 (formation) : traduction en français et mise à disposition du remarquable matériel de formation à la sécurité du patient de l’OMS, montée en puissance de la formation par la simulation, développement du travail en équipe (Projet PACTE de la HAS), imposition d’un cursus de formation aux facteurs humains et au domaine de la qualité et de la sécurité dans les études médicales et paramédicales (nouvelles questions dans l’internat classant, cursus des IFSI et autres formations paramédicales).

Comparativement, les sujets de l’axe 1 (participation du patient à sa sécurité) et de l’axe 4 (recherche) apparaissent bien moins achevés. Les premiers parce que les mentalités sur la participation du patient nécessitent encore d’évoluer même si les progrès sont réels, et les seconds parce que la recherche en facteurs humains et en sécurité a encore du mal à trouver sa place et sa reconnaissance institutionnelle en France, contrairement aux pays anglo-saxons. L’argent ne manque plus vraiment (appels d’offres dédiés) mais les équipes restent souvent isolées, balkanisées sur le sujet, ont du mal à répondre avec un niveau international et en retour avec une influence réelle sur le terrain.

Enfin, il faut aussi reconnaître que l’évaluation de l’impact de toutes les actions n’existe pas et n’a pas été prévue.

Certains domaines ont très vite évolué en 5 ans et sont maintenant devenus des priorités alors qu’ils n’étaient que des conjonctures lors de l’élaboration du 1° PNSP :

  • La gestion des risques de la période péri-opératoire immédiate et à 30 jours est aujourd’hui considérée comme une priorité absolue du risque associé au parcours de l’opéré, bien plus que l’acte technique au bloc.
  • La décharge rapide des hôpitaux aigus devient la norme et suppose de renforcer rapidement la priorité sur la qualité des soins primaires et les soins à domicile. Le 1° PNSP était encore très centré sur l’hôpital.
  • Cette même décharge rapide change bien des fondamentaux de la qualité-sécurité en transformant la logique classique de séjour, prévalente dans les hôpitaux d’aigus (DMS longue) depuis des dizaines d’années, en logique de flux tendu (DMS courtes) avec tout ce que cela implique pour l’hôpital aigu (nouveaux risques) et pour les structures d’aval qui vont récupérer le patient à un stade plus précoce de récupération.
  • Le vieillissement rapide de la population, de même que la médecine de prévention, changent des paradigmes fondamentaux de la sécurité du patient : on ne raisonne plus et on ne juge plus le succès médical en termes de guérison immédiate, mais en terme de prolongement le plus long possible de la vie dans les meilleures conditions sociales et d’autonomie. Les implications sont nombreuses y compris dans l’analyse des EIG qui doit s’orienter vers le dépistage de l’accumulation d’événements mineurs et de soins sous optimaux qui conduisent à des EIG sur des périodes bien plus longues (mois, années), une vision bien différente du prisme de l’analyse actuelle des EIG, et qui doit laisser une place encore plus importante aux patients dans la détection et déclaration de ces EI qu’ils seront souvent les seuls à connaître.
  • Bien sûr, les outils classiques de l’accréditation et de certification devront aussi évoluer en parallèle, avec un regard centré sur les territoires.

Bref, non seulement il y a matière à compléter et finir les objectifs du premier PNSP, mais il y a amplement matière à en envisager un second pour 2018-2023.

Gageons que ce soit le choix de l’état.

Pour aller plus loin :

  • Amalberti R., Braithwaite J., Nicklin W., Preparing national health systems to cope with the impending tsunami of ageing and its associated complexities. Towards more sustainable health care, Int J Qual Health Care. 2016 June; 28(3):412-4
  • Grenier C., Amalberti R., May L., Armanteras de Saxcé AM France: Horizon 2030: adopting a ‘global local’ approach to patient safety in J. Braithwaite, R.Mannion, Y.Matsuyama, P. Shekelle, Health Care Systems: Future Predictions for Global Care, Taylor & Francis, sous presse
  • Michel P., Petit, J., Plaidoyer pour un Programme national pour la sécurité des patients (PNSP) 2018–2023, Risques et Qualité, juin 2017

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