Une nouvelle profession d’adjoints de santé « non médecins »

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Une nouvelle profession d’adjoints de santé « non médecins » pour pallier la pénurie de médecins généralistes au Royaume-Uni

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Beaucoup de patients du Royaume-Uni n’ont plus d’accès aisé à un médecin généraliste dans un climat de pénurie sans précédent.

Dans cette situation d’extrême crise, le gouvernement a réagi en concertation avec les syndicats médicaux pour créer une nouvelle profession médicale intermédiaire.

Auteur : Pr. René AMALBERTI / MAJ : 25/05/2018

Les patients anglais peuvent maintenant consulter une personne formée à minima à la pratique médicale simple, non médecin, plutôt du niveau licence avec une formation spécifique en sus de 1 600 heures dont 350 à l’hôpital, qui a le droit officiel (donnant lieu à salaire de ce professionnel et une couverture des frais du patient) de pratiquer des consultations, interroger l’histoire du patient, faire un examen physique et ordonner certains examens biologiques, porter des diagnostics, accompagner le patient sous le contrôle d’un généraliste (mais ce dernier n’étant jamais présent lors des consultations). Le spectre d’action recherché est à la prise en charge des affections simples ou chroniques stabilisées et le triage des cas plus difficiles.

Ces nouveaux professionnels de santé ont un diplôme universitaire spécifique. Ils sont sélectionnés sur dossier parmi les infirmiers, les sages-femmes, autres professions paramédicales, ou plus souvent encore et plus directement chez des étudiants en licence, et sont appelés en anglais « médecins adjoints » (Physician Associate). Les postes à pouvoir au Royaume-Uni concernent surtout la médecine générale mais sont maintenant étendus à l’aide à l’anesthésie et à la chirurgie. La décision politique remonte à 2014 et les formations ont commencé en 2015 en visant 1 000 postes de PAs pour 2017 (Physician Associates).

Le programme suit les prévisions. 29 universités médicales offrent officiellement ce cursus, 800 nouveaux professionnels sont aujourd’hui en situation de travail, payés par le gouvernement, et le chiffre de 1 000 devrait être rapidement atteint et dépassé.

Deux études parlent des résultats obtenus. La première (Clarke, 2018) est réalisée à Newcastle, où les jeunes généralises ont été formés à cette prise en charge collective. 72 patients ont rempli un court questionnaire en salle d’attente :

  • 58 % des patients n’avaient jamais entendu parler de cette formule ;
  • 65 % acceptaient l’idée ;
  • 18 % voulaient en savoir plus sur le rôle ;
  • 14 % disaient préférer consulter dans ce cas une infirmière clinicienne, ou attendre un médecin généraliste ;
  • 3 % refusaient totalement l’idée.

Dans l’ensemble, on a donc une forme d’acceptation, même si la plus grande difficulté était peut-être l’acceptation des médecins généralistes eux-mêmes.

Une seconde étude (Jakson 2017) va dans le même sens. Elle comporte des entretiens et des focus groupes avec des généralistes, des infirmiers et des patients ; au total 51 professionnels de santé (30 médecins, 11 infirmiers et 10 patients). Les craintes des professionnels portaient sur la responsabilité légale, la gestion des complications et des cas difficiles. Mais les patients paraissaient plus ouverts.

A noter que notre article 51 de délégation des soins à des professions soignantes va dans le même sens que cette réforme anglaise et qu’on trouve des équivalents dans beaucoup de pays de notre modèle (USA, Europe du Nord), ce qui souligne sans doute un virage assez définitif dans la recomposition des forces médicales à un moment où le nombre de patients augmente considérablement par le vieillissement de la population en challengeant de façon extrême le coût des budgets de santé et des équilibres nationaux.

Nos amis du NHS semblent cependant sur ce coup avoir pris un temps d’avance par l’installation officielle d’une nouvelle profession de médecin « intermédiaire », un modèle qui n’est pas sans rappeler l’organisation de la santé en Russie. Autant attendre, les laisser « tirer en premier », lire les résultats et retenir les leçons détaillées de cette nouvelle solution qui aura sans doute des avantages, mais pas mal d’inconvénients à maîtriser, y compris en qualité et sécurité des soins… sans parler des aspects médico-légaux étrangement silencieux dans la mise en place Anglaise.

Pour aller plus loin :

  • Clarke A., Alberti H., Patients’ acceptance of physician associates Br J Gen Pract 2018;  68 (667): 70

Lire l'article

  • Jackson B., Marshall M., Schofield S., Barriers and facilitators to integration of physician associates into the general practice workforce: a grounded theory approach Br J Gen Pract 2017; 67 (664): e785-e791.

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1 Commentaire
  • DANIEL Y 29/03/2018

    J'ai toujours pensé que le problème des médecins en France serait résolu si nous sautions le pas et allions vers un véritable salariat. Salaire décent, formation continue assurée, secrétariat et paperasses effectués par un secrétariat mis en commun avec d'autres médecins et professions de santé diverses, 35 heures avec le cas échéant heures sup, relations ville -hôpital revues et réelles, Le bonheur quoi! j'y croyais en 1981, avec Mitterand, mais l'idée a été enterrée. J'ai quitté le "libéral" après 15 années pour le salariat. Je ne l'ai jamais regretté et ma famille encore moins.

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