Malentendu concernant un traitement orthodontique

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  • Malentendu concernant un traitement orthodontique

Une femme de 43 ans consulte un centre dentaire pour la mobilité d'une canine de lait. Une extraction ainsi qu'un traitement orthodontique lui sont prescrits. Après avoir formalisé son accord pour ces interventions, elle s'inquiète de l'évolution de sa dentition.

  • Chirurgien-dentiste
Auteur : Dr Hélèna DEHARVENGT, chirurgien-dentiste / MAJ : 08/10/2018

Cas clinique

  • Une femme âgée de 43 ans consulte en 2014 dans un centre dentaire pour une mobilité de la dent 63 (canine de lait).
  • Pour une bonne compréhension de ce cas clinique, il faut préciser que la patiente présente une agénésie de la dent 22 et que la dent 23 a évolué en site de 22. La dent 12 est en rotation
  • L’omnipraticien qui prend en charge la patiente dans le centre observe une importante résorption de la racine de 63 et explique qu’elle ne pourra être conservée. Il propose plusieurs alternatives pour compenser l’édentement. Entre autres il mentionne la possibilité de poser un implant pour remplacer la dent 63 qui va bientôt tomber et celle de refermer l’espace libre laissé par la perte de la dent par un traitement orthodontique en avançant l’hémiarcade concernée.
  • La patiente choisit le traitement orthodontique pour éviter la pose d’un implant et corriger une rotation existante de 12.
  • Elle est adressée à l’orthodontiste du centre qui a pour consigne de prendre en charge la patiente pour « traitement orthodontique visant à compenser la perte de 63 »
  • Une simulation du traitement par aligneurs est visualisée sous forme d’images de synthèse. La patiente s’attache principalement au résultat final et valide la proposition.
  • Le traitement débute par l’extraction de la dent de lait dont l’absence est immédiatement masquée par une dent artificielle incluse dans les gouttières qui seront portées.
  • L’intéressée constate qu’au fil du temps, un espace entre 21 et 22 s’ouvre, alors qu’elle s’attendait à voir la dent 23 se mésialer. Elle consulte le dentiste qui appelle l’orthodontiste. Ce dernier rassure le dentiste et la patiente et confirme que tout se passe comme prévu. La patiente poursuit le traitement et s’inquiète à nouveau. Elle est reçue par l’orthodontiste qui lui confirme que tout évolue selon le plan de traitement.
  • Les mois passent et la patiente entend à chaque consultation que tout évolue selon les prévisions. Quand le traitement orthodontique arrive à son terme, l’orthodontiste lui annone que tout est prêt pour mettre un implant en site de 22.
  • La patiente demande au centre dentaire la prise en charge de l’implant.

Analyse

Ce matériel est réservé à un usage privé ou d’enseignement. Il reste la propriété de la Prévention Médicale, et ne peut en aucun cas faire l’objet d’une transaction commerciale.

Télécharger l'exercice (pdf - 28.46 Ko)
  1. Lisez en détail le cas clinique.
  2. Oubliez quelques instants cette observation et rapportez-vous au tableau des barrières, identifiez les barrières de Qualité et sécurité que vous croyez importantes pour gérer, au plus prudent, ce type de situation clinique. Le nombre de barrières n’est pas limité.
  3. Interrogez le cas clinique avec les barrières que vous avez identifiées en 2 ; ont-elles tenu ?
  4. Analysez les causes détaillées avec la méthode ALARM

Télécharger l'analyse des barrières de prévention (pdf - 355.80 Ko)

Les pistes de réflexion et/ou d’amélioration

Pour compenser l’agénésie d’une incisive latérale maxillaire, chaque cas clinique est différent. Etablir des règles est impossible. [1]

La patiente choisit la fermeture des espaces pour éviter un traitement implantaire et obtenir par la même occasion l’alignement d’une autre dent en malposition. Le traitement est plus complexe que celui qui consistait à poser un implant (ou un autre type de prothèse [1-5] ) sur le site édenté. Le choix d’un traitement orthodontique sans prothèse permettait également de s’affranchir du renouvellement prothétique prévisible bien que le résultat esthétique et fonctionnel soit inférieur.

La communication entre les intervenants a visiblement été défaillante. Les consignes qui ont été données à l’orthodontiste ont été insuffisantes et mal interprétées. L’annotation de « traitement orthodontique visant à compenser l’édentement » laisse le choix à plusieurs alternatives orthodontiques. Le traitement choisi par l’orthodontiste était :
-    Indiqué et conforme,
-    Le plus simple d’un point de vue strictement orthodontique,
-    Le plus satisfaisant d’un point de vue esthétique et fonctionnel quant au résultat attendu,
-    Non partagé par son confrère et la patiente.

Il aurait été souhaitable que :
-    Le dentiste demande à son confrère un avis préalable sur les différentes possibilités orthodontiques (nature et objectifs), dont c’est la spécialité, et valide à son tour le choix retenu.
-    L’orthodontiste soit impliqué de façon active dans cette prise de décision [5].
-    L’information donnée par l’orthodontiste soit complète, et qu’il rappelle qu’à l’issue du traitement orthodontique un dispositif prothétique est nécessaire.
-    Une étude des ratios coût-bénéfice-risque soit réalisée [4].

A noter qu’une simulation par images de synthèse a été montrée à la patiente. Sur cette présentation la dent absente apparait en grisé. La patiente ne s’est intéressée qu’au résultat. Séduite par l’alignement dentaire qu’elle allait obtenir, l’intéressée n’a à aucun moment interprété que la dent grise était une dent artificielle.

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