Drenchage fatal chez une vache laitière de race Simmental

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Drenchage fatal chez une vache laitière de race Simmental

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  • Vache de race Simmental

Le vétérinaire est appelé pour une « fièvre vitulaire » (parésie puerpérale) sur une vache laitière haute productrice, de race Simmental, âgée de six ans, de haute valeur génétique, ayant vêlé la veille. La vache ne peut se relever.

  • Vétérinaire
Auteur : Dr Vre Michel BAUSSIER / MAJ : 24/08/2017

Cas clinique

  • Le vétérinaire est appelé pour une « fièvre vitulaire » (parésie puerpérale) sur une vache laitière haute productrice, de race Simmental, âgée de six ans, de haute valeur génétique, ayant vêlé la veille. La vache ne peut se relever.
  • Ces cas sont fréquents dans cette exploitation, ils rétrocèdent toujours au traitement calcique habituel.
  • Le praticien met en place un traitement classique par perfusion intraveineuse d’un soluté à base de gluconate de calcium.
  • Ce traitement est immédiatement efficace : la vache se relève à la fin de la perfusion.
  • Le praticien propose à l’éleveur, qui l’accepte, dans le but de consolider le traitement et d’éviter la rechute, et dans un but plus global de prévention de maladies métaboliques et aussi d’amélioration des performances zootechniques de l’animal, de compléter le traitement habituel par un « drenchage », terme consacré pour désigner l’administration orale forcée, notamment aux bovins, d’un fort volume de liquide par une sonde œsophagienne (souvent 50 à 100 litres, ici 20 litres) ; en l’occurrence d’un soluté électrolytique et énergétique (comportant notamment dans la circonstance des sels de calcium).
  • Cette technique s’inscrit dans les données acquises de la science vétérinaire : très utilisée aujourd’hui en élevage laitier performant, elle permet à des animaux fatigués après le part, qui ne mangent et ne boivent généralement pas suffisamment, de se réhydrater rapidement et de bénéficier d’un apport d’électrolytes et de nutriments énergétiques. La diurèse est rétablie, les toxines sont éliminées ; l’effet préventif de la cétose et du déplacement à gauche de la caillette est démontré. Cette abondante administration liquidienne peut en effet compléter utilement un traitement calcique intraveineux.
  • Ce type de traitement complémentaire est proposé et mis en place pour la première fois dans l’exploitation.
  • Le vétérinaire venait de se munir du matériel nécessaire et l’utilisait pour la première fois chez un ruminant adulte.
  • Il avait l’expérience de la réhydratation orale du veau par sondage œsophagien avec un matériel réalisant l’apport liquidien massif dans la partie cervicale de l’œsophage.
  • La sonde est correctement introduite dans l’œsophage (dans sa portion thoracique), pas de fausse route dans la trachée MAIS elle n’est pas introduite jusque dans le rumen (le praticien ne comprendra et mesurera l’impact de la position de la sonde qu’après l’accident).
  • Le liquide est administré par la pompe ad hoc à vitesse sans doute un peu élevée, un reflux liquidien se produit, une fausse déglutition intervient, la vache se débat violemment, suffoque, elle s’effondre sur le flanc puis se rétablit quelques minutes plus tard en décubitus sterno-abdominal.
  • Un corticoïde est aussitôt administré en intraveineuse.
  • La vache se relève, semble aller légèrement mieux mais elle est retrouvée morte cinq heures plus tard.
  • En l’absence d’autopsie, elle est supposée morte de pneumopathie suraiguë par fausse déglutition, en tout état de cause des conséquences de l’inhalation massive d’une solution liquidienne éminemment agressive pour les tissus broncho-pulmonaires.
  • L’éleveur reproche à son vétérinaire un acte inopportun et incorrectement effectué, il met en cause sa RCP.
  • La faute est reconnue, le préjudice aussi ainsi que le lien entre la faute et le préjudice ; l’éleveur est indemnisé par l’assureur.

Analyse des barrières

Télécharger l'analyse des barrières de prévention (pdf - 184.66 Ko)

Analyse approfondie

Nature de la cause

Faites en faveur de cette analyse

Contribution relative

Défauts de compétence technique (compétence pure)

Formation continue insuffisante :

-apprentissage d’une technique nouvelle ;

-manipulation d’un nouveau matériel.

-Mauvaise appréciation du risque de dysphagie (l’hypocalcémie majore le risque).

MAJEURE +++
(exclusive)

Défauts de compétences non techniques (compétences dans la gestion des tempos et des aspects non médicaux)

Défaut d’information de l’agriculteur sur bénéfice risque

Propositions d'actions :

- Tenir pour importante la prudence face au zèle (attention à l’excès de zèle).
- Se former aux techniques nouvelles avant leur mise en œuvre en situation réelle.
- Toujours s’informer prudemment sur un nouveau matériel ; se méfier d’une simplicité évidente ; se former à son utilisation.
- Faire attention à la transposition simpliste de situations (du « drenchage » du veau au « drenchage » de l’adulte).
- Sécurité du « drenchage » du bovin adulte : s’assurer de la position strictement intra-ruminale de l’embout sur un animal présentant un risque de dysphagie.
- Tenir pour important que le consentement obtenu n’a de valeur que s’il est complètement éclairé.
- Agir autant que possible en amont par la prévention non médicale (conduite de lots en élevage, prévention alimentaire).

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