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2015 - Progression de la souffrance psychique au travail entre 2007 et 2012

09/09/2015

APM 23 juin 2015

Résumé

La prévalence de la souffrance psychique en lien avec le travail a augmenté entre 2007 et 2012, selon les données du programme de surveillance des maladies à caractère professionnel publiées (MCP) mardi dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH).

L'Institut de veille sanitaire (InVS), en collaboration avec l'Inspection médicale du travail, a mis en place un système de surveillance des MCP. Dans ce cadre, la souffrance psychique causée ou aggravée par le travail est le deuxième groupe de pathologies le plus souvent signalé après les affections de l'appareil locomoteur, rappellent Imane Khireddine de l'InVS et ses collègues.

Pourtant, la souffrance psychique en lien avec le travail ne figure dans aucun tableau de maladie professionnelle reconnue par les différents régimes de sécurité sociale. Il est toutefois possible pour les personnes concernées d'obtenir réparation par le biais des comités régionaux de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP) et à ce titre, 512 demandes ont été formulées en 2013 (chiffre doublé par rapport à 2012) dont 47% ont été indemnisées.

Les chercheurs ont conduit une analyse des données du programme MCP qui s'appuie sur un réseau de médecins du travail volontaires. Ces derniers signalent sur deux semaines (les "quinzaines MCP") tous les cas de maladies ou symptômes qu'ils jugent en lien avec le travail.

Pour les cas de souffrance psychique en lien avec le travail sont pris en compte notamment l'épuisement professionnel ("burn out"), les troubles dépressifs, les troubles anxieux, l'état de stress post-traumatique, les troubles du sommeil, les conduites addictives, la somatisation, la décompensation d'une psychose ou d'une névrose, les troubles du comportement alimentaire et l'asthénie.

Entre 2007 et 2012, le nombre de régions participant au programme MCP est passé de sept à 15. En parallèle, le taux de participation des médecins du travail aux "quinzaines MCP" a diminué de moitié (passant de 34% à 17%) et le nombre de salariés vus a reculé de 25% (passant de 107.000 à 81.000 environ).

La prévalence de la souffrance psychique est plus élevée chez la femme que chez l'homme et elle est passée respectivement de 2,3% en 2007 à 3,1% en 2012 et de 1,1% à 1,4%. La hausse observée au cours de la période d'étude est statistiquement significative chez l'homme mais pas chez la femme.

Jusqu'en 2010, l'épisode dépressif léger est la souffrance psychique la plus rapportée à la fois chez l'homme et la femme, concernant plus d'un tiers des situations. A partir de 2011, les troubles anxio-dépressifs deviennent majoritaires chez les deux sexes, représentant également plus du tiers des cas déclarés.

En parallèle, les parts du "burn out" et des états de stress post-traumatique, moins élevées, ont toutefois augmenté sur la période et la part de l'entité "stress lié à l'emploi" a considérablement chuté.

Les chercheurs ont également étudié les facteurs sociodémographiques pour 2012, montrant que la probabilité de signaler une souffrance psychique en lien avec le travail augmentait avec l'âge et la catégorie sociale.

Pour expliquer ces résultats, ils supposent qu'une plus grande couverture médiatique des pathologies liées au travail au cours de cette période a sensibilisé les salariés à ces problèmes et libéré la parole auprès des médecins du travail. En parallèle, ces derniers ont aussi été davantage sensibilisés les médias mais aussi par le programme MCP.

En parallèle, l'augmentation observée du taux de prévalence de la souffrance psychique en lien avec le travail s'est accompagnée d'"une détérioration des conditions de travail constatée ces dernières années, notamment celles liées à l'organisation du travail et aux relations entre collègues et avec la hiérarchie", ajoutent-ils, rappelant que les associations entre conditions de travail et troubles de la santé mentale sont largement documentées dans la littérature.

Ces résultats confortent les précédentes données du Réseau national de vigilance et de prévention des pathologies professionnelles (RNV3P) ayant montré une hausse, entre 2001 et 2009, du nombre de salariés atteints de troubles mentaux et du comportement dans les Centres de consultations de pathologies professionnelles.

En extrapolant leurs résultats à la population salariée française, les chercheurs estiment qu'environ 480.000 salariés présentent une souffrance psychique en lien avec leur travail.

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