Agir contre les maltraitances des animaux de compagnie

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  • Protection animale

Le sujet de la maltraitance ou des maltraitances animales concerne au premier chef le vétérinaire. En effet celui-ci n’est pas en charge de la seule santé animale au sens restreint du terme, à savoir l’absence de maladie ou de blessure. Il est en charge, plus largement, du bien-être animal. Cette mission a parfaitement vocation à s’inscrire dans les démarches de qualité et de sécurité des soins*

Auteur : le Dr Michel Baussier, Docteur vétérinaire / MAJ : 29/11/2021

Le bien-être animal

L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a proposé en 2018 une définition du bien-être animal :

"Le bien-être d’un animal est l’état mental et physique positif lié à la satisfaction de ses besoins physiologiques et comportementaux, ainsi que de ses attentes.

Cet état varie en fonction de la perception de la situation par l’animal."

Le bien-être animal suppose en premier lieu, pour les espèces animales domestiques, devenues strictement dépendantes de l’homme, une bientraitance de la part des humains, à commencer naturellement et logiquement par les vétérinaires. Le respect des cinq libertés, rappelées par l’Organisation Mondiale de la Santé animale (OIE), doit être en permanence présent à l’esprit du vétérinaire :

  • absence de faim, de soif et de malnutrition ;
  • absence de peur et de détresse ;
  • absence de stress physique ou thermique ;
  • absence de douleurs, de lésions et de maladie ;
  • possibilité pour l’animal d’exprimer les comportements normaux de son espèce.

Pour le vétérinaire praticien, exerçant en cabinet ou clinique, agir contre les maltraitances comporte deux composantes essentielles : ne pas en commettre dans le cadre de sa pratique et agir hors de son domaine strict en prévenant la maltraitance, en la détectant, voire en la neutralisant ou la faisant réprimer.

Pour le vétérinaire, être lui-même bien-traitant au sein de son établissement de soins

Cela revient pour lui et toute son équipe à exercer une médecine vétérinaire volontiers qualifiée aujourd’hui de bienveillante. Bienveillante vis-à-vis de l’animal et aussi de son maître.

Du reste, l’objectif étant un objectif de bien-être, il est admis maintenant que le bien-être animal ne saurait être dissocié du bien-être humain. De la même manière qu’on parle volontiers d’Une Seule Santé (One Health), on parle aussi volontiers maintenant d’Un Seul Bien-être (One Welfare).

Sur le sujet de la médecine vétérinaire bienveillante, le lecteur se reportera volontiers à l’article précédemment disponible sur le site : "Prévenir le drame relationnel : la prise en charge bienveillante de l'animal et de son maître" ou bien à la conférence "La bientraitance de l'animal et de son maître pour prévenir le drame relationnel".

Le vétérinaire comme sentinelle en éveil pour repérer les cas isolés de maltraitance animale

Il s’agit de ce qu’on appelle parfois la maltraitance ou les maltraitances "ordinaires".

De quoi peut-il s’agir ?

  • Il peut s’agir de mauvais ou très mauvais soins, notamment dans le domaine de l’alimentation mais aussi dans le domaine du logement : le surnombre, voire l’accumulation pathologique d’animaux dans un espace limité, souvent avec les meilleures intentions du monde, devient rapidement attentatoire à leur bien-être, à commencer par leur santé (risque accru de parasitisme et de maladies infectieuses contagieuses ).
  • L’abandon, pourtant sévèrement réprimé dans le texte par le code pénal en tant qu’acte de cruauté, ne l’est pas en pratique puisque ces animaux abandonnés sont le plus souvent des animaux non identifiés et que le contrôle de l’identification n’est pratiquement pas effectué (ni le contrôle, ni la répression du défaut d’identification). L’abandon intervient dès lors lâchement dans l’anonymat et l’absence de poursuites. Le vétérinaire peut percevoir dans certains cas le risque d’abandon. C’est plutôt lorsqu’un animal abandonné est recueilli qu’il intervient. En tout cas, c’est en encourageant et réalisant l’identification que le praticien vétérinaire concourt sans doute le plus à la prévention des abandons. C’est aussi dans le conseil et la formation qu’il peut donner aux potentiels acquéreurs d’un animal de compagnie, qu’il intervient dans la prévention de cette maltraitance.
  • Les violences physiques ne sont pas toujours faciles à détecter. Les fractures bizarres, des contusions mal expliquées peuvent attirer l’attention du praticien. Quand on sait que, dans une proportion de cas qui semble s’avérer importante, cette forme de maltraitance est souvent associée à des maltraitances humaines (violences familiales, violences conjugales), il y a lieu d’être en éveil. L’Association contre la maltraitance animale et humaine (AMAH), assez récemment créée, met à la disposition des vétérinaires praticiens français, sur la base de travaux américains, un guide2 accessible gratuitement, permettant de mieux savoir identifier la maltraitance animale (voir références jointes). Savoir reconnaître la famille en danger derrière l’animal maltraité est ainsi devenu une dimension éthique de l’activité vétérinaire.
  • Les actes de cruauté véritable sont d’une certaine manière malheureusement plus faciles à identifier et donc à dénoncer.

La question du secret professionnel se pose mais la loi y répond déjà dès lors que le vétérinaire praticien est aussi vétérinaire sanitaire. Les craintes et difficultés des vétérinaires, derrière le problème très important de la rupture du "contrat de confiance" avec le maître de l’animal, leurs appréhensions, leur inconfort, devraient trouver solution avec la proposition de loi en cours de débat précédemment citée. Il conviendra pour les organisations professionnelles en charge de la formation continue de mettre à disposition des vétérinaires les outils leur permettant de s’engager davantage dans cette voie de prévention et de gestion de la maltraitance animale.  

Le vétérinaire comme acteur engagé avec ses instances professionnelles et les organisations et institutions compétentes dans la prévention de l'éradication de maltraitances généralisées et couramment admises

Il n’y a encore pas si longtemps, les vétérinaires essorillaient les chiens (otectomies à des fins esthétiques ou de standard de la race), retiraient les griffes des chats sans se poser vraiment de questions. Ils se contentaient de répondre à la demande de leurs clients pour leur satisfaction dans le cadre d’une démarche répondant en fait à la seule exigence de qualité, qualifiée dans d’autres secteurs de qualité commerciale.

Les bonnes pratiques vétérinaires bannissaient simplement les pratiques douloureuses. L’acte chirurgical était incontestablement dans la quasi-totalité des cas de qualité quand il était pratiqué par un vétérinaire. En France la caudectomie à des fins non médicales reste admise légalement ; elle est simplement encadrée.

N’appartiendrait-il pas à une profession responsable et résolument engagée sur le terrain du bien-être animal, lequel devrait être son terrain de prédilection, d’agir pour la suppression de ces dernières mutilations existantes ? Le loup souffre-t-il réellement dans la nature du fait que personne ne vienne lui couper la queue de son vivant ? La queue apparaît-elle comme un organe que l’évolution par sélection naturelle ou plutôt par sélection humainement modifiée, devrait amener résolument à faire disparaître ? Ou conviendrait-il vraiment d’anticiper par un acte chirurgical une telle évolution qui serait perçue comme nécessaire ?  

Aujourd’hui la profession vétérinaire, à peu près dans le monde entier, et notamment en France, est engagée dans la lutte contre les hypertypes. On pense aux races brachycéphales, mais aussi à celles aux plis cutanés surabondants, à celles à la colonne vertébrale démesurément allongée entre la ceinture scapulaire et le bassin, etc… La liste est assez longue des excès capricieusement commis par l’homme au cours des deux derniers siècles notamment, pour sa seule satisfaction esthétique, voire artistique, et préjudiciables à la bonne santé de ces animaux, voire plus globalement à leur bien-être.

Il s’agit bien de maltraitance par l’Homme. Voilà de réels organismes génétiquement modifiés que tant d’écologistes militants promènent allègrement et sans se remettre en cause au bout d’une laisse en allant manifester contre les OGM, voire en allant détruire des plantes génétiquement modifiées dans les champs de l’INRAE !

La profession de vétérinaire, en remettant en cause les hypertypes chez les animaux de compagnie, se comporte assurément comme une profession responsable, engagée dans une démarche éthique, en amont de sa déontologie. C’est tout à son honneur, même si on peut toujours facilement penser aujourd’hui qu’elle aurait pu réagir plus tôt.

Il y a, s’agissant des animaux de compagnie, le domaine dit des nouveaux animaux de compagnie (NAC), sans doute dénommé globalement comme cela à tort, dans la mesure où on rassemble sous cette dénomination des espèces sauvages, voire des espèces sauvages exotiques, et des espèces considérées aujourd’hui comme domestiques.

Il y aurait lieu de ne retenir que les espèces dont le caractère domestique est incontestablement affirmé. Les animaux de compagnie sont par essence des animaux domestiques. On ne saurait parler de NAC pour des animaux d’espèces toujours sauvages, a fortiori quand elles sont exotiques. Les animaux d’espèces sauvages ont-ils leur niche écologique dans une habitation humaine, a fortiori en ville ? Peuvent-ils y exercer leurs cinq libertés ?

Il appartient à la profession vétérinaire mondiale d’entreprendre aujourd’hui pour les NAC la réflexion et la démarche entreprises pour les hypertypes. Elle serait pleinement dans son rôle. Dans l’immédiat, chaque praticien, dans son établissement de soins, se doit d’y réfléchir et d’ores et déjà de dialoguer avec les propriétaires de ces animaux devenus ses clients, pour évoquer, au-delà de la seule santé de ces animaux, les questions de fond liées à leur bien-être et à celui de leur place et de leur rôle dans l’écosystème global.

Agir contre la maltraitance des animaux, c’est d’abord naturel pour un vétérinaire, c’est aussi tout l’honneur de la profession.

 

*Au moment où ces lignes sont écrites, une proposition de loi émanant du député Loïc DOMBREVAL, vétérinaire, est en discussion au Parlement. Elle vise à renforcer la lutte contre la maltraitance animale et concerne pour l’essentiel les animaux domestiques de compagnie. La maltraitance animale a pu être définie, notamment par un auteur américain1, comme "un comportement social inacceptable intentionnel entraînant des souffrances ou une détresse, voire la mort d’un animal". La négligence peut dans certains cas aboutir à une vraie maltraitance.
Références
1- Communiqué de presse de l’AMAH du 29 septembre 2021
2- Guide de l’AMAH à l’usage des équipes vétérinaires, 2021

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