Mort d’une chienne Yorkshire Terrier lors d’une anesthésie

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Mort d’une chienne Yorkshire Terrier lors d’une anesthésie pour détartrage

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  • chienne Yorkshire Terrier

Ce cas concerne une chienne de race Yorkshire Terrier âgée de deux ans, sans antécédent pathologique particulier...

  • Vétérinaire
Auteur : Dr Vre Michel Baussier / MAJ : 23/04/2018

Cas clinique

  • Lors de la consultation vaccinale (rappel annuel), le praticien constate la présence de surdents (crocs de lait) et aussi celle d’un dépôt de tartre dentaire. Il conseille l’extraction des surdents accompagnée de détartrage et polissage dentaires. Rendez-vous est pris pour cette petite intervention sous anesthésie générale.
  • Trois semaines plus tard la chienne est hospitalisée : elle est à jeun, elle est calme. Aucun examen biologique particulier n’est réalisé, comme à l’habitude pour ce genre de soins dentaires sur un animal jeune. L’examen clinique - et notamment l’auscultation cardio-respiratoire - ne révèle pas d’anomalie, pas davantage que celui réalisé trois semaines plus tôt lors de la vaccination.
  • Une voie veineuse est posée. Pas d’intubation trachéale. Un protocole anesthésique régulièrement utilisé en routine dans cette clinique pour les soins dentaires courants est mis en place comportant l’administration successive par voie intraveineuse de soluté à base de diazépam (0,25 mg/kg) et d’un mélange à base de kétamine (2,5 mg/kg) et de xylazine (0,5 mg /kg). Les doses utilisées correspondent à un sous-dosage par rapport aux doses préconisées dans le RCP des deux médicaments utilisés.
  • Pendant 20 mn l’intervention se déroule normalement mais à l’issue de ce délai elle n’est pas terminée et, devant l’imminence des signes de réveil, il faut administrer à nouveau du mélange anesthésique. Un bolus représentant une dose identique est réinjecté. 
  • Cinq minutes plus tard une cyanose des muqueuses et observée.
  • L’auscultation cardiaque révèle étonnamment un souffle systolique à gauche ainsi que des crépitements pulmonaires (œdème pulmonaire). Du furosémide est injecté en IV.
  • A noter que le débit extrêmement faible de la perfusion ne saurait être en cause.
  • Les muqueuses sont redevenues roses, la fréquence cardiaque est normale et l’intervention reprend. Les réflexes palpébraux sont présents.
  • Nouvelle cyanose trois minutes plus tard. Le cœur est cette fois à peine audible à l’auscultation.
  • L’intubation endotrachéale est immédiatement décidée : elle est réalisée avec difficulté en la circonstance, elle prend deux à trois minutes.
  • L’air est enrichi en oxygène. Le monitorage est mis en place.
  • Une injection intraveineuse de doxapram est faite.
  • Un arrêt cardiaque est noté. Une injection intracardiaque d’adrénaline est réalisée. Sans succès, le cœur ne repart pas. La mort par œdème pulmonaire est constatée.
  • L’autopsie ne sera pas réalisée.
  • La responsabilité du praticien, mise en cause, ne sera pas reconnue (obligation de moyens respectée).

L’événement indésirable grave (EIG) est constitué par la réalisation d’un risque non envisagé, la mort à l’anesthésie de cette jeune chienne dont l’état général était bon, au cours de soins dentaires de courte durée effectués à titre prophylactique autant que curatif.

Analyse

Télécharger l'exercice (pdf - 28.46 Ko)

  1. Lisez en détail le cas clinique.
  2. Oubliez quelques instants cette observation et rapportez-vous au tableau des barrières, identifiez les barrières de Qualité et sécurité que vous croyez importantes pour gérer, au plus prudent, ce type de situation clinique. Le nombre de barrières n’est pas limité.
  3. Interrogez le cas clinique avec les barrières que vous avez identifiées en 2 ; ont-elles tenu ?
  4. Analysez les causes avec la méthode des Tempos.

Télécharger l'analyse des barrières de prévention (pdf - 17.59 Ko)

Propositions d'actions préventives

  • Il est certes difficile d’encourager les soins dentaires prophylactiques tout en présentant les risques anesthésiques. Toutefois les minimiser ou les passer sous silence aggrave tout événement indésirable en ce domaine.
  • Il n’y a pas de « petites » interventions, il n’y a pas de « petites » anesthésies générales.
  • La banalisation des actes vétérinaires est en soi iatrogène.
  • La question de l’intubation systématique en cas de soins bucco-dentaires mérite d’être posée. Nombre de praticiens la réalise systématiquement dans cette indication.
  • Même en cas d’anesthésie prévue comme brève, le dispositif de relais gazeux et notamment d’oxygénation ainsi que celui de ventilation assistée doivent être disponibles et prêts.
  • Les médicaments d’urgence doivent être à portée.
  • Le personnel auxiliaire doit être formé aux procédures d’urgence per-anesthésiques pour une réactivité sans faille.

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