Desmorexie sacro-iliaque sur une génisse après extraction forcée

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Desmorexie sacro-iliaque sur une génisse après extraction forcée

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Agir à contre-courant d’une demande faiblement exprimée ou implicite de son client constitue toujours une prise de risque. La communication avec l’éleveur est un élément important de la prise en charge, en particulier quand celui-ci est éduqué et prudent. Le consentement éclairé est une nécessité.

Auteur : le Dr Michel Baussier, Docteur vétérinaire / MAJ : 06/02/2023

Cas clinique

Une génisse Prim’Holstein vêle un mois après son introduction dans l’élevage.

Le fœtus s’engage mal, l’éleveur constate lui-même la forte atrésie vulvovaginale et demande sans attendre l’intervention de son vétérinaire.

Celui-ci constate l’absence de disproportion fœto-pelvienne mais l’insuffisance de relâchement des tissus mous.

Il administre un tocolytique sympathomimétique (Monzal®, ND) et réalise des manœuvres manuelles de dilatation vaginale, avant d’engager assez rapidement l’extraction forcée du veau.

Au cours de l’extraction, deux claquements/craquements successifs sont entendus par tous les acteurs.

La réanimation du veau s’effectue sans problème particulier.

Sur sollicitation, la génisse se relève, quelque peu chancelante ; elle s’occupe de son veau (léchage).

Immédiatement, les signes anatomiques caractéristiques d’une desmorexie sacro-iliaque (relâchement, voire rupture des courts ligaments sacro-sciatiques) sont présents ; cette rupture ligamentaire est encore parfois qualifiée improprement de luxation sacro-iliaque ou sacro-ischiatique.

Un traitement anti-inflammatoire et antalgique est mis en place.

L’état de l’animal s’aggrave de jour en jour (décubitus latéral persistant, volumineux hématome au niveau des muscles glutéaux).

Quatre jours après la mise-bas, devant la gravité des manifestations cliniques et du pronostic et dans un but de bientraitance animale, l’euthanasie est pratiquée.

L’événement est manifestement indésirable et grave (EIG).

La responsabilité civile professionnelle (RCP) du praticien a été recherchée puis reconnue pour ne pas avoir proposé puis pratiqué une césarienne, la relation de causalité ayant été retenue entre le caractère forcé de l’extraction et la rupture ligamentaire observée.

Commentaires

  • La question de la relation de causalité entre l’extraction forcée et l’apparition d’une desmorexie sacro-iliaque fait scientifiquement débat. Ici, dans le contexte, en termes de RCP, la relation de causalité a été considérée comme établie.
  • L’art d’accoucher n’a-t-il pas été longtemps décrit comme l’art de savoir attendre ?
  • La solution de l’extraction forcée n’était pas a priori une mauvaise solution en l’absence de disproportion fœto-pelvienne, à condition de pouvoir la réaliser dans les règles de l’art en s’en donnant d’abord le temps.
  • Il faut savoir changer de cap à temps et éviter la tunnélisation.
  • L’utilisation hors AMM d’un médicament autrefois indiqué et utilisé majoritairement dans l’espèce bovine est un facteur de risque surajouté assez considérable.

Propositions d'actions préventives

  • Le consentement éclairé est primordial en obstétrique, comme de façon générale dans tout l’exercice de la médecine vétérinaire.
  • L’extraction forcée est rapidement une prise de risque, eu égard à la possibilité de réaliser une césarienne, même si celle-ci est également à risque. Savoir changer de stratégie obstétricale à temps.

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