Echographie par sonde endovaginale : quel risque de contamination pour la patiente ?

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Echographie par sonde endovaginale : quel risque de contamination pour la patiente ?

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Les échographies endocavitaires représentent environ 4 millions d'actes par an en France.

En décembre 2007, à la suite d'une inspection de la DDASS dans cinq cabinets d'un centre d'imagerie médicale mettant en lumière des défauts d'hygiène concernant l'usage de sondes d'échographie endocavitaires (endorectale ou endovaginale), l'Institut de veille sanitaire (InVS) est saisi d'une demande d'analyse des risques infectieux liés à ces pratiques dans ce centre.

  • Sage-femme
Auteur : Isabelle LE CREFF / MAJ : 17/06/2020

On constate que le risque infectieux lié aux échographies endocavitaires en l'absence de protection ou de désinfection des sondes est inconnu, aucun cas d'infection lié à ce contexte n'étant rapporté dans la littérature.

Une analyse systématique de ce risque a donc été conduite par un groupe multidisciplinaire d'experts coordonné par l'InVS, afin d'identifier une liste d'agents infectieux.Les agents retenus sont les suivants :

- le virus de l'immunodéficience humaine (VIH),
- le virus de l'hépatite C (VHC),
- le virus Herpes simplex (HSV),
- le Chlamydia trachomatis,
- le Treponema pallidum.

Sur la base d'une revue des informations disponibles pour chaque micro-organisme, les experts du groupe de travail ont conclu qu'en l'absence de protection ou de désinfection des sondes, le risque de transmission d'une infection via une sonde d'échographie contaminée était extrêmement faible.

Toutefois, compte tenu du fait qu'au moins une infection ait pu survenir suite à ces actes, et après évaluation de la balance bénéfice-risque, la décision d'informer les patients et de leur proposer un dépistage a été prise.

Dans un avis du 17 octobre 2008, le Haut Conseil de santé publique réaffirmait que :

  • l'utilisation d'une gaine protégeant la sonde d'échographie endocavitaire est une alternative aux procédures de nettoyage et désinfection de niveau intermédiaire ;
  • la gaine doit être adaptée au dispositif médical, ayant le marquage CE, en excluant formellement l'usage d'un préservatif à usage sexuel ou d'un doigtier ;
  • l'intégrité de la totalité de la gaine doit être vérifiée lors de la mise en place et en fin d'intervention pour rechercher des souillures visibles

Deux niveaux de désinfection sont proposés :

1) un bas niveau par nettoyage de la sonde avec un textile imprégné de détergent-désinfectant
- en l'absence de souillure

2) un niveau intermédiaire par immersion dans un produit désinfectant compatible avec la sonde, suivie d'un rinçage et d'un séchage
- en l'absence d'utilisation d'une gaine de protection à usage unique
- en cas de rupture de la gaine avec contact direct de la sonde avec des liquides biologiques
- en cas de souillure constatée

Dans tous les cas, l'hygiène des mains avec une friction hydroalcoolique et le port de gants doivent être respectés, ainsi que la traçabilité de l'ensemble de ces étapes, garante de la qualité de cette démarche de désinfection.

Ces protocoles de désinfection sont-ils suffisants ?

Il semble que non à en croire une étude française qui estime que, tous les ans, des milliers de femmes seraient susceptibles de développer une infection après une échographie endovaginale, alors que le risque infectieux lié à l'utilisation de ces sondes en pratique de routine est particulièrement difficile à estimer, les infections acquises et celles transmises ne pouvant être discriminées.

Depuis leur parution, les recommandations du HCSP sont ainsi contestées par des médecins hospitaliers, des bactériologues, des infectiologues, des associations et des personnalités politiques qui appellent à revenir au niveau de désinfection intermédiaire comme le font les Etats-Unis, l'Australie, le Canada, le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Suisse ou encore la Turquie.

Mais si effectivement le risque de contamination est présent dans ce cas, il l'est également dans la pratique du toucher vaginal. L'utilisation d'une sonde décontaminée par un liquide détergent-désinfectant et recouverte d'une gaine présente-t-elle plus de risque de contamination que le toucher vaginal avec des mains gantées décontaminées entre 2 examens ?

Cela parait peu probable puisque le mode de contamination lors de la déchirure d'un gant est direct (l'agent infectieux étant transmis directement par celui qui le porte à l'individu récepteur), alors que dans le cas de l'utilisation d'une sonde d'échographie recouverte d'une gaine, la contamination reposerait sur deux incidents successifs de perte d'intégrité de la gaine survenant sur un dispositif médical ayant de surcroit subi un traitement entre les deux utilisations.

Néanmoins, comme le précise un groupe d'experts composés de radiologues, gynécologues, urologues, et échographistes dans une lettre ouverte du 16 juillet 2013 :
« Cette situation impose que le processus global de sécurisation de l'examen incluant les procédures de désinfection et de manipulation des dispositifs soit réévalué par des études financées par les pouvoirs publics afin de valider les meilleures recommandations en pratique.
Dans l'immédiat, les sociétés savantes vont continuer de sensibiliser les professionnels au risque potentiel des examens endocavitaires pour que les recommandations actuelles soient mises en œuvre de façon très stricte ».

La désinfection des sondes par nettoyage avec un textile imprégné de détergent-désinfectant, le changement de gaine et sa vérification à chaque examen constitue des précautions nécessaires et suffisantes en fonction des données actuelles de la science.

Ces recommandations ne manqueront pas d'évoluer en fonction des connaissances et des progrès techniques confirmés par de nouvelles évaluations.

Et si l'on soupçonne certains praticiens de ne pas appliquer scrupuleusement cette procédure, il semble inutile d'en imposer une plus complexe, il est en effet préférable de se donner les moyens de veiller à ce que la procédure actuelle, simple et efficace, soit réellement mise en œuvre.

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