Retrouvez l'analyse de la presse internationale sur le risque médical par le Professeur Amalberti. À la une ce mois-ci : l'engagement des patients dans le processus de sécurité-résultat, erreurs de prescription sur les patients âgés, introduction de l'IA en médecine, climatisation dans les maisons de retraite...
Ces auteurs Anglais de la prestigieuse London School of Economy nous proposent une analyse de la participation active des patients et familles à leur sécurité, et plus globalement comment des non soignants, citoyens peuvent endosser utilement ce rôle d’aidant à la sécurité du patient.
La littérature récente est à la fois très en support de l’idée, et en même temps très limitée sur le comment faire.
La méthode repose sur une recherche mixte qualitative-quantitative basée sur l’analyse d’un corpus de 1 857 plaintes de patients et familles déposées dans les hôpitaux anglais.
L’attention est concentrée sur les récits de plaintes :
Presque les trois quarts des plaintes comportent l’un, l’autre ou les deux éléments mentionnés précédemment.
Les solutions suggérées sont de deux ordres :
L’article se termine en proposant un cadre général de participation des non soignants à la sécurité du patient, et à l’organisation plus générale de la sécurité des soins.
Ces auteurs Canadiens proposent une vaste revue de littérature – couvrant la littérature blanche et grise accessible - sur l’engagement des patients pour toutes les phases de diagnostic et la sécurité des soins.
Au total, 11 630 articles sont sélectionnés, dont finalement 250 retenus, représentants 260 interventions différentes visant un meilleur engagement des patients.
La plupart (85,2%) proviennent de la littérature grise. Les interventions recouvrent toutes les étapes du diagnostic traitement, mais sont plus nombreuses sur l’engagement dans l’anamnèse (38,5%) et la phase traitement (46,9%) avec le médecin généraliste, en contraste du faible nombre concernant l’examen physique (2,3%) et de façon générale, les interactions avec les spécialistes (3,8%).
Dans presque tous les cas, les articles n’ont pas eu de reviewers, et pour les 37 qui en ont eu, les articles utilisent des méthodes avec un faible niveau de preuve ; on ne retrouve que 3 études randomisées, et encore, avec des faibles échantillons de patients dans chaque groupe, sans parler d’un taux d’attrition assez élevé (des patients engagés) pendant ces études.
Seules 63 interventions ont été conçues avec la participation de patients (24,2%) et seules 18,5% ont incorporé la variable équité (des conditions sociales, des facteurs ethniques, démographiques, etc.) dans le design de l’étude.
Les auteurs concluent sans surprise que les résultats souvent cités comme des évidences soutenant l’engagement du patient comme un succès avec des méthodes claires pour y parvenir relèvent de biais si forts qu’il faut plutôt considérer qu’il n’y a aucun fait positif démontré de la pertinence du concept - en tout cas à ce jour -, ce qui ne veut pas dire qu’il soit faux, mais qu’il reste tout à prouver.
L’engagement des médecins généralistes dans les démarches volontaires d’audit et de feedback est souvent considérée comme un plus souhaité par les qualiticiens, même si elle reste sur le terrain plutôt difficile.
Cette étude canadienne de Toronto compare dans une approche rétrospective sur dossiers, complétée par des questionnaires, les caractéristiques des médecins généralistes volontaires à ceux qui le sont moins (entre 2017 et 2020).
Sur les 10 654 généralistes de l’Ontario, 1 400 se sont enrôlés dans une démarche volontaire d’audit (proposée par la province) à la différence des 9 254 autres.
Les médecins enrôlés ont des patientèles plus importantes (liste de patients dans le système par capitation) OR (95% CI) 2.75 (2.15 to 3.51), p<0.001, et sont plus engagés dans leurs activités auprès des maisons de retraite (1.75 (1.55 to 1.97), p<0.001).
Ceux moins volontaires sont plus engagés dans une continuité des soins (coopération interprofessionnelle (OR (95% CI) 2.75 (2.15 to 3.51), p<0.001), sont installés depuis plus longtemps, pratiquent plus la rémunération à l’acte (et non la capitation, 0.74 (0.65 to 0.85), p<0.001).
Les médecins enrôlés et volontaires dans les démarches d’audit & feedback ont aussi une patientèle moins diversifiée ethniquement, avec moins d’immigrants. La comparaison de leurs réponses à des questionnaires montre qu’ils sont aussi moins engagés dans les débats sur les changements de leur profession, et même sur la Qualité des soins.
Les auteurs concluent à cet inattendu résultat qui montre un peu, contre toute attente, qu’une population médicale prête à s’enrôler dans des audits et feedback, est finalement plutôt bureaucratique, exerçant sur un mode plutôt "routinier".
La médecine hors heures ouvrables est souvent suboptimale. Les médecins ont plus de difficulté à accéder aux dossiers et antécédents des patients, sont souvent dans le soin immédiat, sous pression, avec un risque de retard de diagnostic et/ou de traitement inapproprié.
Cette étude danoise essaie d’estimer les préjudices et leurs conséquences via le registre des plaintes de patients sur des soins reçus hors heures ouvrables sur la période 2019-2023.
Un total de 1 162 plaintes ayant donné lieu à compensation financière est considéré. 67,5% de ces plaintes relatent des problèmes cliniques, dont 47,1% sur les questions de sécurité. 92,4% sont classées moyennement à très sévères.
Les prescriptions inappropriées sont un risque bien connu dans le domaine des patients âgés.
Ces auteurs Australiens proposent une revue de littérature avec méta-analyse sur les interventions proposées pour réduire ce risque sur la période d’avril 2020 à novembre 2023.
Seules 8 études ont été finalement gardées par les auteurs pour leur bonne qualité méthodologique (la plupart sont des essais randomisés). Elles concernent 33 170 patients âgés de 7 pays différents.
Les interventions proposées pour améliorer la sécurité de ces prescriptions vont de la formation, aux revues (des prescriptions) par des pairs, en passant par tous les nouveaux outils d’aide à la prescription. La méta-analyse montre que, quand ces solutions sont effectivement déployées, elles font réduire le risque d’erreur de 57%.
Les actions de formation sont les plus effectives.
Il reste cependant à relativiser ces résultats par les types de patients, les lieux de soins, la construction de l’intervention, certaines de ces conditions étant plus favorables que d’autres.
L’adoption de l’IA en santé est très prometteuse pour aider au diagnostic et à la sécurité du patient, pour optimiser les processus administratifs et, in fine, pour améliorer les résultats cliniques. Mais ces succès sont encore à balancer par la maîtrise de plusieurs défis.
Ces auteurs, informaticiens renommés de l’IA des Émirats arabes unis, proposent une revue de littérature internationale pour analyser les barrières et faciliter l’entrée en service de ces nouveaux outils.
Ils ont sélectionné 96 articles qui décrivent 16 barrières, notamment les biais de données (d’apprentissage), les limitations de disponibilité des outils et services nécessaires au déploiement, les contraintes financières associées, les ruptures de continuité entre flux de données et systèmes d’informations concernés et, bien sûr, les questions de transparence, de compréhension des raisonnements de la machine et de responsabilité.
Au total, la lecture des 96 articles suggère un regroupement en 3 paquets utiles de défis en lien avec :
Les auteurs poursuivent cette analyse en proposant un cadre conceptuel de traitement des problèmes à l’échelle du système de soin, une sorte de feuille de route pour guider l’évaluation et l’intégration de ces nouveaux outils à base d’IA.
Ce cadre conceptuel repose sur 3 phases :
Ces auteurs Finlandais proposent un zoom sur la qualité d’analyse de 166 événements indésirables graves (EIG) survenus entre 2018 et 2023 dans 11 établissements du secteur médico-social finlandais.
Les résultats montrent une considérable variation de ce qui est considéré comme un EIG, et déplore qu’aucun compte rendu d’analyse ne spécifie la méthode utilisée.
Les conséquences pour le patient ont été fatales dans 47,6% des cas signalés. Les causes les plus fréquentes étant les erreurs de médicaments, de traitement au sens large, et de surveillance. Les facteurs contributifs cités allaient de 1 à 16 (moyenne 4,6), avec au premier rang les questions organisationnelles et de manque d’effectifs.
Les auteurs déplorent le manque de standardisation et le fait qu’on ne parle que des événements les plus sévères. Il manque à l’évidence la connaissance des bonnes pratiques dans ces secteurs médico-sociaux.
Dans cette étude de cohorte, l’analyse des données provient d’une enquête nationale longitudinale conduite sur quatre ans (2018-22) auprès d’un échantillon représentatif de 12 645 ménages de la population américaine non institutionnalisée.
Parmi ces 12 645 répondants à l’enquête, 74,6% étaient âgés de 18 ans ou plus et 50,6% étaient des femmes.
Chez les adultes, 50,3% souffraient d’une maladie chronique, 7,9% ont été hospitalisés et 2,3% sont décédés sur la période de 4 ans.
Au cours de la première année, 6,5% des adultes ont subi des restes à charge mais ce sont 17,4% des patients qui ont connu ces situations au moins une fois sur la période de quatre ans (rappelons que les citoyens américains de moins de 65 ans doivent s’assurer dans des systèmes privés très coûteux qui ne couvrent pour autant que partiellement les pathologies et actes dont ils peuvent être victimes. Un reste à charge important peut ainsi être demandé - sans compter qu’une partie de la population fait le pari de ne pas s’assurer du tout…).
Au total, 24,7% des Américains vivaient dans des familles confrontées à des difficultés financières liées aux soins de santé sur la période de quatre ans, et 11,2% dans des familles confrontées à de grandes difficultés financières.
Au total, 26,7% des adultes ont renoncé à des soins pour des raisons financières et/ou ont subi des difficultés financières sur cette période de 4 ans.
Un faible revenu, l'absence d'assurance maladie, des hospitalisations et des maladies chroniques étaient chacun associés à des difficultés financières plus importantes.
53,2% des personnes décédées étaient en difficultés financières au cours des 4 années précédant leur décès.
On retient de l’enquête que le risque de dépenses de santé importantes à charge du patient augmente d’année en année aux États-Unis.
Les auteurs concluent que le système de santé américain impose un fardeau financier bien plus important pour les citoyens que ne le suggère les analyses transversales.
Cette étude s’intéresse au pourcentage de décès qui pourrait être évité par l’installation de climatisation dans les maisons de retraite en cas de grosse vague de chaleur
L’étude porte sur 73 576 résidents d’EHPAD et structures équivalentes décédés entre 2010 et 2023 aux États-Unis, en comparant les établissements équipés ou non de climatisation dans lesquels ces décès sont survenus par grosse vague de chaleur.
À noter que depuis 2020, la climatisation est imposée par la loi dans ces structures d’accueil des personnes âgées aux États-Unis.
Les épisodes retenus de chaleur extrême sont relatifs aux températures situées dans les 90 percentiles maximums des relevés météorologiques nationaux.
Sur les 73 576 résidents décédés, 40 255 (âge moyen 86,8, 65,6% de femmes) sont décédés dans les 276 EHPAD et équivalents américains dotés de climatisation, et 33 323 (âge moyen 87,2, 64,8% de femmes) dans des établissements sans climatisation.
Les établissements qui n’avaient pas fait le choix de s’équiper de climatisation (avant l’obligation légale de 2020) étaient plutôt privés à but lucratif, comptaient plus de chambres doubles ou triples entre résidents.
Si l’on zoome sur les épisodes de chaleurs extrême, 4 889 décès sont survenus dans des établissements équipés, contre 4 611 décès dans des établissements non équipés.
La (sur) mortalité était très significativement associée à la non présence de climatisation (OR, 1.08; 95% CI, 1.01-1.15) confirmant la pertinence de la disposition légale adoptée au congrès en 2020.
Les médecins généralistes américains manifestent un intérêt croissant pour les modèles de soins primaires personnalisés et les consultations privées, qui se caractérisent souvent par un nombre réduit de patients et une plus grande autonomie clinique que les modèles de soins primaires (pensés comme un dérivé du modèle de capitation, notamment dans Medicare où le médecin a une cohorte de patient qui lui est imposé).
Ces auteurs de Portland dans l’Oregon ont évalué les caractéristiques de ces pratiques et de leur personnel à partir d'un échantillon national de cabinets de soins primaires personnalisés et de consultations privées, identifiés grâce à un croisement inédit de données publiques et privées. De 2018 à 2023, le nombre de cabinets de soins primaires privés et de consultations privées a augmenté de 83,1% et le nombre de médecins y exerçant de 78,4%.
La part des médecins parmi les praticiens exerçant ces modèles a diminué, passant de 67,3% à 59,7%, tandis que la proportion de praticiens spécialisés a augmenté.
Environ 60% de ces praticiens étaient conventionnés par Medicare, ce qui suggère une pratique personnalisée ou hybride.
Le nombre de cabinets indépendants a diminué, passant de 84,0% à 59,7%, tandis que le nombre de cabinets affiliés à des groupes a explosé de 576% durant cette période. Le développement de ces modèles de soins primaires peut offrir des avantages substantiels aux patients et aux cliniciens, mais il soulève également des questions plus générales sur l'évolution des pratiques cliniques et de l'accès aux soins.
Ces auteurs Sud-Coréens nous proposent une revue de littérature sur les facteurs qui conditionnent préférence et attirance du médecin par les patients.
Vingt-huit études répondaient aux critères d'inclusion. Les préférences des patients concernant la tenue vestimentaire des médecins variaient considérablement selon le contexte clinique, la spécialité médicale et le sexe du médecin.
En consultation externe et en soins primaires, les résultats étaient mitigés : certaines études suggéraient qu'une tenue décontractée associée à une blouse blanche pouvait favoriser l'accessibilité et la communication, tandis que d'autres ne montraient aucune préférence marquée.
En revanche, dans les services d'urgence et les blocs opératoires, la tenue de bloc opératoire était systématiquement privilégiée, ce qui indique un lien modéré à fort avec le professionnalisme et la préparation. Pendant la pandémie de COVID-19, les patients ont exprimé une préférence plus marquée pour la tenue de bloc opératoire et les équipements de protection individuelle, insistant sur la prévention des infections et l'hygiène.
Les résultats par sexe indiquaient que les médecins hommes étaient perçus comme plus professionnels lorsqu'ils portaient une tenue formelle avec une blouse blanche, tandis que les femmes médecins portant une tenue similaire étaient souvent prises pour des infirmières ou des aides-soignantes.
Des différences selon la spécialité ont également été observées : la blouse blanche était préférée en dermatologie, en neurochirurgie et en ophtalmologie, tandis que la tenue de bloc opératoire était privilégiée en anesthésiologie et en gastro-entérologie.