Déserts médicaux : ce qui a changé en 40 ans

Anticiper les risques pour mieux sécuriser les soins

Déserts médicaux : ce qui a changé en 40 ans

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  • Un stéthoscope posé sur une borne kilométrique au bord d'une route départementale - La Prévention Médicale

En 40 ans, l’organisation des soins en France a profondément évolué. Médecine plus technologique, concentration des plateaux techniques, vieillissement de la population, évolution de la demande de soins, contraintes administratives et baisse du nombre de médecins formés ont progressivement transformé l’exercice médical, notamment dans les territoires ruraux. Des professionnels de santé et des experts de La Prévention Médicale reviennent sur les évolutions qui ont contribué à la situation actuelle des déserts médicaux.

Auteur : La Prévention Médicale / MAJ : 18/09/2026

Comment l’accès aux soins a-t-il évolué en 40 ans ? Le point en images

Pourquoi les déserts médicaux persistent-ils malgré les évolutions de l’organisation des soins ? Départs à la retraite, manque de renouvellement, hausse des besoins… Découvrez dans cette vidéo les constats de professionnels de santé de terrain.

Intervenants : Pr R. AMALBERTI, Président de La Prévention Médicale - Dr J.F. GERARD-VARET, Médecin généraliste retraité - Dr S. KILIC, Cheffe du service des urgences de Semur-en-Auxois - A. OLLIN, Infirmière libérale - E. LEROY, Kinésithérapeute - A. HAGELSTEIN, Coordinatrice

Ce qu'il faut retenir de la vidéo

Plusieurs professionnels de santé témoignent des difficultés rencontrées dans les territoires ruraux. Leurs interventions mettent en évidence les évolutions de la démographie médicale, l’augmentation des besoins de soins et les limites actuelles de l’offre de santé.

Une démographie médicale insuffisamment anticipée

Selon les intervenants, l’évolution de l’offre de soins n’a pas suffisamment pris en compte les transformations démographiques et sociales de la population. Le vieillissement de la population et l’augmentation prévisible des problèmes de santé auraient notamment été sous-estimés.

La démographie médicale constitue aujourd’hui un enjeu majeur dans les territoires ruraux. De nombreux médecins partent à la retraite sans être remplacés et les reprises de patientèle restent insuffisantes. Cette situation contribue à laisser certains patients sans médecin traitant et à allonger fortement les délais d’accès aux soins, notamment pour consulter un spécialiste.

Une baisse importante du nombre de médecins formés

Le nombre de médecins formés au cours des dernières décennies est également évoqué pour expliquer les tensions actuelles. Le Dr Jean-François GERARD-VARET rappelle qu’environ 10 000 médecins étaient formés chaque année par les facultés dans les années 1960-1970. Entre les années 1990 et 2000, ce nombre était descendu autour de 3 000 à 3 200.

Pour les intervenants, cette évolution témoigne d’une insuffisante anticipation de l’évolution des besoins de santé et de l’offre médicale.

Des besoins de soins qui continuent d’augmenter

Les professionnels constatent une augmentation des demandes de prise en charge. Cette progression concerne notamment les soins de proximité et se heurte aux capacités limitées des professionnels disponibles.

La kinésithérapeute Elodie LEROY souligne ainsi que les demandes de prise en charge augmentent depuis plusieurs années, alors que les capacités de travail des professionnels sont déjà fortement sollicitées. Il devient donc difficile de répondre à toutes les demandes dans des délais satisfaisants.

Des professionnels qui ne peuvent pas compenser seuls le manque d’offre

Face à ces difficultés, les professionnels de santé mettent en avant leur mobilisation pour répondre aux besoins de la population. Mais leurs efforts ne suffisent pas à compenser durablement le déficit de professionnels.

Audrey HAGELSTEIN, coordinatrice de maison de santé, évoque notamment les départs à la retraite, l’absence de renouvellement et les délais très longs pour obtenir un rendez-vous chez un médecin généraliste, encore plus importants pour certaines consultations spécialisées. Elle souligne que les professionnels font leur possible, mais qu’ils ne peuvent pas, à eux seuls, combler un manque structurel de professionnels.

Repenser l’organisation des soins et les besoins futurs

Les intervenants invitent enfin à réfléchir à l’évolution future de l’exercice professionnel. Les glissements de tâches et les transferts de compétences entre professionnels pourraient modifier la répartition des activités de soins.

Dans ce contexte, le nombre de médecins à former dans les prochaines années doit être envisagé en tenant compte de ces transformations. Le Dr Jean-François GERARD-VARET pose ainsi la question des besoins médicaux à 10, 15 ou 20 ans et de la capacité à anticiper les évolutions économiques, sociales, démographiques et organisationnelles.

Un constat s'impose : l’accès aux soins dépend non seulement du nombre de professionnels formés, mais aussi de l’anticipation des besoins de santé, du renouvellement des professionnels dans les territoires et de l’évolution des modes d’exercice.