Revue de presse - Octobre 2026

Anticiper les risques pour mieux sécuriser les soins

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Retrouvez l'analyse de la presse internationale sur le risque médical par le Professeur Amalberti. À la une ce mois-ci : la désimplémentation à l'épreuve de l'économie, les failles de communication persistent au bloc, détecter les infections postopératoires par l'IA, enquête internationale sur le burnout...

Auteur : le Pr René AMALBERTI - Président de La Prévention Médicale - Docteur en psychologie des processus cognitifs - Ancien conseiller HAS / MAJ : 13.10.2026

Revue de littérature sur les intervention cherchant l'abandon des pratiques inutiles

Les pratiques à faible valeur ajoutée, c'est-à-dire les examens ou traitements qui continuent d'être utilisés malgré l'absence de preuves démontrant leur utilité, représentent entre 20% et 30% des dépenses de santé. Certaines de ces pratiques concernent même entre 16% et 26% des actes réalisés en soins primaires. Face aux contraintes financières croissantes pesant sur les systèmes de santé, il devient urgent d'évaluer la rentabilité des programmes destinés à réduire ces pratiques inutiles. 

La revue de littérature proposée par ces auteurs Quebequois vise précisément à assembler et synthétiser les données disponibles sur la valeur économique des interventions de "désimplémentation", c'est-à-dire les actions visant à abandonner des pratiques médicales de faible valeur. 

Les auteurs sont partis de 35 775 références publiées jusqu'en février 2025 en lien avec le sujet pour n’en garder que 19 qui adressaient le thème avec une méthodologie de qualité. 

Parmi 35 575 références identifiées, 19 études remplissaient les critères d'inclusion.

Sur ces 19 études, les interventions de désimplémentation se sont révélées plus efficaces et moins coûteuses dans 10 évaluations, soit 53% ; elles étaient potentiellement favorables (plus efficaces mais plus coûteuses) dans 8 évaluations, soit 42%, et défavorables dans 1 seule étude, soit 5%.

Les résultats économiques étaient particulièrement favorables lorsque les coûts médicaux et les coûts d'intervention étaient tous deux pris en compte, les interventions ciblaient directement les professionnels de santé, et les études présentaient une qualité méthodologique élevée.

Cet article apporte un argument économique puissant en faveur des démarches de "déprescription" ou de suppression des actes inutiles. Alors que la sécurité des soins s'est longtemps concentrée sur l'ajout de nouvelles barrières et de nouveaux contrôles, cette revue de littérature rappelle qu'une part importante de l'amélioration de la qualité passe aussi par l'abandon raisonné des pratiques inutiles, coûteuses ou potentiellement iatrogènes. 

La conclusion est particulièrement forte : dans plus de la moitié des études disponibles, supprimer une pratique de faible valeur améliore simultanément les résultats et réduit les coûts. 

Hountongbé CL, Guertin JR, Gnanou S, et al Economic evaluation of deimplementation interventions: a systematic review, BMJ Quality & Safety  Published Online First: 15 June 2026. doi: 10.1136/bmjqs-2025-019895

L'évitement systématique des petits hôpitaux ne conduit pas nécessairement à de meilleurs résultats chirurgicaux : une enquête à grande échelle aux États-Unis

On sait que de nombreux patients vivant en zone rurale choisissent de se faire soigner dans un hôpital plus éloigné plutôt que dans l'établissement local. En revanche, on connaît mal l'impact de ce comportement sur la qualité des soins chirurgicaux reçus.

Ces auteurs du Michigan ont analysé les données Medicare portant sur des patients ruraux ayant bénéficié d'une appendicectomie, d'une cholécystectomie, d'une colectomie ou d'une cure de hernie entre 2016 et 2020.

Ils ont comparé les résultats des patients ayant choisi un hôpital plus éloigné à ceux des patients ayant été opérés dans l'établissement chirurgical le plus proche de leur domicile. 

Près de la moitié (49%) des patients ruraux ont contourné l'hôpital chirurgical le plus proche pour aller se faire opérer ailleurs.

Contrairement à l'idée selon laquelle les grands centres offriraient forcément de meilleurs résultats, les patients ayant contourné leur hôpital local ont présenté une mortalité hospitalière plus élevée, davantage de complications graves, et davantage de réhospitalisations dans les trente jours.

Ces résultats persistaient aussi bien pour les interventions programmées que pour les interventions non programmées.

Les auteurs concluent que l'évitement systématique des petits hôpitaux ne conduit pas nécessairement à de meilleurs résultats chirurgicaux. Ces observations ont également des implications importantes pour la viabilité économique des hôpitaux ruraux, qui pourraient conserver davantage d'activité en maintenant les patients sur leur territoire.

Cette étude est particulièrement intéressante car elle va à contre-courant d'une hypothèse fréquente : "plus gros" ne signifie pas toujours "meilleur". Les résultats suggèrent que la proximité, la continuité des soins et la connaissance du contexte local peuvent parfois compenser les avantages théoriques des grands centres. Ce constat mérite d'être rapproché des débats actuels sur la concentration des activités chirurgicales et sur l'avenir des hôpitaux de proximité.

Mullens, C. L., Johnson, P. L., Rentas, C., Kunnath, N., Probst, J. C., Ibrahim, A. M., & Dimick, J. B. (2026). Half Of Rural Patients Bypassed Their Local Hospital But Received Lower-Quality Surgical Care Elsewhere, 2016–20: Health Affairs, 45(3), 313-321

Communication entre chirurgiens et anesthésistes : une enquête allemande qui montre les mêmes défauts que chez nous

La communication entre chirurgiens et anesthésistes au bloc opératoire est essentielle à la sécurité des patients. Malgré cela, les défauts de communication demeurent parmi les causes majeures d'erreurs médicales.

Une enquête anonyme en ligne a été menée auprès de l'ensemble des chirurgiens et anesthésistes d'un centre hospitalier universitaire allemand. Le questionnaire comprenait 28 items couvrant cinq domaines thématiques. Les réponses ont été analysées de manière descriptive et comparative.

Au total, 183 professionnels ont participé, dont 55% d'anesthésistes et 45% de chirurgiens.

Les principaux résultats sont particulièrement préoccupants :

  • 67% des répondants souhaitaient davantage de communication au bloc opératoire ;
  • 65% rapportaient avoir été confrontés à des incidents évitables attribuables à des défaillances de communication ;
  • les anesthésistes signalaient ces problèmes significativement plus souvent que les chirurgiens ;
  • 36% des participants rapportaient avoir subi une discrimination liée au genre ;
  • les femmes et les anesthésistes se déclaraient plus fréquemment concernés par ces discriminations. 
     

Au bilan, l'étude révèle d'importantes lacunes de communication entre anesthésistes et chirurgiens, associées à des incidents évitables de sécurité des patients. Les auteurs soulignent également la persistance de discriminations fondées sur le sexe au sein des équipes opératoires.

On est frappé ici par la permanence de difficultés relationnelles dans un environnement pourtant considéré comme hautement sécurisé. Que deux professionnels sur trois estiment manquer de communication et que près des deux tiers relient ces insuffisances à des événements évitables montre que les compétences techniques ne suffisent pas. Cette étude remet clairement la qualité des relations interdisciplinaires au cœur de la sécurité périopératoire.

Trinks, A., Scheiermann, P., Schardey, J., Werner, J., & Knoblauch, M. (2026). Teamwork in the Operating Room: A Survey on Anesthesiologist-Surgeon Interaction in a German University Hospital Setting. Journal of Patient Safety,  September 2026: 22(5):400-404

La culture de sécurité des services sociaux à domicile et dans le secteur primaire encore à la traîne, l'expérience finlandaise

La culture de sécurité constitue un élément fondamental de la qualité des soins. Elle influence à la fois les comportements des professionnels et les résultats pour les patients. Elle a été largement étudiée dans les hôpitaux, mais on connaît beaucoup moins bien ses variations dans les systèmes intégrés associant soins de santé et services sociaux.

Cette étude finlandaise veut contribuer à aborder ce domaine moins connu, en étudiant la culture de sécurité du patient et de l'usager dans un comté finlandais de services sociaux d’aides à domicile ou de résidences grand âge.

Une enquête transversale a été réalisée auprès de 2 623 professionnels travaillant dans les services hospitaliers, les services sociaux et de santé et les services aux personnes âgées.

L'étude utilisait la version finlandaise du questionnaire SOPS 2.0 (Survey on Patient Safety Culture) et le Net Safety Score (NSS).

Parmi les différentes dimensions étudiées, le travail en équipe a obtenu le meilleur score (71,1% de réponses positives) alors que les transmissions et échanges d'informations ont obtenu le score le plus faible (22,6%).

Des différences significatives ont été observées selon les secteurs, les services aux personnes âgées présentant systématiquement les résultats les plus faibles.

Toutes les dimensions de la culture de sécurité étaient associées significativement au NSS.

Les meilleurs prédicteurs d'une perception favorable de la sécurité étaient le travail en équipe, les effectifs et la charge de travail et l'apprentissage organisationnel.

Le taux global de réponses positives au NSS était de 52,6%.

Les auteurs soulignent combien la culture de sécurité varie fortement selon les secteurs d'activité.

Les services aux personnes âgées apparaissent comme le domaine nécessitant le plus d'attention.

Le NSS constitue un outil simple et pertinent pour mesurer rapidement la perception de la sécurité par les professionnels. Sa simplicité permet un suivi fréquent et la mise en œuvre rapide d'actions correctrices.

Cette étude confirme un constat déjà observé dans plusieurs pays européens : les secteurs gériatrique et médico-social demeurent les parents pauvres de la culture de sécurité. Le résultat le plus frappant concerne la faiblesse des transmissions et échanges d'informations, qui restent le principal point vulnérable d'organisations pourtant engagées dans l'intégration des parcours. Elle confirme également que le travail en équipe, l'apprentissage organisationnel et l'adéquation des effectifs demeurent les trois piliers majeurs d'une culture de sécurité robuste.

Hult M, Pekonen A, Koskinen S, Lojander J, Varpula J, Kangasniemi M. Assessing patient and client safety culture across integrated health and social care services: a cross-sectional study in Finland. BMJ Open Quality. 2026;15:e003882

L'évolution dans les 10 dernières années de la sécurité du patient dans les hôpitaux japonais : du mieux mais il reste les mêmes difficultés qu'en Europe

Depuis plusieurs décennies, les politiques nationales et les initiatives des sociétés savantes ont favorisé le développement des systèmes de gestion de la sécurité des patients dans les hôpitaux japonais. Pour autant, les effets à long terme de ces actions restaient mal documentés. Cette étude comble ce manque en analysant l'évolution des dispositifs de sécurité des patients dans les hôpitaux de soins aigus japonais entre 2015 et 2023.

Les auteurs ont réalisé une analyse secondaire d'enquêtes nationales menées tous les deux ans auprès des responsables de la sécurité des patients. Les établissements ont été sélectionnés selon leur taille (nombre de lits). L'étude portait notamment sur les systèmes de déclaration des événements indésirables, les méthodes d'analyse des incidents, les revues des décès hospitaliers et l'expérience des accidents médicaux graves.

Au bilan, l'engagement organisationnel en faveur de la sécurité demeure élevé. La présence d'un responsable et d'une structure dédiée à la sécurité est désormais largement généralisée. Les systèmes de déclaration d'événements indésirables sont largement implantés.

L'une des évolutions les plus marquantes concerne les revues systématiques des décès hospitaliers, passées de 25% des établissements en 2015 à 70,5% en 2023.

En revanche, les méthodes avancées d'analyse des incidents restent peu utilisées, particulièrement dans les petits hôpitaux de moins de 200 lits.

Par ailleurs, la proportion d'hôpitaux déclarant des accidents médicaux graves a augmenté, surtout dans les grands établissements comptant plus de 400 lits.

En conclusion, les hôpitaux japonais ont réalisé des progrès importants dans la construction d'infrastructures de sécurité des patients. Toutefois, l'adoption d'outils analytiques sophistiqués demeure inégale. L'augmentation des événements graves rapportés peut refléter soit une amélioration des capacités de détection, soit une augmentation réelle des accidents médicaux. Des politiques de soutien spécifiques aux petits hôpitaux demeurent nécessaires.

Cet article illustre parfaitement une difficulté bien connue : les systèmes de signalement et de gouvernance sont relativement faciles à déployer, tandis que le développement d'une expertise approfondie d'analyse des événements reste beaucoup plus lent. Le faible recours aux méthodes avancées d'investigation dans les petits établissements constitue probablement aujourd'hui l'un des principaux freins à l'apprentissage organisationnel.

Onishi, R., Hatakeyama, Y., Hayashi, R., Seto, K., Matsumoto, K., & Hasegawa, T. (2023). Trends in Patient Safety Management Systems by Hospital Size in Japanese Acute Care Hospitals. Journal of Patient Safety, 10-1097.

Analyse de la qualité des rapports d'enquête australiens, encore beaucoup à faire d'un point de vue méthodologique

Entre 4% et 17% des patients hospitalisés subissent un incident lié à la sécurité des soins. Les établissements de santé réalisent des enquêtes afin de comprendre ces événements et prévenir leur récurrence. Pourtant, la qualité réelle des rapports d'enquête est rarement évaluée de manière systématique. Cette étude visait à analyser la qualité d'un large échantillon de rapports australiens.  
Les auteurs ont évalué 300 rapports d'enquête provenant de 56 établissements de santé australiens.

Chaque rapport a été analysé à l'aide de l'outil néerlandais IGZ et du Learning Response Review and Improvement Tool (LRRT) développé au Royaume-Uni.

Une description complète et détaillée de l'événement n'était présente que dans 57% des rapports.

Les points positifs observés concernaient l'implication des personnes concernées, l'évitement d'une approche culpabilisante et une rédaction généralement de bonne qualité.

Les principales faiblesses identifiées étaient la difficulté à rechercher des facteurs contributifs au-delà des professionnels directement impliqués, une utilisation limitée des connaissances scientifiques disponibles et le faible recours à l'observation directe du travail réel.

Seuls 4% des rapports utilisaient en effet des techniques d'observation de terrain pour mieux comprendre les pratiques quotidiennes.

Les auteurs concluent à la nécessité de renforcer les fondements méthodologiques des enquêtes sur incidents. Ils recommandent l'utilisation de multiples sources de données, l'observation du travail réel et l'implication d'analystes capables d'appliquer une véritable pensée systémique.

Cet article intéressera particulièrement les lecteurs familiers des débats actuels autour des enquêtes systémiques. Le résultat le plus frappant est le faible recours à l'observation du travail réel (4%). Plus de vingt ans après les travaux fondateurs de Dekker, Hollnagel et Cook, les investigations continuent très souvent à reconstituer les événements à partir de documents et d'entretiens, sans analyse approfondie des conditions réelles de production du travail.

Bowditch, L., Molloy, C. J., King, B., Abedi, M., Jackson, S., Bierbaum, M., ... & Hibbert, P. D. (2026). Assessing the quality of patient safety incident investigation reports. International Journal for Quality in Health Care, 38(3), mzag077.

Les systèmes de signalement de symptômes inquiétants : une revue de littérature qui montre une bonne formule freinée par les craintes et les dispositifs encore immatures

Les systèmes de signalement activés par les patients et leurs proches en cas d’apparition de symptômes inquiétants (Patient and Family Activated Escalation Systems, PFAES) permettent aux patients ou à leurs familles de signaler une aggravation clinique lorsqu'ils estiment que les circuits habituels de prise en charge ne répondent pas correctement à leurs préoccupations. Ces dispositifs ont connu un regain d'intérêt avec l'introduction de la "Martha's Rule" au Royaume-Uni. Cette revue visait à synthétiser les connaissances disponibles jusqu'en 2025 concernant leur fonctionnement, leur mise en œuvre, leur acceptabilité et leur pérennité.

Rappelons que la Martha's Rule (règle de Martha) a été créée en Angleterre à la suite du décès évitable en 2021 de Martha Mills, une adolescente de 13 ans victime d'un choc septique à l'hôpital. Ses parents ayant alerté les médecins à plusieurs reprises sans être entendus, ils ont mené une campagne nationale pour instaurer ce dispositif au sein du NHS anglais afin de donner aux familles le droit d'exiger un second avis médical urgent en cas de dégradation de l'état d'un patient.

Les auteurs ont réalisé une revue systématique ramenant 6 129 références identifiées, dont 35 études ont été incluses.

Deux grands modèles ont été retrouvés un accès direct à une équipe de réponse rapide, ou un signalement passant par les soignants habituels de l'unité.

Les principales difficultés observées concernaient une faible connaissance du dispositif par les patients, une compréhension parfois insuffisante de son fonctionnement, une visibilité limitée de l'information et des explications variables selon les équipes.

De nombreux patients et proches déclaraient également hésiter à utiliser ces systèmes par peur de détériorer leurs relations avec les soignants, par crainte de paraître contestataires, ou parce qu'ils considéraient que la surveillance clinique relevait essentiellement des professionnels.

La pérennité des dispositifs était favorisée par le soutien de la gouvernance, l'existence de "champions" locaux et des actions régulières de promotion et de sensibilisation.

Les systèmes d'accès direct à une équipe spécialisée peuvent servir de filet de sécurité lorsque les communications professionnelles échouent. Toutefois, ils sont souvent perçus comme trop risqués ou trop conflictuels pour être utilisés spontanément par les patients. Les modèles indirects sont mieux acceptés mais restent dépendants de la qualité des mécanismes professionnels traditionnels.

Les auteurs insistent également sur la nécessité d'intégrer les questions d'équité, de langue et de sécurité culturelle dans le déploiement de ces dispositifs.

Cette revue éclaire bien les limites sociologiques de dispositifs souvent présentés comme évidents. Donner un droit théorique d'alerte au patient ne suffit pas : la crainte de déranger ou de remettre en cause les professionnels demeure forte. Le travail de construction d'une véritable culture partenariale apparaît aussi important que la création du dispositif lui-même. 

Déom, N., Welch, J., & Vindrola-Padros, C. (2026). Patient and family activated escalation systems: a systematic review. International Journal for Quality in Health Care, mzag093. Volume 38, Issue 3, July 2026, mzag093

L'analyse automatisée de photographies de plaies postopératoires par un logiciel IA : l'expérience hollandaise qui montre toute la valeur de l'approche

L'analyse automatisée de photographies de plaies postopératoires peut-elle faciliter la détection précoce des infections du site opératoire pendant la convalescence à domicile ?

L’étude rappelle que les infections du site opératoire figurent parmi les complications postopératoires les plus fréquentes. Avec les protocoles de récupération rapide, elles sont souvent détectées après la sortie d'hospitalisation. Les outils de télémédecine offrent une possibilité de surveillance à domicile mais l'interprétation manuelle des photographies demeure longue, variable selon les observateurs et potentiellement peu sensible aux signes précoces.

Ces auteurs Hollandais proposent de développer et valider un modèle d'intelligence artificielle capable d'identifier sur des photographies les plaies suspectes d'infection.

Les chercheurs ont développé un réseau neuronal dédié.

Les données comprenaient 4 978 images rétrospectives utilisées pour l'apprentissage, et 407 images prospectives provenant de 95 patients pour la validation externe. Chaque image était annotée par plusieurs médecins comme évocatrice ou non d'infection du site opératoire.

Les performances du modèle se sont révélées élevées confirmées tant par validation interne qu’externe.

Les analyses de calibration et les courbes de décision ont montré un bénéfice clinique potentiel de l'outil.

L'étude démontre qu'une intelligence artificielle entraînée sur des images de plaies peut identifier efficacement les infections du site opératoire et pourrait soutenir un triage automatisé des patients dans les programmes de télésurveillance postopératoire.

Nous sommes ici dans une application clinique de l'IA particulièrement crédible. Contrairement à de nombreuses publications exploratoires, cette étude comporte une validation externe et démontre des performances robustes. Elle illustre le potentiel de l'IA non pas pour remplacer le clinicien, mais pour améliorer la surveillance continue des patients après leur sortie.

Bontekoning, N., Huisman, H., Segura Cabrera, P. J., Ali, M., Jalalzadeh, H., Geerts, B. F., ... & Van Lonkhuijzen, L. R. C. W. (2026). Detecting incisional surgical site infections on wound images through deep learning. JAMA surgery. Published Online: August 26, 2026 doi: 10.1001/jamasurg.2026.3738

Enquête internationale sur le burnout

L'épuisement professionnel des médecins généralistes représente une menace croissante pour la pérennité des systèmes de santé et pour la qualité des soins. Les comparaisons internationales demeurent toutefois limitées.

Les auteurs ont analysé des enquêtes réalisées entre 2012 et 2022 auprès de médecins de premier recours dans dix pays à revenu élevé, dont les États-Unis, la Suisse et les Pays-Bas.

Le niveau de stress déclaré a augmenté dans pratiquement tous les pays étudiés.

En 2022, les États-Unis présentaient l'un des niveaux les plus élevés d'épuisement professionnel (44%), la Suisse affichait 18%, les Pays-Bas seulement 12%.

Les femmes médecins présentaient un risque d'épuisement significativement plus élevé que leurs homologues masculins.

Les facteurs associés à une réduction du burnout comprenaient une satisfaction plus élevée vis-à-vis des revenus, une charge administrative plus faible, de meilleures conditions de travail  et une meilleure qualité perçue des soins.

Cette étude confirme que le burnout n'est plus un phénomène marginal mais un problème systémique touchant l'ensemble des systèmes de soins occidentaux. Le contraste entre les États-Unis et certains pays européens suggère que l'organisation du travail, davantage encore que les caractéristiques individuelles des professionnels, constitue le principal déterminant du bien-être médical.

Steinbeck, V., Ganguli, I., & Papanicolas, I. (2026). Primary Care Physician Trends: Dissatisfaction, Stress, And Burnout In The US And 9 Comparator Countries, 2012–22: Article examines physician dissatisfaction, stress, and burnout in the US and nine other countries. Health Affairs, 45(3), 251-260.

Refuser à un patient de s'inscrire chez un médecin dans le système anglosaxon, une forme négligée mais réelle d'événement indésirable grave

Tout résident en Angleterre a légalement le droit de s'inscrire auprès d'un médecin généraliste du NHS. Aucune preuve d'adresse ni pièce d'identité ne devrait être exigée pour cette inscription.

Pourtant, de nombreux patients vulnérables continuent à se voir refuser cet accès.

Les auteurs avancent que ces refus illégaux devraient être considérés comme des "never events", c'est-à-dire des événements graves, évitables et incompatibles avec les standards attendus du système de santé.

Les groupes les plus concernés sont notamment les personnes sans domicile, les demandeurs d'asile, les victimes de traite humaine et certaines communautés itinérantes.

Deux enquêtes réalisées sous la forme de "patients mystère" ont montré que 98 cabinets sur 150, soit 65%, refusaient l'inscription d'une personne ne pouvant fournir ni justificatif de domicile ni pièce d'identité.

De plus, ces pratiques n'étaient généralement pas détectées lors des inspections officielles des établissements.

D'autres études ont confirmé que des personnes sans domicile fixe considéraient souvent impossible l'accès à la médecine générale. Certaines étaient même contraintes de fournir des justificatifs d'adresse fictifs pour obtenir une inscription.

Pourquoi ces refus persistent-ils ? Les auteurs identifient plusieurs facteurs : inquiétudes administratives concernant la vérification de l'identité, crainte d'un rejet ultérieur du dossier par les systèmes centraux du NHS, ambiguïté des recommandations officielles, parfois des préjugés à l'égard de certains groupes vulnérables jugés "difficiles" ou "coûteux".

L'absence de mécanismes réels de responsabilisation joue également un rôle majeur : parmi les personnels interrogés, aucun n'avait jamais reçu de retour négatif après un refus illégal d'inscription.

Les auteurs considèrent que ces refus remplissent les critères habituels d'un "never event" : ils sont connus et documentés, ils sont évitables, ils peuvent avoir des conséquences graves sur la santé, des recommandations nationales existent déjà pour les prévenir. Leur classification comme "never events" entraînerait une obligation d'enquête, une surveillance renforcée et une responsabilisation accrue des structures concernées.

Cet article est remarquable parce qu'il étend la notion traditionnelle de sécurité des patients au-delà des erreurs cliniques. Les auteurs proposent d'appliquer le concept de "never event" non plus seulement aux erreurs de soins, mais également aux défaillances d'accès au système de santé. Cette approche rejoint une évolution majeure de la sécurité moderne : considérer que les inégalités d'accès et les exclusions administratives constituent elles aussi des risques pour la santé des populations.

Barker, F., Rees, C., Anderson, J., & Ford, J. (2026). Unlawfully denying patients general practice access should be considered a ‘never event’. British Journal of General Practice, 76(770), 389-391.