Revue de presse - Septembre 2026

Anticiper les risques pour mieux sécuriser les soins

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Retrouvez l'analyse de la presse internationale sur le risque médical par le Professeur Amalberti. À la une ce mois-ci : syndicalisation et qualité des soins infirmiers en EHPAD, lean hospitalier aux résultats contrastés, les médecins les mieux formés surprescrivent moins, l’apprentissage interprofessionnel en santé, trois piliers pour sécuriser le soin à domicile...

Sommaire

Auteur : le Pr René AMALBERTI - Président de La Prévention Médicale - Docteur en psychologie des processus cognitifs - Ancien conseiller HAS / MAJ : 08.09.2026

Interactions entre médecins urgentistes et patients présentant des comportements irritables : des effets significatifs sur la prise en charge médicale

Les consultations avec des patients adoptant des comportements difficiles (par exemple impolis, agressifs ou particulièrement exigeants) sont de plus en plus fréquentes dans les services d’urgence.

Ces situations peuvent générer des émotions négatives chez les médecins, dégrader la qualité des interactions de soin et affecter leur bien-être professionnel. Cette étude conduite par une équipe inter-universités nord-américaine a examiné l’influence des comportements irritables des patients sur les émotions, les évaluations cliniques, les décisions et les comportements des médecins. Elle a également étudié dans quelle mesure une prédisposition des praticiens à l’anxiété liée à l’incertitude clinique ("stress de l’incertitude") pouvait amplifier ces effets. Enfin, les auteurs ont analysé si ces effets variaient selon que le patient présentait ou non une condition stigmatisée, en l’occurrence des antécédents de maladie mentale.

Cent trente-quatre médecins urgentistes expérimentés ont participé entre juin et août 2022 à une expérience randomisée fondée sur des vignettes cliniques. Chaque médecin a évalué quatre patients au cours de consultations simulées sur ordinateur. Deux variables étaient manipulées : le comportement du patient (irritable ou calme) et la présence ou l’absence d’antécédents psychiatriques. 

Les participants disposaient du dossier médical du patient, visionnaient une vidéo de consultation et examinaient les résultats de l’examen clinique. Ils devaient ensuite établir une évaluation du patient, prendre des décisions cliniques, prescrire des examens complémentaires et formuler un diagnostic.

Les médecins renseignaient également leurs réactions émotionnelles à l’égard de chaque patient et complétaient, à l’issue de l’expérience, l’échelle de "stress lié à l’incertitude" (Stress from Uncertainty Scale, SUS).

Face aux patients présentant des comportements irritables, les médecins ont rapporté davantage de colère, d’anxiété et de fatigue, ainsi que moins d’empathie, de satisfaction et d’engagement que lors des interactions avec des patients calmes. Ils jugeaient également ces patients moins fiables dans leur récit, plus susceptibles d’exagérer leur douleur, moins coopératifs, moins impliqués dans leur prise en charge, moins sympathiques, moins susceptibles d’adhérer au traitement et moins susceptibles de reprendre une activité professionnelle.

Le stress lié à l’incertitude amplifiait ces effets : les médecins obtenant des scores élevés à l’échelle SUS manifestaient davantage de colère, d’anxiété et de fatigue face aux patients irritables, et avaient tendance à les considérer comme moins fiables, moins observants vis-à-vis des traitements et moins appréciables.

En revanche, les antécédents psychiatriques des patients n’ont pas modifié ces résultats.

En conclusion, les comportements irritables des patients influencent négativement les émotions des médecins, leur niveau d’engagement et la manière dont ils évaluent les patients. Mais ils ne semblent pas altérer la qualité des soins délivrés, qu’il s’agisse des décisions médicales, des comportements professionnels ou de la précision diagnostique.

Ces résultats soulignent un risque important pour la qualité de la relation médecin-patient. 

Isbell LM, Huff NR, Liu G, et al When emergency physicians meet patients displaying irritable behaviours: a randomised vignette-based experiment investigating physicians’ emotions and clinical reasoning BMJ Quality & Safety  Published Online First: 12 July 2026. doi: 10.1136/bmjqs-2025-019061

Effets de la syndicalisation sur les ratios infirmiers et la qualité des soins dans les établissements d'hébergement pour personnes âgées aux États-Unis (2013-2021)

Les syndicats représentant les personnels des maisons de retraite américaines négocient traditionnellement de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail. Ces améliorations pourraient contribuer à réduire le turnover et à améliorer la qualité des soins. Inversement, une augmentation du coût du travail pourrait également inciter les employeurs à réduire les effectifs infirmiers, avec un effet inverse sur la qualité.

Ces économistes de l’université de Washington DC examinent l’impact réel de la syndicalisation sur les effectifs infirmiers et sur la qualité des soins dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (nursing homes) aux États-Unis entre 2013 et 2021.

Les auteurs comparent l’évolution des établissements syndiqués et non syndiqués avant et après la mise en place de la représentation syndicale.

L’analyse porte sur les effectifs infirmiers totaux, les infirmiers certifiés diplômés d’État (équivalent à nos infirmiers diplômés d’État - IDE), les infirmiers auxiliaires (formés rapidement en 1 an et sans réelle équivalence en France), les aides-soignants certifiés et différents indicateurs de qualité des soins.

La syndicalisation n’a eu aucun effet significatif sur le volume total des effectifs infirmiers.

En revanche, elle a modifié la composition des équipes et contribue à une augmentation d’environ 2,7 heures de travail par jour des infirmiers auxiliaires dans un établissement moyen et une diminution d’environ 3,2 heures de travail des IDE.

Autrement dit, la syndicalisation s’est accompagnée d’un phénomène de substitution entre infirmiers diplômés et infirmiers auxiliaires.

Malgré cette diminution du temps infirmier assuré par les infirmiers les plus qualifiés, les auteurs n’ont observé aucune dégradation mesurable de la qualité des soins.

Ce résultat suggère que les bénéfices associés à la syndicalisation (réduction du turnover, amélioration des conditions de travail, motivation accrue ou amélioration de la productivité) pourraient compenser les modifications de structure des effectifs.

En conclusion, la syndicalisation ne semble pas réduire la qualité des soins dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées, malgré une réorganisation du personnel infirmier. Les résultats suggèrent que l’amélioration des conditions de travail et de la représentation des salariés pourrait contribuer à maintenir, voire renforcer, l’efficacité des équipes de soins.

Dean, A., McCallum, J., Venkataramani, A. S., Chatterjee, P., Coe, N. B., & Michaels, D. (2026). The Effects Of Labor Unions On Nurse Staffing Ratios And Quality Of Care In US Nursing Homes, 2013–21, Health Affairs, 45(3), 278-284.

Revue de littérature sur l'impact des dispositifs locaux d'incitation financière sur les performances des cabinets de médecine générale au Royaume-Uni : des résultats plus qu'en demi-teinte

Les systèmes de rémunération à la performance (Pay for Performance – P4P) se sont largement développés dans les systèmes de santé afin d’améliorer la qualité des soins, de réduire les inégalités de santé et d’orienter les pratiques vers des objectifs prioritaires.

Au Royaume-Uni, de nombreux organismes locaux de financement des soins primaires ont progressivement créé leurs propres systèmes d’incitation financière venant compléter le programme national Quality and Outcomes Framework (QOF).

L’objectif de cette revue était d’évaluer l’efficacité de ces dispositifs locaux mis en œuvre dans la médecine générale britannique depuis 2004.

Les recherches bibliographiques ont permis d’identifier 17 études portant sur 14 dispositifs locaux différents. La majorité des études provenaient d’Angleterre, une seule ayant été réalisée en Écosse.

Les dispositifs analysés comportaient soit des indicateurs entièrement spécifiques au territoire concerné, soit une combinaison d’indicateurs locaux et d’indicateurs alignés sur le QOF national.

Dans l’ensemble, les résultats montrent que toutes les études apportent une amélioration des indicateurs de processus (respect des recommandations, suivi des patients, réalisation de certaines actions cliniques) mais les effets sur les résultats de santé restent beaucoup plus incertains. Les conclusions apparaissent même hétérogènes et parfois contradictoires.

Les auteurs soulignent plusieurs lacunes importantes : seulement huit études se sont intéressées aux inégalités de santé, aucune n’a évalué le rapport coût-efficacité, aucune n’a analysé l’expérience des patients et aucune n’a étudié les résultats rapportés directement par les patients (Patient Reported Outcomes).

Ces conclusions rejoignent plusieurs travaux récents appelant à développer des indicateurs plus complets intégrant non seulement la performance opérationnelle, mais aussi les effets à long terme sur les patients, les professionnels et les organisations.

Conroy, M., McManus, E., Whittaker, W., Bower, P., & Anderson, M. (2026). Impact of local enhanced incentive schemes on the performance of general practices within the United Kingdom: a systematic review. The British journal of general practice,  2026;  

L'expérience finlandaise du lean management dans un grand hôpital universitaire finlandais entre 2018 et 2023 : plutôt positive même si le bénéfice est encore hétérogène

Le lean management s’est largement diffusé dans les établissements de santé au cours des dernières décennies. Cette approche promet une amélioration de l’efficience des organisations, une réduction des délais d’accès aux soins, une meilleure satisfaction du personnel et une maîtrise des coûts.

Malgré son succès, les preuves scientifiques de son efficacité à long terme demeurent limitées et parfois contradictoires. La plupart des travaux portent sur des projets locaux ou des périodes d’observation relativement courtes. L’objectif de cette étude est donc de mieux comprendre les effets d’une mise en œuvre du lean à l’échelle d’un grand établissement hospitalier sur une période prolongée.

L’étude a été conduite à l’Hôpital Universitaire d’Helsinki (Finlande), dans le cadre d’une étude de cas rétrospective portant sur trois grands secteurs d’activité de l’établissement. Quatorze cadres dirigeants ont participé à des entretiens semi-directifs combinant questions structurées et ouvertes.

Les participants ont été invités à décrire les effets observés du lean au cours des cinq années étudiées (2018-2023) ainsi que les indicateurs utilisés pour apprécier ces effets.

Les effets du lean identifiés par les responsables interrogés s’organisent autour de trois grands niveaux : l’organisation, les patients et les professionnels.

Les résultats ont été regroupés en six catégories d’impact :

  • Effets liés à l’expérience vécue.
  • Effets sur les soins.
  • Effets sur le travail.
  • Effets économiques.
  • Effets sur le leadership et la gestion.
  • Effets sur l’image de l’institution.
     

Les bénéfices les plus importants concernent l’organisation elle-même. Le lean aurait permis d’améliorer l’efficacité des structures et des processus de fonctionnement, de renforcer une culture d’amélioration continue, d'améliorer l’attractivité de l’hôpital et la fidélisation du personnel, de développer davantage une orientation centrée sur le patient. 

Ces résultats suggèrent que le lean agit moins comme un simple outil de réduction des coûts que comme un cadre global de transformation organisationnelle.

Les bénéfices pour les patients relèvent plus d’un meilleur accès, et d’une meilleure fluidité des parcours en apportant de la simplification, que d’une amélioration de la sécurité ou d’une optimisation des ressources.

Enfin pour les professionnels, les cadres hospitaliers soulignent également plusieurs bénéfices pour les équipes, satisfaction au travail accrue, amélioration des compétences professionnelles, engagement plus fort dans l’organisation, le renforcement des comportements professionnels et éthiques. 

Ces résultats sont particulièrement intéressants car ils vont à l’encontre de certaines critiques présentant le lean comme une approche centrée uniquement sur la productivité.

Mais les effets contradictoires et les limites importantes ne doivent pas être éludées, application inégale du lean entre les différents secteurs, absence d’engagement homogène de l’ensemble de l’organisation, manque de clarté dans la gouvernance et les structures de pilotage du lean, perception publique parfois négative des démarches d’efficacité hospitalière, amplifiée par certains médias. Les auteurs soulignent que ces difficultés peuvent limiter significativement les bénéfices attendus de la démarche.

Hirvelä, I., Reponen, E., Javanainen, M., Lämsä, R., Niskanen, V., & Torkki, P. (2026). The outcomes of Lean management in a large academic hospital in Finland in 2018–2023: a qualitative study. International Journal for Quality in Health Care, 38(3), mzag079.

Le retour sur investissement des programmes d'amélioration de la qualité en santé n'est pas que financier : au moins trois autres composantes essentielles selon une seule étude anglaise

L’évaluation des programmes d’amélioration de la qualité (Quality Improvement – QI) repose souvent sur des indicateurs de performance ou sur une appréciation des bénéfices cliniques obtenus. En revanche, la notion de retour sur investissement appliquée à ces programmes demeure insuffisamment définie et se réduit souvent à une lecture strictement économique.

Cette étude vise à proposer une conception plus large du retour sur investissement en compte l’ensemble des bénéfices générés pour les organisations de santé et les systèmes de soins.

Ces auteurs de santé publique anglais ont réalisé une synthèse intégrative de quatre études complémentaires conduites selon une approche mixte multi-étapes.

L’analyse repose sur deux études fondées sur une revue systématique interdisciplinaire internationale de la littérature (68 publications), une étude qualitative impliquant 16 participants et une étude Delphi réunissant 23 experts. L’objectif était d’identifier les différentes formes de valeur créées par le retour sur investissement.

Les participants provenaient du NHS britannique et comprenaient notamment 24 membres de conseils d’administration, 15 directeurs cliniques ou responsables de services et plusieurs responsables de programmes d’amélioration de la qualité.

Les résultats montrent que le retour sur investissement d’un programme d’amélioration de la qualité dépasse largement les seuls gains financiers.

Les bénéfices observés couvrent :

  • des bénéfices internes pour l’organisation (développement des compétences, transformation des pratiques et des capacités organisationnelles) ;
  • des bénéfices externes pour les patients et la société (amélioration des résultats de santé, bénéfices socio-économiques pour les usagers) ;
  • des résultats directement liés aux interventions (bénéfices cliniques, amélioration de la qualité des soins) ;
  • des résultats liés à la mise en œuvre (diffusion, essaimage des innovations).
     

L’étude propose dans la suite un cadre conceptuel structuré autour de quatre grands domaines du retour sur investissement, regroupés sous l’acronyme DISS :

  • Development : Développement des compétences, des capacités managériales  et de l’apprentissage organisationnel, renforcement de la culture de l’amélioration. 
    Le retour sur investissement est ici considéré comme un investissement dans les ressources futures de l’organisation.
  • Improvement : Amélioration des soins, des résultats cliniques, des processus et de la performance organisationnelle et meilleure expérience des patients.
    Il s’agit du retour sur investissement le plus directement associé aux objectifs habituels des démarches qualité.
  • Savings : Économies, réduction des coûts, meilleure utilisation des ressources, diminution des gaspillages, prévention des dépenses futures liées aux incidents ou à la mauvaise qualité.
    Les auteurs rappellent toutefois que cette dimension, bien qu’importante, ne représente qu’une partie de la valeur produite par les programmes QI.
  • Sustainability : Pérennité, maintien des bénéfices obtenus, résilience organisationnelle, essaimage des innovations.
    Selon les auteurs, la durabilité constitue un élément essentiel du retour sur investissement, souvent négligé dans les évaluations traditionnelles.
     
Thusini, S. T., Soukup, T., & Henderson, C. (2026). The four main domains of the concept of return-on-investment from healthcare quality improvement programmes. International Journal for Quality in Health Care, 38(3), mzag089

Chirurgie du mauvais site, du mauvais côté ou du mauvais organe : une menace critique pour la sécurité des patients - une revue de question qui montre que le sujet reste de forte actualité

La chirurgie réalisée sur le mauvais site, le mauvais côté, le mauvais patient ou le mauvais niveau anatomique constitue l’une des erreurs médicales les plus graves et pourtant les plus évitables.

Ces auteurs Turcs ont réalisé une littérature scientifique consacrée à ces événements, afin d’identifier les principaux thèmes de recherche, les domaines les plus étudiés et l’évolution des connaissances au fil du temps.

Entre 1980 et 2025, 270 articles ont été identifiés. Plus d’un quart des publications (28,5%) ont été publiées au cours des cinq dernières années, témoignant d’un intérêt scientifique toujours soutenu.

Les principaux résultats montrent que la revue Spine est la plus productive sur ce sujet, les États-Unis, le Royaume-Uni et la Chine dominent la production scientifique et l’impact des publications, les mots-clés les plus fréquents sont "wrong-site surgery" et "patient safety".

Malgré un taux de croissance annuel relativement modeste (1,55%), la littérature continue de progresser et les modèles prédictifs suggèrent une augmentation régulière du nombre de publications dans les années à venir.

Les auteurs concluent que la chirurgie du mauvais site demeure un sujet majeur de sécurité des patients. 

Bien que rare, cette erreur continue de susciter une importante activité scientifique. L’étude montre que le domaine dispose désormais d’une base de connaissances solide, avec un taux moyen de citation élevé (20,96 citations par article), traduisant un réel intérêt académique et clinique.

Çankaya, A., Özsoy, H., Gülşen, M., & van Giersbergen, M. Y. (2025). A Critical Threat to Patient Safety: A Bibliometric Analysis of Wrong-site, Wrong-side, and Wrong-organ Surgery.  Journal of Patient Safety 22(4):p 322-333, July 2026. 

Enquêter sans agir ? Une qualité médiocre des recommandations issues des événements graves de sécurité des patients en Finlande... mais est-ce propre à la Finlande ?

Malgré plus de vingt ans de promotion des approches systémiques en sécurité des patients, les enquêtes réalisées après des événements indésirables graves produisent souvent peu de changements organisationnels concrets. Cette étude examine la qualité des recommandations formulées à l’issue des enquêtes menées en Finlande après des événements graves de sécurité.

Les auteurs ont analysé 169 rapports d’enquête réalisés entre 2018 et 2023, provenant de 11 régions sanitaires finlandaises, contenant au total 525 recommandations.

Chaque recommandation a été classée en 3 niveaux (faibles, intermédiaires ou fortes) selon la typologie du National Center for Patient Safety du Department of Veterans Affairs américain :
Les résultats sont particulièrement préoccupants.

L’étude révèle une majorité de recommandations faibles. Plus de la moitié des recommandations (56%) étaient considérées comme faibles (formation du personnel 43%, élaboration de nouvelles procédures ou politiques 39%). Ces actions reposent essentiellement sur des changements de comportement individuels, traditionnellement considérés comme peu robustes en matière de sécurité.

Peu de recommandations systémiques.

Et seules 7% des recommandations étaient considérées comme fortes, c’est à dire capables de modifier durablement le système de travail.

Autre sujet préoccupant, le suivi est très insuffisant.

L’analyse révèle également un défaut majeur de mise en œuvre : seulement 20% des rapports mentionnent une mise en œuvre effective des recommandations et à peine 7% comportent un suivi documenté. Plus préoccupant encore, aucun rapport ne précisait la méthode analytique utilisée pour conduire l’enquête.

En conclusion, les enquêtes finlandaises sur les événements graves produisent majoritairement des recommandations centrées sur les comportements individuels plutôt que sur les causes systémiques des accidents.

Les auteurs concluent que l'absence de formats standardisés de rapport et de mécanismes de suivi rend difficile toute évaluation de l’impact réel des recommandations.

Liukka, M., & Sahlström, M. (2026). Investigating without acting? The quality of recommendations from serious patient safety incidents in Finland. Journal of Patient Safety and Risk Management, 25160435261466017 Online First, 2026.

Le niveau de connaissances cliniques des médecins s'associe fortement à une moindre utilisation des soins à faible valeur : les résultats d'une grande étude américaine

Les soins à faible valeur ("low-value services") désignent des examens, traitements ou procédures dont le bénéfice clinique est faible, absent ou disproportionné par rapport à leurs coûts ou à leurs risques. Ils représentent une source importante de gaspillage dans le système de santé américain et continuent d’être largement utilisés malgré de nombreuses campagnes de sensibilisation. 

L’objectif de cette étude était de déterminer si le niveau de connaissances médicales générales des médecins pouvait expliquer une partie de ces prescriptions inappropriées.

Les chercheurs ont analysé les pratiques d’internistes participant en 2022 ou 2023 au programme de certification continue du American Board of Internal Medicine. Le niveau de connaissances était mesuré par le score obtenu lors de la première année de participation au Longitudinal Knowledge Assessment (LKA).

Dans cette étude portant sur 7 089 internistes prenant en charge 898 365 bénéficiaires Medicare, les médecins obtenant les meilleurs résultats à l’évaluation continue des connaissances cliniques de l’American Board of Internal Medicine prescrivent significativement moins de soins de faible valeur.

Au total 30% des patients ont reçu au moins un soin considéré comme de faible valeur, 59% des patients étaient des femmes, l’âge moyen était de 76,8 ans.

La comparaison entre les médecins appartenant au quartile le plus élevé et au quartile le plus faible de connaissances montre une différence significative.

Les patients suivis par les médecins obtenant les meilleurs scores LKA présentaient une probabilité 7,9% plus faible de recevoir au moins un soin inutile au cours de l’année.

Les différences étaient observées dans plusieurs domaines :

  • Examens diagnostiques et préventif. Les médecins les mieux classés prescrivaient moins fréquemment des examens considérés comme inutiles ou non recommandés.
  • Dépistages de cancers. Les écarts étaient également significatifs pour certaines pratiques de dépistage non recommandées chez les patients âgés.
  • Imagerie médicale. Les prescriptions d’imagerie à faible valeur étaient également légèrement moins fréquentes chez les médecins ayant les meilleurs scores de connaissance.
     

Les différences les plus importantes concernaient, le dosage de la triiodothyronine totale ou libre chez les patients présentant une hypothyroïdie, examen généralement peu utile dans ce contexte et le dosage du PSA chez les hommes âgés de 75 ans ou plus, pratique dont le rapport bénéfice-risque est défavorable dans de nombreuses situations.

Ces résultats suggèrent clairement qu’un niveau plus élevé de connaissances médicales est associé à une moindre exposition des patients aux actes inutiles ou peu pertinents.

Vandergrift JL, Landon BE, Weng W, Gray BM. Low-Value Services and Longitudinal Knowledge Assessment Performance. JAMA Intern Med. Published online July 13, 2026. doi:10.1001/jamainternmed.2026.2889

Revue de littérature sur les théories et modèles servant à l'évaluation des démarches d'amélioration de la qualité

La démarche Qualité a largement bénéficié à la médecine. Mais des interrogations persistent quant à la rigueur scientifique des évaluations réalisées.

Ces qualiticiens nord-américains de plusieurs universités proposent une revue de littérature centrée sur trois objectifs :

  1. Identifier les théories, modèles et cadres conceptuels de la science de mise en œuvre (ou science de l’implémentation-implementation science) utilisée pour évaluer les initiatives d’amélioration de la qualité en santé.
  2. Analyser la manière dont ces cadres ont été mobilisés dans les études évaluatives.
  3. Comparer leurs caractéristiques méthodologiques intrinsèques.
     

La revue porte sur toutes les études publiées entre 2010 et 2025 portant sur l’évaluation d’une initiative d’amélioration de la qualité et utilisant au moins un cadre conceptuel issu des sciences de l’implémentation.

Au total, 1 824 références ont été initialement identifiées, et seulement 80 études incluses dans l’analyse finale. Les auteurs ont recensé 23 théories, modèles ou cadres conceptuels distincts. Les plus fréquemment utilisés étaient :

  • le cadre RE-AIM (Reach, Effectiveness, Adoption, Implementation, Maintenance), présent dans 27% des études ;
  • le Consolidated Framework for Implementation Research (CFIR), utilisé dans 20% des études.
     

Dans 94% des travaux, les cadres conceptuels ont servi à guider la collecte ou l’analyse des données. Mais seuls 43% des articles ont explicitement testé les relations entre concepts ou mécanismes causaux supposés.

Dans l’ensemble, les théories et modèles se sont révélés caractérisés par une forte clarté conceptuelle, une structure méthodologique robuste, mais une prise en compte limitée des enjeux d’équité et des dimensions socioculturelles des interventions.

Les auteurs concluent que l’utilisation des théories, modèles et cadres conceptuels dans l’évaluation des initiatives d’amélioration de la qualité apparaît très hétérogène. Aucun cadre ne permet à lui seul de couvrir l’ensemble des dimensions nécessaires à une évaluation complète.

Ils soulignent également l’importance d’intégrer dès la conception des études une opérationnalisation explicite des concepts issus de ces cadres, en particulier ceux liés à l’équité. Cette démarche est essentielle pour renforcer la reproductibilité des recherches et améliorer la transférabilité des résultats entre différents contextes organisationnels et systèmes de santé.

Arizmendi-Barrera KA, Arrieta J, Nevarez Tinoco T, et al Mapping Theories, Models and Frameworks from implementation science for evaluating quality improvement initiatives: a scoping review BMJ Quality & Safety  Published Online First: 24 June 2026. doi: 10.1136/bmjqs-2025-019903

L'apprentissage interprofessionnel : levier négligé de l'amélioration de la qualité et de la sécurité des patients

Les établissements de santé consacrent des efforts considérables à la transformation de leurs organisations : refonte des processus, introduction de nouvelles technologies, programmes d’amélioration de la qualité et de la sécurité. 

En revanche, beaucoup moins d’attention est accordée à la manière dont les équipes apprennent collectivement à conduire ces changements. Pourtant, de nombreux problèmes de qualité et de sécurité ne découlent pas de déficits individuels de connaissances ou de compétences, mais des interactions complexes entre les personnes, les rôles professionnels, les flux de travail, les technologies et l’organisation.

Les auteurs commentent une étude récente (Payne et al, 2026) portant sur la sécurité des consultations à distance en médecine générale au Royaume-Uni. Cette étude a développé sept vignettes de sécurité des patients. Ces vignettes ont servi de support à des séances de formation réunissant l’ensemble des équipes de six cabinets de médecine générale.

L’originalité de cette démarche réside dans sa capacité à faire travailler ensemble professionnels cliniques, personnels administratifs et responsables de structure autour de situations réalistes inspirées de leur propre activité. Les décisions concernant les patients devant être vus en urgence ou pouvant être suivis à distance dépendent en effet rarement d’un seul professionnel : elles reposent sur la coordination entre accueil, triage, personnel infirmier et médecins.

Les retours d’expérience ont montré que cette approche favorisait une réflexion collective de grande qualité. Les discussions ont permis de mettre au jour des pratiques informelles de sécurité, de révéler des différences de représentations entre catégories professionnelles, d’identifier des pistes d’amélioration des systèmes locaux et surtout de rendre visibles des aspects du "travail réel" souvent absents des procédures officielles.

Pour les auteurs, cette intervention illustre parfaitement ce que la littérature désigne comme "l’apprentissage interprofessionnel" (Interprofessional Education and Collaborative Practice – IPECP). Selon la définition de l’Organisation Mondiale de la Santé, l’apprentissage interprofessionnel se produit lorsque plusieurs professions apprennent avec, de et sur les autres professions afin d’améliorer la collaboration et la qualité des soins.

Cette approche se distingue nettement d’une simple formation commune où plusieurs catégories de professionnels reçoivent la même information sans véritable interaction. L’apprentissage interprofessionnel crée au contraire des opportunités de dialogue, de négociation des rôles et de construction d’une compréhension partagée des problèmes. 

Les ingrédients essentiels identifiés par la littérature sont présents dans l’étude : situations authentiques, échanges facilités entre professions, sécurité psychologique et développement d’une vision commune du travail complexe.

Ces deux auteurs, l’un du Kings college de Londres, constatent que trop souvent, les programmes de formation interprofessionnelle sont considérés comme des interventions pédagogiques ponctuelles, principalement destinées aux étudiants, alors qu’ils pourraient constituer un véritable mécanisme de transformation organisationnelle.

De nombreux problèmes de sécurité émergent des interactions entre professionnels, des interfaces organisationnelles ou des difficultés de coordination. Leur résolution exige donc des capacités collectives : 

  • comprendre ensemble comment le travail est réellement réalisé, 
  • partager une représentation commune des risques,
  • et apprendre à adapter collectivement les pratiques.
     

Cette réflexion rejoint directement les apports récents des sciences de la sécurité distinguant le "travail prescrit" (work-as-imagined) du "travail réel" (work-as-done). Les dispositifs de réflexion collective à partir de situations authentiques permettent de rendre visibles les hypothèses implicites, les ajustements quotidiens et les stratégies d’adaptation souvent invisibles aux décideurs.

La mise en œuvre de telles démarches suppose toutefois des investissements importants : disponibilité des équipes, organisation de séances collectives, mobilisation de facilitateurs compétents et capacité à libérer le personnel de ses activités cliniques.

Les auteurs considèrent que la prochaine étape doit être l’évaluation rigoureuse de ces interventions à plus grande échelle, à travers des essais contrôlés randomisés portant sur des équipes ou des établissements entiers. 

Xyrichis A, Zwarenstein M Interprofessional learning as a mechanism for quality improvement and patient safety BMJ Quality & Safety  Published Online First: 14 July 2026. doi: 10.1136/bmjqs-2026-020465

Culture de sécurité dans les soins à domicile : l'oubliée des démarches culture de sécurité

La culture de sécurité des patients dans les services de soins à domicile reste moins étudiée que dans les établissements hospitaliers. 

Cette étude vise à explorer les différentes dimensions de la culture de sécurité dans ces structures, à partir du point de vue des professionnels de santé et des aidants familiaux.

La méthode retenue par ces auteurs Iraniens mêle observations et entretiens avec 15 participants professionnels (responsable, médecins, infirmiers, aide-soignant, kinésithérapeuthe) et aussi des aidant familiaux.

L’étude identifie trois piliers interdépendants d’une culture de sécurité solide dans les services de soins à domicile :

  1. La compétence professionnelle des soignants (engagement, expertise technique, évaluation et gestion des risques).
  2. La gouvernance et le soutien organisationnel (leadership, supervision, communication ouverte, apprentissage à partir des erreurs, travail en équipe).
  3. L’implication active des patients et des familles dans la planification des soins et la gestion des risques.
     

Les auteurs concluent que la sécurité des soins à domicile repose sur l’articulation simultanée de ces trois dimensions et non sur les seules compétences des professionnels.

Etebarian Khorasgani A, Ashghali Farahani M, Sharif Nia H, Gholami M, Golestan F, Najafi Ghezeljeh T. Patient safety culture from the perspective of home healthcare providers and family caregivers: a qualitative study. BMJ Open Quality. 2026;15:e004100.