
Dans les territoires confrontés à une pénurie de professionnels de santé, les difficultés d’accès aux soins peuvent avoir des conséquences concrètes pour les patients. Dans cette vidéo, médecins, infirmière, kinésithérapeute, coordinatrice de maison de santé et experts de La Prévention Médicale témoignent des situations rencontrées sur le terrain et de leurs répercussions sur les parcours de soins.
Que se passe-t-il lorsque les patients ne trouvent plus de professionnel pour les prendre en charge ? Cancers diagnostiqués tardivement, soins reportés, prévention insuffisante… Découvrez dans cette vidéo les situations auxquelles sont confrontés les patients dans les territoires sous-dotés.
Les professionnels de santé et experts réunis dans cette vidéo décrivent les conséquences concrètes des difficultés d’accès aux soins dans les territoires sous-dotés. Leurs témoignages mettent en évidence des délais de prise en charge allongés, des renoncements aux soins et des situations où certaines pathologies sont diagnostiquées à un stade avancé.
Selon Nicolas GOMBAULT, Directeur de La Prévention Médicale et Directeur général délégué de MACSF SGAM, l’accessibilité est une condition de la qualité des soins. Il rappelle que 87% des territoires sont concernés par les déserts médicaux, que 30% de la population française est concernée et que 11% des Français n’ont pas de médecin traitant.
Pour le Dr Jean-François GERARD-VARET, médecin généraliste retraité à Semur-en-Auxois, l’expression "désert médical" masque une problématique plus large d’inégalités sociales et territoriales. La pénurie de médecins et, plus généralement, de soignants peut contribuer à fragiliser certains territoires ruraux et à leur appauvrissement.
Le manque de professionnels se traduit concrètement par des délais importants et par la nécessité de se déplacer pour accéder à certains soins. Audrey HAGELSTEIN, coordinatrice de maison de santé à Semur-en-Auxois, cite notamment l’exemple de l’ophtalmologie, avec un délai d’attente pouvant atteindre un an et demi, obligeant certains patients à parcourir environ 70 kilomètres.
L’accès à la radiologie peut également être limité par le manque de professionnels disponibles, malgré la présence d’un équipement à proximité. Elodie LEROY, kinésithérapeute, constate de son côté que la densité de kinésithérapeutes est plus faible dans les zones rurales que dans les territoires surdotés, alors même que les demandes de prise en charge continuent d’augmenter.
Lorsque les capacités de prise en charge sont insuffisantes, les professionnels doivent établir des priorités. En kinésithérapie, les patients nécessitant des soins urgents, notamment après une hospitalisation, peuvent être pris en priorité. Les autres prises en charge sont alors susceptibles d’être repoussées.
Cette situation concerne également des patients dont la pathologie est moins complexe ou qui peuvent encore vivre normalement avec leurs symptômes. Audrey HAGELSTEIN indique que la charge de travail peut conduire les professionnels à devoir refuser certains patients faute de capacité à les suivre.
Les retards d’accès aux soins peuvent avoir des conséquences sur le diagnostic et l’évolution de certaines maladies. Elodie LEROY et Amélie OLLIN, infirmière libérale, observent que certains patients sont pris en charge tardivement, alors que leur pathologie est déjà installée et parfois plus difficile à traiter.
La Dr Sundé KILIC, cheffe du service des urgences à Semur-en-Auxois, rapporte notamment des situations de cancers diagnostiqués à un stade évolué, parfois avec des métastases. En reprenant l’historique, les équipes constatent que des symptômes étaient présents depuis plusieurs années, mais qu’ils n’avaient pas toujours pu être évalués ou explorés. L’absence de médecin traitant peut notamment empêcher certains patients de faire le point sur leurs symptômes et d’engager des examens complémentaires.
Certains patients savent qu’ils ne pourront pas obtenir de rendez-vous et se tournent alors vers les urgences. D’autres ont recours à des consultations ponctuelles, notamment auprès de SOS Médecins, pour répondre à des besoins immédiats.
Ces solutions permettent de prendre en charge certaines situations, mais ne remplacent pas nécessairement le suivi régulier assuré par un médecin traitant. La Dr Clara LEGON souligne également que, dans certains territoires, les patients disposent de moins de possibilités de choix lorsqu’un médecin est disponible, compte tenu de la pénurie.
La saturation des agendas ne concerne pas uniquement les soins curatifs. Elodie LEROY explique que les professionnels manquent parfois de temps pour mener des actions de prévention.
Pour la Dr Clara LEGON, malgré les limites auxquelles les professionnels sont confrontés, l’accompagnement et l’écoute des patients restent essentiels.
À l’échelle internationale, le Pr René AMALBERTI identifie deux problématiques récurrentes : les difficultés d’accès aux soins, dont certaines conséquences restent peu visibles, et la prise en charge des maladies chroniques, qui nécessite une présence médicale importante et peut être particulièrement pénalisée dans les territoires sous-dotés.