Soigner en tension : quelle exposition au risque pour les professionnels

Anticiper les risques pour mieux sécuriser les soins

Soigner en tension : quelle exposition au risque pour les professionnels

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  • Une salle d'attente d'hôpital bondée - La Prévention Médicale

Soigner dans un contexte de pénurie de professionnels et de forte demande de soins expose les soignants à des contraintes multiples. Dans cette vidéo, médecins, infirmière, kinésithérapeute et experts de La Prévention Médicale témoignent de leurs conditions d’exercice et des risques associés à cette situation.

Auteur : La Prévention Médicale / MAJ : 18/09/2026

Les risques liés aux soins en situation de tension : le point en images

Horaires sous pression, charge administrative, fatigue, tensions avec les patients, crainte de l’erreur ou de la plainte… Découvrez dans cette vidéo comment la surcharge de travail peut affecter les professionnels, leur pratique et leur rapport au métier.

Intervenants : Pr René AMALBERTI, Président de La Prévention Médicale. GOMBAULT, Directeur de La Prévention Médicale - Dr J.F. GERARD-VARET, Médecin généraliste retraité - Dr C. LEGON, Médecin généraliste - A. OLLIN, Infirmière libérale - E. LEROY, Kinésithérapeute - A. HAGELSTEIN, Coordinatrice de maison de santé - Dr S. KILIC, Cheffe de service des urgences

Ce qu'il faut retenir de la vidéo

Les professionnels de santé et experts interrogés décrivent les conséquences de la pression qui pèse sur les soignants dans les territoires où l’offre de soins est insuffisante. Charge de travail, contraintes administratives, manque de temps et tensions avec les patients peuvent affecter les conditions d’exercice, la qualité des prises en charge et la santé des professionnels.

Une charge de travail qui s’accumule

Les médecins, infirmiers et kinésithérapeutes témoignent d’une activité devenue difficile à absorber. Pour les médecins généralistes, la charge ne se limite pas aux consultations : certificats, lecture des résultats biologiques, rappels téléphoniques et obligations de formation représentent un temps de travail supplémentaire, souvent peu visible pour les patients.

Les infirmiers prennent également en charge des tâches qui dépassent parfois les soins proprement dits. À domicile, ils peuvent être amenés à gérer des problématiques sociales, assurer certaines démarches ou contribuer au suivi médical des patients. Cette accumulation de missions réduit le temps disponible pour les autres dimensions du métier, notamment la prévention.

Moins de temps pour écouter et prendre en charge les patients

La pression sur les agendas peut également modifier la relation de soins. La Dr Clara LEGON explique qu’il devient difficile de consacrer suffisamment de temps aux premières consultations, alors qu’elles permettent normalement de connaître le patient, ses antécédents et son contexte.

Lorsque les consultations s’enchaînent, les professionnels ont le sentiment de travailler en permanence dans l’urgence. La dernière consultation de la journée peut ainsi être plus difficile à assurer que la première, en raison de la fatigue et de la surcharge accumulée.

Une difficulté à préserver l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle

Les professionnels évoquent aussi les limites qu’ils doivent poser pour préserver leur temps personnel. Elodie LEROY souligne qu’augmenter indéfiniment les horaires de présence pour répondre à la demande peut conduire à l’épuisement ou à une diminution de la qualité des prises en charge.

Dans les territoires sous-dotés, les périodes de congés peuvent également être difficiles à organiser. L’absence de professionnels disponibles pour assurer les remplacements limite parfois la possibilité de partir sereinement en vacances.

Pour la Dr Clara LEGON, cette situation rend particulièrement difficile l’équilibre entre disponibilité pour les patients et préservation de son propre temps de repos. Or, répondre à toutes les demandes supposerait théoriquement d’être disponible en permanence, ce qui n’est pas compatible avec un exercice durable.

Un risque d’épuisement professionnel

La pression répétée peut avoir des conséquences importantes sur la santé des soignants. La Dr Sundé KILIC décrit notamment la situation des professionnels des urgences, confrontés quotidiennement à l’afflux de patients, aux situations de stress et aux réactions psychologiques des personnes prises en charge.

Elle rapporte avoir été confrontée à des cas d’épuisement professionnel important dans son service. La répétition des situations de crise et le sentiment de perte de sens peuvent affecter durablement le vécu du métier.

Le Pr René AMALBERTI évoque également le coût psychologique et social de ces conditions d’exercice : fatigue, sentiment de ne pas faire correctement son travail et risque d’épuisement ou de burnout.

La crainte de l’erreur et de la plainte

La surcharge de travail est également associée à une forte vigilance vis-à-vis du risque médico-légal. Le Pr Jean-François GERARD-VARET observe que de jeunes médecins peuvent être particulièrement préoccupés par la possibilité de commettre une erreur et de faire ensuite l’objet d’une plainte.

Cette crainte peut influencer la manière dont certains professionnels évaluent les risques au cours de leur pratique. Il rapporte notamment les échanges avec des internes qui, face à certaines décisions prises dans une situation donnée, se demandaient s’ils n’avaient pas pris un risque susceptible d’entraîner une plainte.

Nicolas GOMBAULT souligne le risque pour les professionnels de voir leur responsabilité recherchée alors même qu'ils exercent dans des conditions de forte surcharge et disposent de moyens limités pour répondre aux besoins des patients.

Des tensions qui compliquent la priorisation des soins

Les professionnels de santé doivent enfin arbitrer en permanence entre des demandes de soins de nature et d’urgence différentes. La Dr Clara LEGON décrit les situations dans lesquelles un patient mécontent de son attente peut exercer une pression alors qu’une urgence vitale, comme un infarctus du myocarde ou une hémorragie digestive, nécessite d’être traitée en priorité.

Ces situations peuvent générer des rapports de force répétés avec les patients et contribuer à l’usure professionnelle.

Les témoignages soulignent ainsi que les tensions sur l’offre de soins ne concernent pas uniquement l’accès des patients aux professionnels. Elles modifient également les conditions dans lesquelles les soignants exercent, avec des conséquences possibles sur leur santé, leur pratique et leur exposition au risque.