L’Europe n’échappe pas à ce constat
La pénurie de soignant est incontestable et généralisée aux 27 pays de l’Union européenne, et elle est exacerbée dans les déserts médicaux (Dumez, 2025). Hors UE, elle est pire encore au Royaume Uni.
- En Italie, Allemagne, Lettonie ou encore Lituanie, c’est l’âge moyen des soignants qui inquiète, encore plus que dans tous les autres pays européens.
- L’Allemagne fait face à une pénurie croissante de médecins généralistes et de pédiatres, exacerbée par une vague de départs à la retraite imminente. Environ 37% des médecins généralistes ont plus de 60 ans.
- En Italie, des régions entières (le Sud en général, particulièrement la Calabre) n’ont déjà plus de soignants, et la pénurie de généralistes touche aujourd’hui quasiment toutes les régions italiennes.
- La Grèce, l’Espagne, et la Roumanie ont dû faire face aux retombées de leurs graves crises économiques avec une exode massive par dizaine de milliers de leurs généralistes, avec à la clé des délais d’attente de plus en plus grands (Parisi, 2025).
- Presque paradoxalement - parce que sans lien avec une crise particulière - le Danemark et la Norvège souffrent de plus en plus d’arrêts précoces de leurs généralistes dans leur carrière, pour des conditions de vie jugées peu attractives (Yordanov, 2023). Les premiers déserts médicaux dans ces pays, en se référant sous une forme ou une autre à la définition étendue de désert donnée plus haut, sont attendus dans les années qui viennent.
- La Suède et la Finlande sont confrontées au double problème de territoires ruraux isolés et d’une démographie médicale en berne, peu attractive pour les jeunes et vieillissante pour ceux qui exercent encore.
- Même la Suisse, pourtant très riche, présente au moins quatre zones de déserts médicaux jugées sévères (Mc KInnon, 2025).
- Hors UE des 27, mais évidemment dans l’Europe, le Royaume Uni, malgré un habitat rural limité et donc une exposition a priori plus faible à l’idée de désert médical, est le pays d’Europe les plus concerné et impacté par le manque de médecins et par les délais d’accès, surtout dans ses régions pauvres. Le déficit est dramatique (15% de déficit, 1 poste sur 7 vacant à l’échelon national aujourd’hui, avec une dégradation qui s’accélère, Jefferson, 2022).
- En France, l’enjeu majeur reste la répartition inégale des médecins qui fonde les déserts médicaux. 30% de la population vit dans un désert médical, 1,6 million de français renoncent chaque année à des soins médicaux. Le nombre de médecins généralistes a diminué en moyenne de 1% par an entre 2017 et 2021. 11% des patients de 17 ans et plus n'ont pas de médecin traitant (source DREES, 2025).
Hors de l’Europe
La situation de désert médical est naturellement à très haut risque naturel par le fait de l’immensité de leur territoire aux États-Unis, Canada et Australie.
- Toutefois, elle est bien plus catastrophique aux États-Unis qu’au Canada et en Australie, qui ont des organisations de soins pour les déserts médicaux plus résilientes (que nous verrons dans les articles à suivre).
- Les zones défavorisées aux États-Unis sont dramatiques et en forte croissance en nombre et étendue, à une échelle qui dépasse tout ce qui se voit dans les autres pays riches, par l’effet ciseau du manque de médecins et du surcoût de l’accès (reste à charge des patients) à ceux qui pratiquent.
- Au Canada, près de 6,5 millions de canadiens n’ont plus de médecin de famille, ni d’infirmière spécialisée, faute de professionnels disponibles. Et ce chiffre est passé de 4,5 millions à 6,5 millions en moins de 4 ans (2019-2023). Les pauvres, les minorités, et souvent les plus fragiles, sont concernés en premier (Duong, 2023).
- En Australie, le manque de médecins est également critique et s’aggrave rapidement avec une recherche intense d’immigration de profils étrangers.