La poule, nouvel animal de compagnie. Prudence !

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La poule, nouvel animal de compagnie. Prudence !

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  • Une fillette tient une poule dans ses bras à l'entrée d'un parc boisé - La Prévention Médicale

Le contrôle de la santé animale, en préservant sa qualité de vie, n’est pas la seule prérogative du vétérinaire. La transmission des maladies portées par l’animal doit être une préoccupation constante du professionnel de santé ; l’information, voire l’éducation, des propriétaires d’animaux de compagnie doit permettre une prévention efficace des proches.

Auteur : le Dr Vétérinaire Michel BAUSSIER – Président d’Honneur du conseil national de l’Ordre des vétérinaires / MAJ : 15/01/2026

La poule domestique, nouvel animal de compagnie

En ville, le vétérinaire praticien est d’abord et avant tout un soignant. Du moins, c’est ainsi qu’il se considère le plus souvent et de plus en plus, et cela en phase avec l’attente sociétale et celle de sa clientèle. Et d’autant plus qu’il est plus jeune…

Il prévient et soigne la maladie de l’animal qui lui est présenté, quel qu’il soit, dès lors qu’il s’agit d’un animal compagnon de l’humain, autrement dit un animal de compagnie. Traditionnellement, il s’agissait d’un chien ou d’un chat. Plus souvent un chat aujourd’hui.

Il y a beaucoup de nouveaux animaux de compagnie (petits rongeurs, lapins, oiseaux, etc., souvent qualifiés de NAC). La poule domestique, traditionnellement attachée à la basse-cour de la ferme, plus souvent présente dans les exploitations industrielles avicoles, a fait une apparition remarquée ces dernières décennies comme animal de compagnie, notamment en ville. On la qualifie d’animal de compagnie non traditionnel (ACNT). Si on excepte les poissons, les oiseaux de basse-cour (la poule en premier lieu) arrivent en 3e position comme animaux de compagnie en France !

Les enfants l’aiment. L’étude de son comportement et de la relation établie avec les humains en tant qu’animal de compagnie est effectivement tout à fait intéressante, elle peut même étonner et contribue sans doute à nous faire reconsidérer nos idées sur des animaux dépourvus de néocortex, sur leur cognition, leur mémoire, leur sensibilité.

Alors où serait le problème ?

Il pourrait surgir du côté des zoonoses. Les vétérinaires y sont pourtant sensibilisés, sans doute plus que les médecins. On pense beaucoup aux zoonoses virales. Il ne faudrait pas en oublier pour autant les infections et toxi-infections bactériennes, en particulier salmonelliques. 

Par une sorte de réflexe et par habitude, le vétérinaire pense alors, comme sources contaminantes, aux NAC tels que les reptiles et les amphibiens… Pas à la poule. Et pourtant…

Point de situation des salmonelloses humaines

Dans l’Union européenne, les salmonelloses demeurent des zoonoses majeures par leur fréquence et leur gravité. 

Un rapport de l’EFSA (European Food Safety Authority) de 2023 place les salmonelloses au 2e rang pour leur fréquence, après les campylobactérioses, et aussi pour les décès, après les listérioses.

Principalement dans le cadre de toxi-infections alimentaires collectives (TIAC). Même si ces toxi-infections ont bien diminué au cours des dernières décennies, il y a quand même eu 65 208 cas confirmés dans l’UE en 2022.

Les travaux américains sur l’origine des salmonelloses humaines

Aux États-Unis, la collecte des cas inclut les cas sporadiques liés à un contact avec des volailles vivantes. En particulier, un rapport de 2022 concernant les zoonoses liées à la présence d’un ACNT au domicile pendant la période de 1996 à 2017 met en évidence que :

  • la salmonellose a été la zoonose majoritairement observée (81% des cas) ;
  • les foyers étaient principalement dus à des poules (avant les reptiles, les rongeurs et autres petits mammifères) ;
  • surtout, entre 2015 et 2022, les cas associés aux oiseaux de basse-cour ont presque triplé, les hospitalisations ont plus que quadruplé.
     

Le 29 mai 2024, les CDC (Center for Disease Control and Prevention) ont lancé une nouvelle alerte concernant 109 cas de salmonellose observés en mars et avril, liés vraisemblablement à des volailles achetées par correspondance ou en animalerie. Pour 82 cas déclarés, 40% ont été hospitalisés et 43% étaient âgés de moins de cinq ans. Les CDC ont émis des recommandations sur la base des contrôles effectués.

Études épidémiologiques en France : ce que l’on sait et ce que l’on ne sait pas

Les salmonelloses ne sont pas toujours d’origine alimentaire. Or, il n’y a pas de données épidémiologiques en Europe sur les contaminations sporadiques liées aux contacts avec les volailles vivantes. En France, cela tient notamment au fait que les contrôles préventifs des salmonelloses ne sont obligatoires que dans les élevages de plus de 250 poules pondeuses.

C’est la raison pour laquelle l’Académie nationale de médecine et l’Académie vétérinaire de France appellent aujourd’hui dans notre pays à une grande vigilance.

En conséquence et en conclusion

Les vétérinaires sont aux postes d’avant-garde. 

La sécurité et la qualité des soins, ce n’est pas seulement à l’égard du patient animal, c’est aussi et très certainement d’abord à l’endroit de la santé publique. Il faut le rappeler avec force aux vétérinaires, notamment aux jeunes et aux urbains.

Les vétérinaires, quelle que puisse être la demande de ceux qui leur confient leur animal à soigner, ne doivent pas oublier leur rôle majeur, sinon primordial, en santé publique.

Pour aller plus loin

Recommandations des CDC aux États-Unis :

1 - Rappeler que les poules de basse-cour peuvent héberger des germes pathogènes tout en apparaissant propres et en bonne santé (avertir les particuliers lors de l’achat de volailles). 
2 - Éviter le contact étroit des volailles vivantes avec les personnes les plus à risque (enfants de moins de 5 ans, personnes de plus de 65 ans, personnes immunodéprimées…).
3 - Se laver les mains (avec du savon) après tout contact avec des volailles ou leur environnement (matériel, bâtiment…). 
4 - Ne pas blottir des volailles contre soi ou les embrasser.
5 - Conserver les volailles et le matériel du poulailler à l’extérieur du domicile. 
6 - Appliquer des mesures générales de biosécurité : nettoyer le matériel avicole à l’extérieur du domicile, ne pas laisser entrer les volailles dans le domicile, porter des chaussures spécifiques dans le poulailler à l’extérieur du domicile, prévenir une contamination ultérieure des aliments et/ou de l’environnement des volailles (rongeurs, oiseaux sauvages…). 
7 - Éviter d’installer des poulaillers permettant un contact étroit avec des oiseaux vivants dans certains lieux publics et collectivités (crèches, écoles, mini-fermes, EHPAD).

Références bibliographiques

Risques zoonotiques et traumatiques liés aux contacts des enfants avec les animaux de compagnie non traditionnels (ACNT). Académie Nationale de Médecine. Avis. Bull. Acad Nati Med 208 (2024) 548-570.
Attention au contact étroit des enfants, au domicile, avec des animaux de compagnie non traditionnels (ACNT). Académie Nationale de Médecine. Communiqué du 2 mai 2024.
Salmonellose et volailles de compagnie ou de basse-cour : un problème de santé publique ? COUQUET C., BRUGERE-PICOUX J. Bull.Acad. Vét. France-2025.