Non-diagnostic d'une maladie de Horton

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Non-diagnostic d'une maladie de Horton

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  • Une femme se tenant la tête, assise sur la table d'examen face au médecin - La Prévention Médicale

L’Artérite à Cellules Géantes (maladie de Horton) est une maladie dont l’étiologie n’est pas identifiée, mais avec une physiopathologie de mieux en mieux connue. Ce retour d’expérience doit permettre d’éviter des retards de prise en charge préjudiciables pour les malades qui en présentent les symptômes.

Auteur : le Dr Christian Sicot - Président d'honneur de la Prévention Médicale - Ancien chef de service de Réanimation et de Médecine d'Urgences / MAJ : 16/03/2026

Cas clinique

Une femme de 65 ans, retraitée, sans antécédent particulier, est suivie par son médecin traitant depuis une quinzaine d’années.

J0 : elle se plaint de céphalées violentes qu’elle tente de traiter initialement par automédication par Doliprane® 1 000 mg/jour, sans succès.

J13 : elle décide de consulter son médecin traitant. À l’examen clinique, celui-ci retrouve "une gorge rouge et des oreilles enflammées". Il prescrit un antibiotique et un corticoïde pour quelques jours.

La situation ne s’améliore pas. Les céphalées se reproduisent ; accompagnées de douleurs des deux mâchoires, de picotements de la langue et de paresthésies du cuir chevelu.

J33 : visite à domicile du médecin traitant. Expectative… Absence de compte-rendu de cette visite dans le dossier.

J48 : nouvelle consultation du médecin traitant par la patiente en raison de la persistance de violentes céphalées ; demande est faite de bénéficier d’examens complémentaires. Le praticien estimant qu’il s’agissait de cervicalgies, il prescrit des radiographies cervicales ainsi que des massages et de la rééducation.

Lors de cette consultation, il remet à la patiente une ordonnance de Lyrica® et de Lamaline®, témoignant effectivement de l’importance des douleurs ressenties par la patiente.

Continuant à souffrir de violents maux de tête, la patiente ne consultera pas d’autres médecins malgré tout.

Dans la nuit de J66 à J67 : la patiente constate une perte de la vision de son œil droit et un trouble de la vision de son œil gauche.

Elle consulte en urgence dans un centre hospitalier spécialisé où elle est immédiatement, hospitalisée. Le diagnostic de maladie de Horton est posé. Il est mis en route, sans tarder, un traitement corticoïde qui permettra de récupérer l’acuité visuelle de l’œil gauche mais sans améliorer, de façon significative, la perte de l’acuité visuelle de l’œil droit.

Lettre de sortie adressée au médecin traitant :

"Mme X…, 65 ans a été hospitalisée pour une maladie de Horton avec atteinte oculaire. La patiente a été reçue aux urgences avec une perte de vision complète de l'œil droit et débutante de l'œil gauche (vision œil gauche 5/10e faible) par neuropathie optique ischémique antérieure bilatérale.

Elle présentait des signes de maladie de Horton depuis un mois, à savoir des céphalées inhabituelles résistantes aux antalgiques actuels, avec hyperesthésie du cuir chevelu, claudication de mâchoire, signe de PPR (Pseudo-Polyarthrite-Rhizomélique) scapulaire et des artères temporales dilatées et sensibles avec un syndrome inflammatoire biologique franc, (VS à 66, CRP à 71/mg/l).

La corticothérapie à forte dose, dès l'arrivée aux urgences par prednizone 80 mg per os et bolus de Solumedrol® 1 g jour pendant trois jours, a permis une disparition rapide des signes cliniques ainsi qu’une stabilisation et même une petite amélioration puisque l'œil droit, qui n'avait plus de perception lumineuse, a maintenant retrouvé une perception lumineuse et l’œil gauche qui avait une acuité à 5/10e, est remonté à 8/10e lors d’un contrôle il y a deux jours..."

Deux ans après l’hospitalisation, lors de l’expertise, la patiente est toujours sous traitement corticoïde et suivie au centre hospitalier spécialisé.

Assignation du médecin généraliste devant le tribunal judiciaire par la patiente pour obtenir réparation des préjudices qu’elle aurait subis.

Expertise

Pour l’expert, médecin légiste exerçant en libéral :

"(…)   La patiente présentait des symptômes devant faire évoquer la maladie de Horton. L’association de céphalées violentes, associées à des douleurs des deux mâchoires et une hyperesthésie du cuir chevelu sont des signes qui, chez une femme de 65 ans, doivent faire évoquer la maladie de Horton.

Ce diagnostic est un diagnostic urgent dès lors que le retard diagnostique s’accompagne de complications notamment ophtalmologiques, ce qui a été le cas de la patiente.

Ce diagnostic pouvait être évoqué lorsque la patiente a vu, à J13, le médecin traitant… Elle présentait des céphalées, certes que depuis 15 jours mais la maladie de Horton était l’un des diagnostics différentiels à rechercher, même si une période d’observation était possible.  

À partir de J33, dès la 2e consultation, le médecin traitant disposait d’éléments d’orientation diagnostique permettant d’évoquer une maladie de Horton (céphalées inhabituelles, violentes, durant depuis un mois, accompagnées de claudication de la mâchoire, d’une hyperesthésie du cuir chevelu).

À cette date, on peut considérer que les symptômes présentés devaient engager au moins des examens complémentaires simples : VS et CRP, ce qui aurait permis un traitement rapide.

Il s’agit donc d’un manquement caractérisé qui a eu une incidence sur l’évolution de la maladie et le traitement puisque, si celui-ci avait été débuté à J33, cela aurait permis, au moins à 80%, d’éviter la perte de l’œil droit.

Cette perte de la vision de l’œil droit peut être considérée comme imputable au retard diagnostic avec un pourcentage de perte de change de 80% (…)".

Décision du Tribunal judiciaire

Pour les magistrats : 

"(…) L’expert s’est exprimé en termes tout à fait précis, circonstanciés et cohérents, et s’est prononcé au terme d’un raisonnement rigoureux et méthodique.

Il y a donc lieu de juger que le médecin traitant a commis une erreur de diagnostic responsable des préjudices subis par la patiente et a engagé sa responsabilité en ne dispensant pas à la patiente des soins consciencieux conformes aux données acquises de la science (…)".

Commentaires

Un article récent des Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG 2025) a fait le point sur les céphalées :

"(…) Les céphalées font partie des dix causes les plus fréquentes de consultation dans une pratique de médecine générale.

Bien que plus de 95% des patients vus en pratique de médecine générale présentent une cause bénigne de céphalées, une investigation soigneuse a la recherche d’une étiologie secondaire est indispensable. Le rôle du médecin est donc de distinguer les céphalées primaires (migraine, céphalées de tension), des céphalées secondaires et de déterminer le traitement adéquat, (dans l’urgence et au long cours) et notamment l’artérite temporale de Horton, qui apparaît habituellement âpres 50 ans et dont l’incidence croît avec l’âge. Typiquement, la céphalée (présente dans 70-90% des cas) a les caractéristiques suivantes : intense, diurne et nocturne, empêchant le sommeil, ne répondant pas aux antalgiques classiques, de localisation temporale et au niveau du cuir chevelu. La douleur est classiquement décrite comme superficielle par les patients, et peut s’associer à une claudication de la mâchoire (50-65% des cas) et/ou à une perte de la vue (neuropathie optique ischémique). Des symptômes généraux (fatigue, perte de poids) sont fréquents, de même que des douleurs des ceintures scapulaire et pelvienne (polymyalgia).

L’artère temporale est non-pulsatile et la région douloureuse est parfois rouge et tuméfiée. Protéine C-Réactive (CRP) et vitesse de sédimentation (VS) sont élevées. La confirmation du diagnostic se fait par une biopsie de l’artère temporale. Il existe cependant de nombreux faux négatifs, et une répétition de la biopsie du côté controlatéral, une imagerie des troncs supra-aortiques ou un traitement d’épreuve par stéroïdes peuvent être nécessaires (…)".

Références

La HAS recommande de ne plus prescrire la vitesse de sédimentation

ACTUALITE PRESSE - Mise en ligne le 17 novembre 2025

"En pratique, la vitesse de sédimentation (VS) évalue la vitesse avec laquelle les globules rouges d’un échantillon de sang se déposent au fond d’un tube. Cette mesure a été très largement utilisée depuis plusieurs décennies dans l’exploration des processus inflammatoires, mais aussi en examen de routine chez des patients asymptomatiques.

À la suite d’une demande de l’UNCAM (Union Nationale des Caisses d’Assurance Maladie), la HAS a évalué la pertinence de la mesure de la VS dans plusieurs indications pour lesquelles elle reste encore prescrite (bilan de routine chez un patient asymptomatique, artérite à cellules géantes/pseudo-polyarthrite rhizomélique, lupus systémique, polyarthrite rhumatoïde, arthrite juvénile idiopathique, lymphome de Hodgkin, myélome multiple).

L’évaluation de la HAS a mis en évidence trois inconvénients majeurs de la vitesse de sédimentation :

  • Elle n’est pas reproductible : sur un même échantillon, elle peut varier de façon importante selon la technique utilisée, mais aussi lorsqu’une même technique est utilisée (coefficients de variation inter- et intra-techniques pouvant atteindre 30 %).
  • Elle est peu spécifique et est affectée par de nombreux facteurs sans lien avec l’inflammation, tels que l’âge et le sexe. Elle peut donc varier indépendamment de la présence d’une inflammation ou de son intensité.
  • Elle augmente lentement, et peut donc être encore normale alors qu’une inflammation est déjà en cours.


Par ailleurs, outre la clinique, d’autres examens notamment biologiques, plus performants et d’ores et déjà remboursés, existent afin de mesurer l’inflammation, comme le dosage de la protéine C-réactive (CRP).

À l’issue de cette évaluation, la HAS considère que la mesure de la vitesse de sédimentation n’a pas démontré d’intérêt médical dans les indications évaluées et recommande d’arrêter sa prescription et son utilisation, quelle que soit la situation clinique".