Revue de presse - mars 2026

Tout sur la gestion des risques en santé
                et la sécurité du patient

Revue de presse - mars 2026

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Retrouvez l'analyse de la presse internationale sur le risque médical par le Professeur Amalberti. À la une ce mois-ci : 10 points pour sécuriser le périopératoire, le décès par overdose de drogues aux États-Unis, les erreurs médicamenteuses chez les sujets âgés, les leçons du programme PREDICT australien sur la bronchiolite...

Sommaire

Auteur : le Pr René AMALBERTI - Président de La Prévention Médicale - Docteur en psychologie des processus cognitifs - Ancien conseiller HAS / MAJ : 16/03/2026

Le coût des complications de tourisme médical à l'étranger pour le NHS anglais : une étude rare et éclairante

Le tourisme médical à l'étranger consiste à se faire soigner dans un pays autre que celui où l'on réside. Ces auteurs anglais essaient d'identifier toutes les études décrivant l'impact sur le Service national de santé britannique (NHS) des patients qui ont besoin d'un traitement en raison d'un tourisme médical à l'étranger pour une chirurgie non urgente et de rendre compte des complications, des coûts et des avantages associés.

L’analyse procède d’une rapide revue de littérature portant sur les données publiées et la littérature grise, en se limitant à la période 2012-2024. Sont exclus les chirurgies d'urgence et semi-urgentes, les chirurgies dentaires et les transplantations, les traitements contre le cancer et les traitements de fertilité.

Les résultats primaires sont relatifs aux coûts et économies pour le NHS. Les résultats secondaires sont le type, la fréquence, les données démographiques, les procédures, les complications, le traitement, les soins de suivi et l'utilisation des ressources du NHS.

Les résultats décrivent 655 patients traités dans des hôpitaux spécifiques du NHS entre 2006 et 2024 pour des complications postopératoires liées à des chirurgies métaboliques/bariatriques (n = 385), esthétiques (n = 265) et ophtalmiques (n = 5) pratiquées à l'étranger. Aucun cas lié à d'autres spécialités chirurgicales n'a été identifié dans la littérature. 

La plupart des patients étaient des femmes (90%), dont l'âge moyen était de 38 ans (14-69 ans). La destination la plus courante pour la chirurgie était la Turquie (61%). Les complications n'étaient pas bien décrites pour le tourisme chirurgical métabolique/bariatrique, mais mieux décrites pour le tourisme chirurgical esthétique, les infections et les déhiscences de plaies.

Certains patients ont nécessité un traitement complexe impliquant de longs séjours à l'hôpital et de multiples interventions chirurgicales dans les suites de ces interventions à l’étranger.

Concernant les coûts, des données - peu fiables toutefois - indiquent que pour le coût NHS lié au tourisme médical à l'étranger pour les chirurgies non urgentes varie de 1 058 à 19 549 livres sterling par patient (prix de 2024). Les auteurs n’ont trouvé aucune étude faisant état des avantages du tourisme médical à l'étranger.

England C, Bromham N, Needham-Taylor A, et al Complications and costs to the UK National Health Service due to outward medical tourism for elective surgery: a rapid review BMJ Open 2026;16:e109050. doi: 10.1136/bmjopen-2025-109050

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Un cadre de travail en 10 points pour améliorer et sécuriser le périopératoire

Ces auteurs Anglais de Cambridge sont partis d’une analyse de littérature sur le sujet (37 articles retenus) avec un regard particulier sur les cadres périopératoires déjà publiés et existants, et en complétant le travail par des exercices réalisés avec des professionnels.

Le travail propose 10 dimensions pertinentes pour un cadre de travail périopératoire à la fois sûr et de qualité. Ces 10 entrées sont relatives :

  • aux spécifications minimales de l’environnement (locaux notamment) ;
  • au leadership et la gouvernance ;
  • à la culture organisationnelle particulièrement pour une approche patient-centrée ;
  • à la mise en place d’un vrai processus de décision partagé ;
  • à la qualité du travail collectif et multidisciplinaire ;
  • à l’optimisation de la prise en charge préopératoire du patient ;
  • à la disponibilité et au suivi des protocoles cliniques recommandés ;
  • à l’aide postopératoire spécifique ;
  • au planning et à la formation du personnel ;
  • à l’optimisation des effectifs réels en rapport de la demande.
     

Ce cadre de travail recommandé appelé "P. Frame" pour Perioperative framework s’annonce prometteur mais doit encore être testé à plus grande échelle dans divers contextes et pays.

Wanyonyi-Kay K, Martin GP, Ball S, et al Quality framework for perioperative care: rapid review and participatory exercise BMJ Quality & Safety  Published Online First: 12 January 2026. doi:10.1136/bmjqs-2025-019452

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Leçons du programme PREDICT australien sur la bronchiolite : et si la plus grande menace pour l'amélioration durable des soins de santé n'était pas l'incapacité d'apprendre mais l'incapacité d'oublier ?

Cette équipe irlandaise et canadienne nous propose une réflexion très pertinente sur les conditions d’amélioration des soins de santé.

Les soins de santé se targuent d'être un système d'apprentissage. Nous collectons des données, examinons le contexte, analysons les résultats et répétons les cycles d'amélioration. Pourtant, la véritable durabilité, c'est-à-dire la capacité à intégrer et à maintenir l'amélioration au fil du temps, exige plus que l'apprentissage : elle exige un désapprentissage délibéré. 

Le paradoxe de l'amélioration est que les systèmes ne peuvent pas maintenir ce qui est nouveau tant qu'ils n'ont pas abandonné ce qui est ancien.

Le programme PREDICT sur la bronchiolite, mis en œuvre dans les services d'urgence d'Australie, offre une preuve rare de désapprentissage au niveau du système. Au fil de cycles successifs de transfert des connaissances, PREDICT a permis de réduire de manière durable les traitements de faible valeur contre la bronchiolite, tels que le salbutamol, les corticostéroïdes, les antibiotiques et les radiographies thoraciques, grâce à des interventions multifacettes fondées sur la théorie.

Pour réussir, il ne suffit pas d'enseigner aux cliniciens ce qu'ils doivent faire ; il faut aider le système à oublier les pratiques obsolètes. Sans désapprentissage délibéré, même les interventions fondées sur des preuves risquent d'être freinées par des routines bien ancrées. Seulement 23% des études font état de résultats durables au-delà de 5 ans.

Pourquoi les systèmes résistent-ils au désapprentissage ?

Le désapprentissage ne se fait pas automatiquement ; il nécessite des efforts délibérés. Les cliniciens et les gestionnaires ont tendance à privilégier le statu quo et à subir l'effet de dotation, c'est-à-dire la tendance à surévaluer ce qui leur est familier, ce qui fait que les routines établies de longue date semblent plus sûres que les nouvelles alternatives fondées sur des preuves.

L'inertie structurelle aggrave cet effet : les politiques, les flux de travail, les modèles numériques, les incitations et les normes hiérarchiques facilitent la poursuite des pratiques familières plutôt que l'adoption de nouvelles pratiques.

On peut agir sur le désapprentissage par une série d’actions :

  • Sur les systèmes numériques et d'intelligence artificielle (IA) : retirer les ensembles de commandes obsolètes, mettre à jour les alertes et mettre en œuvre l'oubli algorithmique ou le "vieillissement" des règles obsolètes dans les systèmes basés sur l'IA.
  • Sur les flux de travail et les politiques : supprimer les directives obsolètes parallèlement aux nouvelles preuves ; repenser les processus afin que les soins à forte valeur ajoutée deviennent la norme.
  • Sur la culture et les comportements : reconnaître l'abandon des pratiques à faible valeur ajoutée comme une compétence professionnelle ; célébrer et encourager les succès afin de faire évoluer les normes.
  • Sur le retour d'information et le suivi : suivre les pratiques héritées à l'aide de tableaux de bord et d'audits, en intervenant rapidement lorsque d'anciens schémas réapparaissent.
  • Sur la gouvernance : attribuer des responsabilités claires pour la conservation de la mémoire numérique et organisationnelle, en garantissant la responsabilité du maintien du changement.
     

En combinant les connaissances issues des sciences cognitives, de l'économie comportementale et de la théorie de la complexité avec des stratégies et des mesures explicites, les systèmes de santé peuvent créer un environnement qui soutient activement l'oubli adaptatif et la suppression des soins de faible valeur pour une amélioration durable.

Dans ce contexte, l'IA peut presque paradoxalement apparaître comme un risque à ne pas désapprendre. Les algorithmes entraînés à partir de données historiques peuvent involontairement perpétuer à grande échelle des soins obsolètes, de faible valeur et potentiellement nocifs. Les alertes, les modèles prédictifs et les outils d'aide à la décision qui ne sont pas régulièrement mis à jour ancrent les pratiques héritées du passé, ce qui rend plus difficile pour les cliniciens d'adopter les données probantes actuelles. Il est essentiel de désapprendre délibérément les algorithmes.

En conclusion, il faut un certain courage pour oublier. Une mise en œuvre sans désapprentissage n'est pas un progrès, mais une accumulation. Le programme PREDICT démontre que pour obtenir une amélioration durable, il ne suffit pas d'enseigner aux cliniciens ce qu'ils doivent faire ; il faut également abandonner les routines obsolètes, intégrer de nouvelles normes dans les processus de travail et les renforcer par le leadership. À l'ère des soins de santé numériques et basés sur l'IA, les enjeux sont encore plus importants. Les machines héritent de la mémoire organisationnelle, et si les règles et algorithmes obsolètes ne sont pas délibérément abandonnés, les pratiques à faible valeur ajoutée peuvent se propager à grande échelle.

Flynn R, Cassidy C, Scott SD Learning to forget: deimplementation and the science of sustainability in healthcare BMJ Quality & Safety Published Online First: 06 January 2026. doi: 10.1136/bmjqs-2025-019666

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Le bilan d'une loi volontariste italienne datée de 2017 sur la sécurité du patient... des résultats en demi-teinte

En 2017, le Parlement italien a promulgué une loi sur la sécurité des patients et la responsabilité professionnelle, qualifiée de révolutionnaire par plusieurs journalistes.

Cette loi faisait suite à l’augmentation en fréquence, au niveau mondial comme en Italie, d’un des événements indésirables (EI) et une baisse de suivi des recommandations de bonnes pratiques.

Parmi les principales innovations figuraient :

  • La reconnaissance de la sécurité des patients comme un droit pour chaque citoyen.
  • La protection juridique des professionnels qui respectent les directives cliniques et les pratiques sécuritaires en cas d'issue indésirable.
  • L'adoption d'une approche "sans blâme" avec une protection juridique infaillible pour les documents de travail produits dans le cadre des systèmes de signalement et d'apprentissage des incidents, rendus irrecevables à des fins judiciaires.
  • Une plus grande transparence des données relatives aux litiges grâce à la publication annuelle d'un rapport sur la sécurité des patients. La loi exigeait la création de bureaux de gestion des risques sanitaires et de sécurité des patients dans toutes les régions italiennes, ainsi que la nomination d'un responsable de la gestion des risques cliniques dans tous les établissements de santé publics et privés italiens.
     

Les résultats sont plutôt décevants.

La loi peine à se mettre en œuvre faute de personnel permanent et adéquat dans tous les centres régionaux (en moyenne deux employés par centre). Peu de réunions ont été organisées avec les décideurs du système régional de santé. Les coordonnateurs de la gestion des risques dans les établissements peinent à assumer leurs rôles. Plus de 20% d’entre eux ont d'autres rôles au sein de la même organisation. Et 70% d'entre eux identifient la résistance des cliniciens au changement et le manque de financement dédié à la mise en œuvre de la loi comme les principaux obstacles à la gestion des risques.

Tartaglia, R., Regina, M. L., Bellandi, T., & Ricciardi, W. (2026). Lost in litigation: how Italy’s Patient Safety Law drifted from harm prevention. International Journal For Quality In Health Care, 38(1), mzaf128.

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Une évaluation de systèmes d'aide à base d'IA générative par des médecins utilisateurs : "très utile pour les cas simples"

Les grands modèles linguistiques (LLM - Large Language Models, dérivés de l’IA générative comme chat GPT) sont de plus en plus intégrés dans la prestation des soins de santé. Ils pourraient avoir des effets indésirables sur la sécurité du patient en raison de l'absence de cadres de déploiement Qualité adéquats.

Cette étude s’intéresse aux indicateurs de Qualité de consultations médicales assistées par l'IA en évaluant les implications en matière de sécurité différents scénarios cliniques.

Deux cents scénarios cliniques représentant différents niveaux de risque répartis dans quatre catégories de complexité médicale (50 scénarios par catégorie) sont évalués de façon indépendante par douze professionnels de santé.

Les résultats montrent des variations significatives de performance entre catégories de complexité clinique. Les scénarios de soins de routine ont obtenu d'excellentes performances (89,2%, IC à 95% : 86,1%-92,3%), tandis que les situations de soins aigus ont montré des limites préoccupantes (65,4%, IC à 95% : 61,8%-69,0%). La fiabilité inter-évaluateurs reste excellente dans tous les domaines (ICC : 0,85-0,91).

Esmaeilzadeh, P. (2026). Patient safety and quality implications of large language model use in healthcare: a risk-stratified assessment of artificial intelligence-assisted medical consultations. International Journal for Quality in Health Care, 38(1), mzaf134

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Les décès par overdose de drogue aux États-Unis désormais en baisse depuis deux ans : l'article explique pourquoi

Les décès par overdose d'opioïdes aux États-Unis ont augmenté tout au long des années 2000 et ont explosé avec l'introduction du fentanyl à partir de 2013. La crise a continué de s'aggraver pendant la pandémie de COVID-19. Mais les décès par overdose sont désormais en baisse depuis deux ans, la plus longue période observée depuis le début de l'épidémie d'opioïdes il y a environ 25 ans.

De nouvelles recherches suggèrent qu'une interaction complexe entre plusieurs facteurs est à l'origine de ce déclin. Et comme le nombre de décès par overdose reste élevé malgré cette tendance à la baisse, les experts mettent en garde contre tout excès de confiance.

De 2022 à 2024, le taux de mortalité par overdose ajusté en fonction de l'âge aux États-Unis a considérablement diminué, selon les données définitives sur la mortalité fournies par les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) des États-Unis. La majeure partie de cette baisse s'est produite entre 2023 et 2024, lorsque le taux de mortalité a chuté de 26%, passant d'environ 31 décès à 23 décès pour 100 000 habitants. Le nombre de décès est passé de 105 000 en 2023 à environ 79 000 en 2024, et les données provisoires indiquent que cette tendance s'est poursuivie en 2025, avec environ 69 000 décès au cours de la période de 12 mois se terminant en août 2025.

Une étude publiée en juin dernier dans JAMA Network Open a révélé qu'à partir d'août 2023, le taux de mortalité par overdose aux États-Unis a diminué pendant 15 mois consécutifs. Sur la base de ces données, les auteurs ont attribué une grande partie de cette baisse à la diminution des décès liés aux opioïdes, qui sont impliqués dans environ 3 décès par overdose sur 4 (dont la majorité due au fentanyl, un opiacé de synthèse).

La première cause semble être la pénurie d'approvisionnement en fentanyl illicite qui a réduit la puissance et la disponibilité de cette drogue dans la rue, entraînant une baisse substantielle des décès aux États-Unis et au Canada. Le renforcement de la réglementation chinoise sur les précurseurs chimiques à peu près à la même période pourrait avoir causé "une perturbation majeure du commerce illicite du fentanyl".

L’agence Reuter a toutefois reconnu que les changements du côté de la demande pourraient également avoir contribué à la diminution des décès par surdose, et une autre étude récente semble corroborer cette hypothèse. 

Alors que le taux mensuel de décès par surdose d'opioïdes a diminué de près de 50% entre son pic de l'été 2023 et l'automne 2024, la proportion de saisies de drogues illicites contenant du fentanyl (un indicateur de l'approvisionnement en fentanyl) est passée de 29% à 23%. Bien que significative, l'association entre ces tendances était modeste par rapport à la baisse globale des décès par overdose d'opioïdes. Ils ont conclu que d'autres facteurs que la disponibilité du fentanyl était probablement en cause.

Certains experts, dont le Professeur Daniel CICCARONE, sommité mondiale de l’addiction, assimilent la consommation de drogues au comportement d’une épidémie :

"Toutes les épidémies, qu'il s'agisse d'Ebola, de COVID ou de grippe saisonnière, finissent par s'éteindre à un certain moment ou atteignent un niveau beaucoup plus bas, elles connaissent un cycle ascendant puis descendant, devenant peut-être endémiques à un niveau plus faible, mais elles perdent leur statut d'épidémie. La même chose pourrait se produire ici".

La population consommant des opioïdes illicites vieillit et les enquêtes suggèrent que les jeunes en consomment moins fréquemment que par le passé.

"C'est ainsi que les épidémies disparaissent, elles disparaissent parce que la génération suivante ne veut pas en consommer".

Parmi les autres facteurs potentiels, on cite aussi la distribution accrue de naloxone, le médicament utilisé pour traiter les overdoses d'opioïdes commercialisé sous le nom de Narcan, et l'élargissement de l'accès aux traitements. Près de 2 millions de produits à base de naloxone, sur ordonnance ou en vente libre, ont été distribués dans les commerces de détail en 2024, selon l'American Medical Association, un chiffre qui ne tient pas compte de la distribution dans les communautés, les services d'urgence et les hôpitaux.

Anderer, S. (2026). As US Overdose Deaths Drop, Researchers Search for Explanations. JAMA Published Online: January 30, 2026 doi: 10.1001/jama.2026.0553

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Réduction des erreurs médicamenteuses de prescription chez le patient âgé par alertes sur le dossier médical informatisé, des résultats prometteurs

Les médicaments potentiellement inappropriés sont souvent prescrits de manière excessive aux personnes âgées. Bien que les outils basés sur les dossiers médicaux informatiques puissent réduire le risque, leur action reste incertaine.

L’objectif de l’étude est de tester deux interventions basées sur les dossiers médicaux informatiques, conçues à l'aide de techniques issues des sciences comportementales, pour provoquer la déprescription de médicaments potentiellement inappropriés chez les patients âgés.

La méthode procède d’un essai clinique randomisé parallèle à trois groupes, 201 médecins généralistes d'un centre universitaire du Massachusetts ont été randomisés par grappes en novembre 2022. Le suivi s'est terminé le 15 mars 2024. L'intervention s'est concentrée sur les patients âgés de 65 ans ou plus, ayant consulté un médecin entre le 10 novembre 2022 et le 15 mars 2024, et auxquels au moins 90 comprimés de benzodiazépines, de sédatifs hypnotiques non benzodiazépiniques ou au moins deux médicaments anticholinergiques avaient été prescrits au cours des 180 derniers jours.

Les médecins traitants ont été randomisés pour recevoir soit les soins habituels (aucune intervention "groupe témoin"), soit l'une des deux interventions séquentielles liées au dossier médical informatique : un "groupe pré-engagement" où une intervention préalable, dans laquelle un message était envoyé au médecin lors de la première visite du patient pour lui demander d'entamer des discussions sur la déprescription. Cette intervention préalable était suivie par un deuxième message lors de la deuxième visite du patient pour l'encourager à poursuivre la déprescription ; et une troisième intervention de rappel était réservée à un "groupe rappel", qui avait eu la première intervention et une nouvelle notification 1 mois après.

Le résultat principal était la déprescription d'au moins un médicament lors de la première visite du patient ou après celle-ci, jusqu'à la fin du suivi. La déprescription était définie comme l'arrêt ou la réduction progressive d'un médicament sur décision du médecin, évaluée au niveau du patient à l'aide des données du dossier.

Sur les 1 146 participants (âge moyen, 73,6 ans [écart-type, 6,4] ; 69,7% de femmes, suivi moyen de 289,9 jours), 373 (32,5%) ont vu au moins un médicament déprescrit : 

  • 145 (36,8%) dans le groupe pré-engagement, 
  • 122 (34,3%) dans le groupe de rappel,
  • 106 (26,8%) dans le groupe de soins habituels. 

Par rapport au groupe témoin, la déprescription était 40% plus probable le groupe préengagement et 26% plus probable dans le groupe ayant reçu une dose de rappel. Aucun événement indésirable grave n'a été signalé par le système de notification des événements indésirables. Les taux de mortalité basés sur l'examen manuel des dossiers étaient de :

  • 1,4% dans le groupe pré-engagement, 
  • 3,9% dans le groupe ayant reçu une dose de rappel,
  • 1,8% dans le groupe recevant les soins habituels.
     
Lauffenburger, J. C., Sung, M., Glynn, R. J., Keller, P. A., Robertson, T., Kim, D. H., ... & Choudhry, N. K. (2026). Electronic Health Record Intervention and Deprescribing for Older Adults: A Randomized Clinical Trial. JAMA, Published Online: January 29, 2026
doi: 10.1001/jama.2025.26967

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"C'est très bien mais pas pour moi..." : perception des dérogations concernant l'exercice des chirurgiens étrangers aux États-Unis

Devant la pénurie médicale, plusieurs états américains ont récemment adopté des lois autorisant les médecins formés à l'étranger à exercer sans avoir suivi de résidence ou de stage accrédité par l'Accreditation Council for Graduate Medical Education, ce qui représente un changement majeur par rapport aux normes d'autorisation d'exercer en vigueur depuis longtemps. On sait peu de choses sur la façon dont le public perçoit ces lois, en particulier dans les domaines chirurgicaux où les compétences techniques et la confiance des patients sont primordiales.

Ces auteurs du Michigan proposent une étude transversale sur les points de vue d'adultes américains concernant l'octroi de licences d'État à des chirurgiens formés à l'étranger afin de remédier à la pénurie de main-d'œuvre chirurgicale. Elle a été menée en juillet 2025 à l'aide d'une plateforme de crowdsourcing en ligne supportant un questionnaire en 21 points. Le contrôle qualité comprenait la compréhension des définitions, des contrôles d'attention et une sélection basée sur le temps.

Les principales mesures comprenaient le soutien aux lois sur l'octroi de licences aux chirurgiens formés à l'étranger, les préoccupations éthiques concernant la fuite des cerveaux à l'étranger, la perception de l'équivalence de la formation, le confort personnel avec les soins prodigués par des chirurgiens formés à l'étranger, la confiance dans les hôpitaux et les préférences en matière de surveillance réglementaire. Des analyses de sous-groupes ont été effectuées par sexe et par opinions politiques.

Sur les 1 270 réponses initiales, 1 066 (83,9%) ont satisfait aux critères de qualité et ont été analysées. Parmi les 1 066 répondants (634 hommes [59,5%], âge médian [IQR] 33 [29-35] ans), 906 (85,0%) se sont déclarés favorables à l'adoption de lois étatiques sur l'octroi de licences aux chirurgiens formés à l'étranger. La plupart des répondants (991 ; 93,0%) estimaient que ces lois amélioreraient l'accès aux soins et 856 (80,3%) pensaient qu'elles favoriseraient la diversité, mais 755 (70,8%) ont exprimé des préoccupations éthiques concernant la fuite des cerveaux à l'international.

En ce qui concerne la formation, une majorité des répondants (787 ; 73,8%) ne considéraient pas la formation internationale comme équivalente à la formation américaine, et 831 (78,0%) ont déclaré qu'ils seraient moins enclins à choisir un chirurgien formé à l'étranger pour une intervention chirurgicale. 

En ce qui concerne le consentement éclairé, presque tous les répondants (1005 ; 94,3%) étaient favorables à la divulgation obligatoire des antécédents de formation. Les hommes (575 sur 634 [90,7%], P < 0,001) et les conservateurs (512 sur 569 [89,9%], P < 0,001) étaient nettement plus favorables aux lois, tandis que les libéraux étaient plus enclins à exprimer des préoccupations d'ordre éthique (248 sur 301 [82,4%], P < 0,001) et leur malaise à l'égard des soins prodigués par des chirurgiens formés à l'étranger (257 sur 301 [85,3%], P = 0,02). La majorité des répondants (817 [76,6%]) se sont déclarés favorables à la restriction de l'exercice des chirurgiens formés à l'étranger aux zones mal desservies.

Les résultats de cette étude suggèrent que le public américain soutient généralement les lois sur l'autorisation d'exercer pour les chirurgiens formés à l'étranger, mais avec des réserves importantes, notamment des restrictions géographiques d'exercice, une forte préférence pour la divulgation des antécédents de formation, des préoccupations éthiques concernant la fuite des cerveaux et une réticence à se faire soigner personnellement par un chirurgien formé à l'étranger.

Bohler, F., Noorani, A., Selber, J. C., Hadid, K., Lau, A., Flores, G. A., ... & Chaiyasate, K. (2026). Public views on state licensure of internationally trained surgeons without US residency. JAMA surgery

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Revue de littérature et méta-analyse sur les interventions qui réduisent les erreurs médicamenteuses chez les sujets âgés

Les erreurs médicamenteuses (EM) constituent un risque important pour les patients âgés, en particulier dans les établissements de soins gériatriques, où la complexité des traitements médicamenteux et les défis liés aux soins de santé augmentent le risque d'erreurs.

Cette étude évalue l'efficacité des interventions visant à réduire les EM et à améliorer les pratiques de prescription chez les personnes âgées à travers une revue systématique de littérature et une méta-analyse.

Après le tri initial des articles publiés non conformes aux exigences qualité de la revue, ce sont huit études portant sur un total de 33 170 participants dans 7 pays qui ont été retenues pour l'analyse.

Les interventions allaient des programmes éducatifs et des évaluations par les pairs aux systèmes informatisés d'aide à la décision. La méta-analyse a démontré une réduction significative des erreurs médicamenteuses, avec une réduction de 57% des prescriptions inappropriées. Les interventions éducatives se sont révélées particulièrement efficaces, favorisant une amélioration du comportement des prescripteurs et de la sécurité des médicaments. Cependant, une hétérogénéité élevée a mis en évidence des variations dans les caractéristiques démographiques des patients, les contextes de soins et la conception des interventions.

En conclusion, les interventions éducatives et les systèmes d'aide à la décision permettent de réduire de manière significative la prescription inappropriée de médicaments chez les patients âgés. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour traiter la variabilité, déterminer les résultats à long terme et faciliter une mise en œuvre plus large afin d'améliorer la sécurité des médicaments.

Kim, J. A., Terry, D., & Nguyen, H. (2026). Reducing Medication-related Inappropriateness in Older Adults: A Systematic Review and Meta-analysis. Journal of Patient Safety, 22(1), 1-8.
Reducing Medication-related Inappropriateness in Older Adults: A Systematic Review and Meta-analysis Journal of Patient Safety 22(1):p 1-8, January 2026

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Le regard décalé d'un collègue Thaïlandais qui relativise le surnombre de plaintes éthiques des patientes de gynéco-obstétrique prises en charge par des médecins hommes

Une étude récente ayant analysé 20 ans de plaintes patientes dans la province d’Alberta au Canada, corrigées de l’âge des médecins concernés et des lieux d’exercices, montre qu’il n’y a aucune différence significative dans la date de survenue de la première plainte dans l’exercice professionnel et de même pour la fréquence entre obstétriciens hommes et femmes. Les obstétriciens hommes sont en revanche plus souvent désignés dans les plaintes ayant une composante éthique.

La suite de l’article, rédigé par un collègue Thaïlandais, réserve une analyse plus subtile et à contre sens de la littérature usuelle récente ; l’auteur remet en cause la façon dont on "charge" souvent les obstétriciens hommes d’avoir plus des comportements en lien avec des questions d’éthique.

L’angle de l’article procède d’une lecture culturelle dans lesquels sont plongés les systèmes de santé. Les auteurs s’appuient sur la théorie de KLEINMAN (un anthropologiste qui a suggéré dans les années 70 que la culture propre du patient détermine sa perception et ses croyances sur sa pathologie qu’il faut arriver à comprendre pour bien l’aider). Selon cette théorie, les systèmes médicaux ne sont pas des blocs uniques, mais renvoient à de multiples sous-secteurs affectés d’empreintes culturelles différentes.

Le mécanisme de plainte éthique en gynécologie obstétriques apparaît alors - selon l’auteur - comme le produit logique d’un désalignement culturel entre le professionnel et le patient, ou la vox populi à laquelle s’identifie ce patient. Le référentiel du professionnel est en général basé sur une expertise rationnelle et institutionalisée, alors que la vox populi serait informelle, fondée sur des témoignages, récits émotionnels, peurs sociétales et expériences personnelles, souvent genrée (ie : influence de Me too). 

Les points de vue du patient et du professionnel utilisent des logiques de communication différentes, une hiérarchie de valeur différente, et même une définition de la maladie différente, de sorte que se crée cette asymétrie dans la rencontre entre les deux logiques encore plus porteuses de jugement éthique quand elle confronte une différence de sexe.

Zhao, D. (2026). Rethinking gender and complaints in obstetric and gynecologic care: a medical systems analysis. International Journal for Quality in Health Care, 38(1), mzaf129

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Réponses locales aux événements indésirables graves : les médecins toujours prudents, peu en confiance et peu engagés

Les suites données localement aux événements graves sont le terreau de multiples améliorations au rang desquelles l’apprentissage à parler et partager avec le patient et sa famille sur la survenue de l’événement, les revues de morbidité mortalité (RMM), ou encore ‘l’aide aux seconde victimes’.

Dans la réalité, autant les médecins attendent du soutien de l’organisation et du système quand ils sont mis en cause, autant ils sont avec encore trop souvent peu engagés, voire méfiants, dans l’analyse craignant une diffusion de résultat qui leur serait préjudiciable. Cet article recherche les barrières expliquat cette position en retrait.

Côté améliorations, le support à leur participation a plutôt augmenté.

Les suites d’un événement grave supposent plusieurs séquences mobilisant le médecin identifié comme en charge du patient, et possiblement concerné par un problème. 

Les bonnes pratiques supposent d’informer le patient et/ou sa famille, puis de déclencher une RMM de compréhension en toute transparence, et d’adhérer et accompagner les changements décidés à cette RMM, incluant ses propres pratiques. 

Le choc émotionnel mérite aussi le soutien du groupe à travers les programmes d’aide aux "secondes victimes" de l’événement. 

La question de la compensation financière du patient fait aussi partie de ce mécanisme via l’assurance du médecin/de l’établissement, et son exposition à des suites juridiques.

Côté barrières, elles sont quasi contenues dans les rôles attendus : la perte de réputation est la première crainte des médecins, amplifiée par la dimension émotionnelle, surtout quand l’analyse et les suites judiciaires confirment l’implication du médecin. Cette crainte est traduite à la fois localement (le "qu’est-ce qu’on dit par derrière") et la vision d’un futur moins souriant, obligeant à se remettre en cause techniquement, à être vu comme moins compétent, réduisant les opportunités de carrière, augmentant les primes d’assurance, voire devenant un problème pour la recertification dans certains pays, etc. Les jugements perçus d’autrui, des collègues, des comportements d’évitement à l’encontre de l’idée d’aide aux secondes victimes, restent hélas particulièrement fréquents. La culture de perfectionnisme et de garantie de compétence si souvent dominante en médecine est globalement un frein à tous les processus organisationnels de reconnaissance de ces événements par le médecin, voire souvent par l’organisation qui l’emploie.

Alors quoi faire de mieux ?

Assurément penser d’abord à une aide disponible au médecin incriminé, apportée par des pairs.

Mettre aussi en place dans l’établissement une vraie politique de transparence pour le patient et pour l’équipe médicale incriminée quand un événement grave survient (parler au patient, à la famille, effectuer une RMM sérieuse, accompagner la phase judiciaire, accompagner la seconde victime, éviter les "on-dit" et stigmatisations dans l’équipe et les proches, …former les professionnels en avance à toutes ces étapes, surveiller leur adhésion et pratique sur le terrain). 

Mais on notera que toutes ces idées sont déjà encadrées par des recommandations internationales reprises dans les directives nationales de beaucoup de pays, et qu’il reste à les mettre en pratique réelle, ce qui n’est pas acquis tant qu’une culture du silence continuera à dominer faute de confiance et de solidarité dans le système.

Harrington, C., Gallagher, T. H., Benjamin, E., Boothman, R., Severyn, M., & Pearlman, S. A. (2026). Health system strategies to increase physician engagement in communication and resolution programs. Journal of Patient Safety and Risk Management, 25160435251412299

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