Une chienne meurt en début d’anesthésie pour césarienne

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Une chienne meurt en début d’anesthésie pour césarienne

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  • Vétérinaire soigne une chienne Spitz - La Prévention Médicale

Tout EIG mérite une analyse à la recherche de potentielles causes organisationnelles ou de techniques vétérinaires défaillantes. Ce temps important d’analyse de pratiques permet de détecter les vulnérabilités non identifiées dans les process de prise en charge, ou au contraire de vérifier leur conformité par rapport aux recommandations de bonnes pratiques professionnelles. Ce moment de réflexion, réalisé en équipe, doit permettre d’améliorer également la communication au sein du groupe.

Auteur : le Dr Vétérinaire Michel BAUSSIER / MAJ : 30/03/2026

Cas clinique

Une chienne Spitz de trois ans, qui avait déjà subi une césarienne, présente les signes de mise-bas imminente. Elle est amenée à la clinique vétérinaire.

Elle est agitée, en polypnée, aucun des deux fœtus évalués par échographie n’est engagé.

L’examen clinique est normal, notamment l’auscultation cardio-pulmonaire.

La césarienne est décidée. Une voie veineuse est posée.

La préparation classique est mise en œuvre.

Une prémédication avec dexmédétomidine IV (0,002 mg/kg) est effectuée.

L’induction de l’anesthésie est réalisée avec de l’alfaxolone (3 mg/kg), suivie de l’intubation endotrachéale et de la mise en place du relais volatil (oxygène et isoflurane).

Le monitoring est réalisé par ECG, saturation pulsée en oxygène (SpO2) et capnographie, avec contrôle des halogénés.

Un arrêt respiratoire est constaté 4 mn après l’intubation : apnée et bradycardie associée.

Une ventilation assistée manuelle est immédiatement pratiquée, la distribution d’isoflurane est immédiatement stoppée, l’oxygène est maintenu. De l’atipémazole est injecté.

Devant la bradycardie toujours sévère (< 20 bpm), de l’adrénaline (0,02 mg/kg IV) est injectée, un massage cardiaque est mis en œuvre.

L’arrêt cardiaque est alors constaté.

Le massage cardiaque est prolongé, deux doses supplémentaires d’adrénaline sont successivement injectées.

La fin des manœuvres de réanimation est décidée 35 mn après l’intubation.

Une échographie fœtale de contrôle est réalisée : la fréquence cardiaque fœtale est inférieure à 40 bpm.

Les deux fœtus sont extraits par laparotomie, leur réanimation est entreprise pendant 5 mn. L’arrêt cardiaque est constaté.

La mort de la chienne et celle des deux chiots sont constatés malgré les manœuvres de réanimation.

Commentaire

S’agissant d’une intervention de chirurgie obstétricale (césarienne) sur une chienne en bonne santé apparente, cette fin rapidement malheureuse et totalement imprévue constitue bien évidemment un événement indésirable grave au cours des soins.

L’autopsie, non souhaitée par le propriétaire, n’a pas été pratiquée. Cependant, la recherche d’une responsabilité civile professionnelle a été engagée. Sans succès toutefois, en l’absence de faute constatée.

Discussion

Cas éminemment regrettable et difficile à assumer, qui relève de l’aléa.

Cas d’EIG pour lequel les moyens de prévention et de récupération ont été parfaitement déployés mais sans succès. Il paraît bon de rappeler aussi de temps à autre que la mort est indissociable de la vie et réciproquement, et que l’humain, soit-il spécialiste et compétent, n’a pas la maîtrise de tout.

Propositions d’actions préventives

Dans ce cas d’espèce, il n’y a rien à proposer qui n’ait été mis en œuvre.

La prévention a aussi ses limites. En médecine vétérinaire comme en médecine humaine, il convient de ne pas se départir, sinon d’un certain fatalisme, en tout cas de modestie.

L’analyse de cet accident a permis également d’initier une réflexion sur l’organisation et sur les pratiques vétérinaires de la clinique vétérinaire. Cette démarche collective permet à chaque professionnel de s’exprimer, d’être source de propositions si nécessaire et ainsi de continuer à développer une culture de sécurité déjà installée.