Retrouvez l'analyse de la presse internationale sur le risque médical par le Professeur Amalberti. À la une ce mois-ci : signalement des EIG par les patients, le double contrôle pour détecter les erreurs médicamenteuses, l'arrivée de l'IA dans la certification des hôpitaux, l'implication des patients dans les décisions médicales, désinformation en santé...
Le signalement des événements indésirables par les patients et les familles est de plus en plus reconnu comme un complément précieux au signalement initié par les cliniciens dans le système de santé. Bien que les patients et les familles identifient fréquemment des préoccupations de sécurité spécifiques - telles que des ruptures de communication, des quasi-accidents et des défaillances de coordination des soins -, ces informations restent sous-exploitées dans les démarches formelles d’amélioration de la qualité.
Cette équipe canadienne de Vancouver propose une revue de littérature sur la mise en œuvre, l’utilisation et l’impact des systèmes de signalement d’événements indésirables initiés par les patients et les familles, dans divers contextes de soins.
Vingt études répondent aux critères d’inclusion.
Quatre thèmes clés émergent :
Le signalement par les patients et les familles offre des informations uniques sur la sécurité mais il est freiné par une mise en œuvre fragmentée et un manque d’évaluation de son impact. Les efforts futurs doivent prioriser l’intégration, l’équité et la réactivité afin d’impliquer de manière significative les patients et les familles dans la surveillance de la sécurité et l’apprentissage du système.
Cette équipe australienne compare l’efficacité du double contrôle (effectué par un binôme) à celle d'un contrôle unique (par un seul professionnel) pour détecter les erreurs médicamenteuses lors de l’administration, évaluer le temps requis et explorer les facteurs influençant la performance, notamment l’expérience infirmière et les dynamiques sociales.
Il s’agit d’un essai contrôlé randomisé multicentrique en simulation, incluant 82 infirmier(ère)s de deux hôpitaux pédiatriques. Le protocole repose sur 41 simulations de 2 heures impliquant chacune 2 infirmier(ère)s, exposés aux conditions de contrôle unique et/ou double, administrant des ensembles de médicaments contenant des erreurs intégrées. L’ordre des conditions et les ensembles de médicaments sont randomisés.
Les critères principaux sont la détection des erreurs et le temps nécessaire. Les critères secondaires sont l’expérience infirmière et le risque de perte de vigilance par surconfiance, littéralement traduite par "relâchement social" (social loafing), définie comme une baisse de performance individuelle lors du travail en binôme.
Sur 1 160 administrations de doses offrant 640 opportunités de détection d’erreurs, les infirmier(ère)s ont détecté 72,2% (68,6-75,5) des erreurs. Globalement, le double contrôle s’associe à un taux de détection des erreurs supérieur de 11% à celui du contrôle unique.
Toutefois, ce bénéfice reste limité aux infirmier(ère)s expérimenté(e)s (+ 26% de détection des erreurs – 82,5% vs 63,2%). Chez les infirmier(ère)s en début de carrière (<5 ans d’expérience clinique), le double contrôle n’a pas amélioré significativement la détection des erreurs.
Des indices de surconfiance, et de relâchement social ont été observés en particulier chez les infirmier(ère)s en début de carrière, dont la performance de détection des erreurs était supérieure de 26% en contrôle unique par rapport à leur performance dans le rôle de premier contrôleur en double contrôle.
Le double contrôle nécessitait significativement plus de temps par ensemble de médicaments (différence moyenne 4,96 min (IC 95% : 2,10 à 7,83 ; p<0,001).
En conclusion, le double contrôle améliore la détection des erreurs chez les infirmier(ère)s expérimenté(e)s, mais pas chez les infirmier(ère)s en début de carrière. Ce n’est donc clairement pas une stratégie de sécurité universelle.
Selon les auteurs, le renforcement des compétences en contrôle unique et le soutien au jugement clinique pourraient offrir une approche plus efficace et plus facilement déployable pour améliorer la sécurité médicamenteuse.
Le bien-être des professionnels de santé est essentiel à la qualité des soins, la fidélisation du personnel et l’efficacité globale du système de santé. Cette étude néerlandaise vise à identifier, au niveau des services d’un seul hôpital universitaire néerlandais, les variables organisationnelles et de milieu de travail associées aux arrêts maladie et aux mesures d’engagement des professionnels de santé.
Il s’agit d’une étude transversale utilisant des données organisationnelles collectées en routine dans un hôpital universitaire de soins tertiaires aux Pays-Bas. Vingt-cinq services cliniques ont été inclus.
Les variables au niveau des services ont été extraites des bases de données hospitalières collectées en routine. La disponibilité des données variait selon les variables. L’analyse a inclus des informations sur la population de patients, les ressources humaines, les processus de soins, la qualité des soins, ainsi que les expériences des employés et des patients, afin d’évaluer les différences, corrélations et prédicteurs des arrêts maladie et de l’engagement.
Les critères de jugement principaux étaient :
Les deux critères ont été analysés au niveau des services.
Finalement, les services ayant une capacité d’effectifs plus élevée présentent davantage d’arrêts maladie et un engagement plus faible dans les comparaisons par groupes (p=0,009 et p=0,030, respectivement).
Dans les modèles multivariés, une capacité d’effectifs plus élevée restait associée à une augmentation de l’arrêt maladie (p=0,003). L’engagement est positivement associé à un flux patient plus important (p=0,037) et négativement associé à une baisse d’activité.
Aucune association cohérente n’a été retrouvée avec la population de patients et les mesures d’expérience des patients.
Les facteurs liés à la main-d’œuvre, en particulier la capacité d’effectifs ainsi que les entrées et sorties, sont fortement associés aux arrêts maladie et à l’engagement.
Les patients victimes d’un AVC sont souvent confrontés à un arbitrage entre des soins rapides dans des hôpitaux proches et des soins potentiellement de meilleure qualité, mais plus éloignés.
Les preuves restent limitées quant au fait que contourner l’hôpital le plus proche au profit d’un établissement de haute qualité améliore le pronostic.
Cette étude rétrospective d’une équipe universitaire chinoise de Chengdu porte sur 328 206 patients hospitalisés pour AVC admis via les services d’urgence dans la province du Sichuan, en Chine (2017–2019), à partir des dossiers complets de sortie.
Le comportement de déviance par rapport à la procédure recommandée définie comme le fait de ne pas se rendre dans l’hôpital le plus proche et de choisir de consulter dans un établissement plus éloigné. La différence de distance de trajet entre l’hôpital secondaire le plus proche et l’hôpital tertiaire le plus proche a servi de variable instrumentale pour évaluer l’effet sur la létalité des AVC hémorragiques et ischémiques.
Parmi les 328 206 patients concernés, 78% ont eu un comportement de contournement. Les soins dans des hôpitaux tertiaires étaient associés à une létalité significativement plus faible, que les patients aient ou non contourné l’établissement le plus proche, avec des OR inférieurs à 0,8 pour la létalité globale, à 7 jours et à 30 jours.
Le contournement vers un hôpital secondaire plus éloigné n’était pas associé à des différences de létalité. L’analyse par variable instrumentale a mis en évidence un bénéfice de survie lié au traitement en hôpital tertiaire, avec des diminutions significatives de la létalité globale observées :
Contourner un hôpital proche pour recevoir des soins dans un hôpital tertiaire plus éloigné était associé à une létalité plus faible après AVC. Toutefois les résultats les plus favorables ont été observés lorsque les hôpitaux tertiaires étaient atteignables en moins de 30 mn pour l’AVC ischémique et en moins de 60 mn pour l’AVC hémorragique.
L’accréditation des établissements de santé entre dans une nouvelle phase, alors que la transformation numérique et l’intelligence artificielle modifient la manière dont la qualité et la sécurité sont évaluées.
Les revues traditionnelles, périodiques, cèdent la place à des systèmes offrant des informations en temps réel et des mesures continues, créant de nouvelles opportunités de responsabilisation et de détection plus précoce des risques, mais aussi de nouvelles exigences en matière de gouvernance et de supervision éthique.
Une étude de collègues Turcs d’Ankara récemment publiée réunissant des représentants de parties prenantes de 16 pays dans le cadre du congrès ISQUA 2024 (International Society for Quality in Health care) montre un fort intérêt pour ces possibilités, mais aussi un niveau de préparation inégal.
Leurs résultats font écho à la stratégie mondiale de l’OMS sur la santé numérique, qui souligne que la technologie n’apporte de la valeur que lorsqu’elle est soutenue par la préparation organisationnelle, la gouvernance et une main-d’œuvre qualifiée.
L’étude a utilisé un atelier en méthodes mixtes, combinant des questionnaires individuels et une analyse SWOT en groupe impliquant des responsables de l’accréditation, des cliniciens, des décideurs et des managers.
Bien qu’exploratoires, leurs résultats montrent que, si l’accréditation numérique et appuyée par l’IA est jugée prometteuse, la plupart des organisations en sont encore à des stades partiels ou pilotes.
Les participants ont mentionné des gains d’efficience et un meilleur accès aux données, mais ont également souligné des obstacles tels que des contraintes de financement, les précédences à respecter et conserver au moins transitoirement, des problèmes de qualité des données et des lacunes de compétences, reflétant la vision plus large de l’OMS selon laquelle les progrès dépendent de la gouvernance et de la capacité institutionnelle.
La préparation est inégale et de nombreux centres ne disposent pas des systèmes ou des politiques nécessaires pour soutenir des indicateurs en temps réel pilotés par l’IA, ce qui signifie que les modèles d’accréditation traditionnels et ceux appuyés par l’IA sont susceptibles de coexister longtemps ; les organismes d’accréditation devront planifier cette double réalité.
L’analyse SWOT apporte à la fois des opportunités et des mises en garde, en mettant l’accent sur l’analytique en temps réel et le benchmarking, tout en soulevant des préoccupations relatives à la confidentialité, à la cybersécurité, à la fiabilité et à la transparence, en cohérence avec les orientations éthiques de l’OMS.
De nouvelles préoccupations de sécurité des patients émergent à mesure que les grands modèles de langage (LLM) sont de plus en plus intégrés à la prestation de soins, en l’absence de cadres d’assurance qualité adéquats. Cette étude conduite par le département informatique de l’Université de Miami vise à élaborer des indicateurs de qualité stratifiés par le risque pour des consultations médicales assistées par IA et à évaluer les implications pour la sécurité des patients selon différents scénarios cliniques.
Deux cents scénarios cliniques représentant différents niveaux de risque, répartis en quatre catégories de complexité médicale (50 scénarios par catégorie), ont été évalués.
Douze spécialistes de santé ont évalué indépendamment les réponses du logiciel d’IA générative "Claude Sonnet 4.0" à l’aide d’indicateurs de qualité validés. Cette évaluation sur un seul modèle fournit des métriques de performance de référence et un cadre méthodologique pouvant être utilisé dans de futures études comparatives impliquant plusieurs systèmes de LLM.
Les résultats montrent des variations importantes de performance selon les catégories de complexité clinique. Les scénarios de soins courants ont atteint d’excellentes performances (89,2%, IC 95% : 86,1%–92,3%), tandis que les situations de soins plus complexes et relevant plus de l’aigu ont montré des limites plutôt préoccupantes (65,4%, IC 95% : 61,8 %–69,0%).
La fiabilité inter-évaluateurs était excellente dans tous les domaines (ICC : 0,85–0,91).
L’analyse statistique a mis en évidence des différences significatives entre groupes (P < 0.001), avec des écarts potentiels de performance de l’IA selon les niveaux de complexité clinique.
Ces résultats préliminaires suggèrent que la mise en œuvre de consultations de santé assistées par IA pourrait bénéficier de stratégies de déploiement stratifiées par le risque, sous réserve de validation dans des études de plus grande ampleur. Les résultats actuels éclairent le développement de cadres de sécurité et d’indicateurs de qualité essentiels pour maintenir des standards élevés de soins tout en tirant parti des bénéfices de l’IA.
Les données restent limitées sur les différences de perception de la culture de sécurité des patients selon le rôle des employés.
Cette étude d’une équipe de Santa Monica en Californie propose une étude des données transversales 2021–2022 du Hospital Survey on Patient Safety Culture (HSOPS) (245 252 répondants HSOPS, 371 hôpitaux), traitant de possibles modèles distincts au niveau des employés/répondants pour les 10 dimensions de la culture de sécurité des patients et 2 mesures synthétiques.
Les variables retenues sont :
Les dirigeants de haut niveau obtiennent les proportions les plus élevées d’évaluations positives pour la sécurité globale des patients et pour les 10 dimensions de la culture de sécurité des patients.
Les managers/superviseurs sont les plus susceptibles, et le personnel d’unité (assistants/secrétaires/agents) les moins susceptibles, de déclarer des événements indésirables de sécurité.
Les médecins rapportent la plus faible proportion d’évaluations positives de la sécurité globale des patients, ainsi que de la communication et des stratégies perçues d’amélioration.
Les aides-soignants rapportent les plus faibles évaluations pour le travail en équipe, les effectifs/le rythme de travail et la réponse aux erreurs.
Les infirmier(ère)s, les plus faibles pour le soutien de la direction hospitalière.
Et les pharmaciens, les plus faibles pour les transmissions et l’échange d’informations.
En conclusion, les dirigeants, les superviseurs et les managers ont des perspectives différentes et bien plus positives de la culture de sécurité des patients par rapport aux médecins, aides-soignants, infirmier(ère)s et autres personnels. Les hôpitaux devraient se concentrer sur l’amélioration de la communication et du soutien managérial liés à la sécurité des patients pour les médecins, ainsi que sur le travail en équipe, les effectifs et le rythme de travail pour les aides-soignants.
Comprendre l’origine de la variabilité dans la manière dont les pharmaciens contribuent aux transmissions et à l’échange d’informations, et dont les médecins, aides-soignants et personnels communiquent, acceptent les apports managériaux et apprennent des erreurs, est essentiel, car cela peut influencer la sécurité et le signalement d’événements. Les dirigeants hospitaliers pourraient également organiser des discussions au niveau des microclimats (unités) avec les équipes qui fonctionnent bien et celles qui fonctionnent moins bien afin d’identifier des leviers d’amélioration de la culture de sécurité.
Le changement des politiques et des pratiques vers un travail en équipe multi professionnelle peut avoir des implications sur l’expérience des patients.
Ces auteurs Londoniens étudient la relation entre type proposé de prestation de soins et confiance rapportée par les patients (entre téléconsultation et/ou professionnels non-médecins, et rapport direct avec leur médecin traitant), ainsi que la conséquence de ces modalités sur le ressenti que leurs besoins aient été satisfaits.
L’étude porte sur l’analyse secondaire des données du GP Patient Survey (2023), incluant 759 149 répondants issus de 6 418 cabinets de médecine générale en Angleterre.
Une régression logistique multivariée a été utilisée pour étudier l’association entre les critères principaux (confiance et perception que les besoins sont satisfaits) et les caractéristiques des patients, ainsi que pour explorer les relations avec différentes combinaisons de type de professionnel de santé et de modalité de consultation.
Lorsque les patients ne savent pas quel type de professionnel de santé a assuré leur consultation, les chances d’exprimer confiance et assurance diminuent de 50% à 80% par rapport à ceux qui ont consulté un médecin généraliste dans leur cabinet. Une diminution de 50% des chances de rapporter confiance et assurance est associée à une consultation à distance par téléphone ou vidéo (OR 0,56 ; IC 95% = 0,55 à 0,57 et OR 0,48 ; IC 95% = 0,42 à 0,55, respectivement), comparativement aux patients dont la consultation s’est déroulée en présentiel au cabinet.
Des tendances similaires ont été observées pour la perception que les besoins des patients étaient satisfaits.
Les patients qui ne savent pas clairement avec qui s’est déroulé leur consultation en médecine générale ont une confiance moindre et sont plus susceptibles d’estimer que leurs besoins n’ont pas été satisfaits.
L’impact est amplifié lorsque la consultation était à distance (téléphone, vidéo ou messagerie).
Aider les patients à comprendre les nouveaux rôles et apporter de la clarté sur la personne consultée est donc essentiel pour renforcer la confiance des patients dans ces nouveaux modèles de soins.
Des effectifs suffisants sont essentiels au bon fonctionnement des établissements de santé. Cela est particulièrement vrai dans les maisons de retraite, où les Centers for Medicare & Medicaid Services considèrent que les effectifs ont "l’impact le plus important sur la qualité des soins délivrés par les maisons de retraite".
Pourtant, la plupart des maisons de retraite emploient des effectifs inférieurs aux niveaux que les cliniciens, chercheurs et associations estiment adéquats. Diverses propositions étatiques et fédérales ont visé à augmenter les effectifs via des réformes de paiement et des réglementations, y compris la récente tentative des Centers for Medicare & Medicaid Services d’établir des normes d’effectifs plus strictes.
Pour comprendre les effets de telles politiques sur la santé des patients, cette équipe d’économistes de la côte Est des États-Unis a utilisé une récente réforme des paiements dans l’Illinois visant à augmenter les effectifs dans les établissements accueillant des bénéficiaires de Medicaid.
Cette politique incitait à accroître les effectifs en accordant aux établissements des remboursements Medicaid bonifiés allant jusqu’à 38,68 $ par journée-résident Medicaid, selon des niveaux d’effectifs ajustés sur la charge en soins. Dans des travaux antérieurs, il avait été constaté que cette réforme augmentait les effectifs infirmiers de 12,2% par rapport au niveau de référence. L’étude évalue ici en plus l’impact de la réforme sur la santé des patients.
L’étude utilise des données appariées de demandes de remboursement Medicare et des évaluations Minimum Data Set du deuxième trimestre 2021 au troisième trimestre 2023 pour examiner la mortalité, les hospitalisations et les passages aux urgences chez les résidents de maisons de retraite.
Comme les soins en maison de retraite visent à promouvoir et à soutenir l’autonomie des résidents dans les activités de la vie quotidienne, l’étude a également examiné les scores d’autonomie, des valeurs plus faibles indiquant une plus grande autonomie.
La politique ciblant principalement les établissements orientés Medicaid accueillant des patients de long séjour, a restreint l’échantillon aux bilans trimestriels et annuels de santé des résidents de long terme (N = 2 558 611).
L’étude compare l’évolution des résultats de santé avant et après la réforme pour les patients des établissements de l’Illinois exposés (c.-à-d. ceux dont la part Medicaid était au-dessus de la médiane avant la réforme) à deux groupes témoins distincts :
Les analyses montrent certains éléments suggérant que l’augmentation induite des effectifs a amélioré la santé des patients. Sur la base des estimations inter-États après la réforme, les taux d’hospitalisation à 90 jours ont diminué de 0,51 point de pourcentage (pour les patients de l’Illinois par rapport aux patients d’autres États, ce qui correspond à une réduction d’environ 4,1% de la moyenne. Les estimations intra-État étaient globalement similaires.
Les analyses ont aussi mis en évidence des améliorations substantielles de l’autonomie. Toutefois, ces changements doivent être interprétés avec prudence : comme les paiements bonifiés étaient fondés sur des niveaux d’effectifs ajustés sur la charge en soins, les établissements pouvaient augmenter leurs paiements en déclarant des résidents comme peu dépendants (faible acuité) et nécessitant peu d’aide liée à l’autonomie. Il est donc possible que la diminution des scores d’autonomie reflète un sous-codage stratégique plutôt que de véritables améliorations de santé.
Pour résumer, dans cette étude cas-témoins, les auteurs ont constaté qu’une politique Medicaid incitant à des niveaux d’effectifs élevés était associée à une amélioration modeste de certaines dimensions de la santé des patients. Toutefois, même des effets modestes sont extrêmement significatifs à grande échelle : ces estimations suggèrent que si une réforme similaire était adoptée au niveau national, il y aurait 6 142 hospitalisations de moins chaque année aux États-Unis.
Bien que ces résultats soient encourageants, ils laissent une marge importante pour des recherches complémentaires. La structure des incitations financières dans ce contexte ne permet pas de distinguer si les améliorations de l’autonomie et d’autres facteurs financièrement liés correspondent à de véritables gains de santé ou à un sous-codage. De plus, plusieurs de ces estimations manquent de précision ; celle-ci peut être améliorée par des études s’appuyant sur des quasi-expériences de plus grande ampleur.
Les aides à la décision pour les patients sont des interventions efficaces pour soutenir l’implication des patients dans les décisions de santé et peuvent avoir un impact favorable sur les inégalités de santé en réduisant les biais de genre dans la pratique clinique.
Cette équipe de l’université de l’Ottawa au Canada propose une revue de littérature secondaire (jusqu’à 2022) de revues déjà publiées avec une méta analyse sur sexe, genre et différences observées dans les essais contrôlés randomisés ayant évalué des aides chez des adultes prenant des décisions de traitement ou de dépistage.
Pour cette analyse secondaire, les auteurs ont inclus uniquement les critères principaux de la revue originale. Ils ont évalué l’utilisation appropriée de la terminologie pour le sexe (attribut biologique) et le genre (construction sociale). Lorsque les termes étaient utilisés de manière interchangeable, cela était considéré comme inexact.
Les critères de jugement principaux et secondaires étaient la concordance entre valeurs et choix éclairés et qualité du processus de prise de décision (par ex. connaissances, perceptions du risque exactes, sentiment d’être informé, valeurs claires, participation à la prise de décision, indécision) et les événements indésirables (par ex. regret de décision, détresse émotionnelle) selon le sexe et le genre.
Parmi les 209 études randomisées considérées, 206 ont rapporté le sexe et/ou le genre, dont 35 (17%) utilisant une terminologie exacte. Sur ces 206, 70 portaient uniquement sur des femmes, 27 uniquement sur des hommes, 12 analysaient les résultats selon le sexe/genre et 97 ne ventilaient pas les résultats selon le sexe ou le genre.
Les hommes ont rapporté une participation à la prise de décision significativement plus élevée que les femmes (RR 3,16 vs 0,95 ; p<0,01). La méta-analyse n’a pas montré de différences significatives pour les autres critères.
L’exposition à la désinformation sur la santé, définie comme des informations de santé incorrectes ou trompeuses au regard des meilleures preuves disponibles au moment considéré, s’est de plus en plus diffusée via les plateformes de réseaux sociaux, les forums en ligne et des médias de plus petite taille. Le problème gagne de l’importance partout dans le monde, et particulièrement aux États-Unis.
Bien que plusieurs stratégies visent à en atténuer la portée, un intérêt récent s’est porté sur la réduction de la désinformation à sa source. Des rapports antérieurs ont suggéré que les sites de désinformation sont motivés par les revenus publicitaires et que des marques bien connues placent fréquemment des publicités sur des sites diffusant de la désinformation.
Dans la présente évaluation, les auteurs se sont limités aux paiements estimés effectués par des gouvernements et des organisations de santé pour placer des publicités sur des sites d’actualités identifiés comme publiant de la désinformation sur la santé. De fait, sans le vouloir explicitement, gouvernements et agences font vivre ces sites en complément de leur entrées financières plus discutables basées sur de la désinformation.
Dans cette étude transversale, ces auteurs de la prestigieuse université de Yale dans le Connecticut ont utilisé des données de NewsGuard, une entreprise qui évalue la crédibilité et la transparence des sites d’actualités selon des critères journalistiques, afin d’identifier les sites qui publient de façon répétée du contenu faux ou gravement trompeur et qui étaient identifiés comme publiant de la désinformation sur la santé en août 2025, ainsi que les thématiques sur lesquelles ces sites se concentrent. En complément, l’étude a également utilisé les données de la base 360 MediaRadar pour évaluer les dépenses publicitaires 2021–2024 associées à chaque site identifié par NewsGuard.
Les auteurs ont calculé les dépenses publicitaires annuelles totales pour l’ensemble des sites et de toutes les catégories de médias numériques, au total et stratifiés selon 8 catégories d’annonceurs (y compris gouvernements et organisations de santé en identifiant) les 5 principaux annonceurs de chaque catégorie.
NewsGuard a identifié 1 229 sites d’actualités comme publiant de la désinformation sur la santé, avec des données de dépenses publicitaires disponibles dans MediaRadar360 pour 11 d’entre eux ; des données de dépenses publicitaires pour l’affichage internet et le web mobile étaient disponibles pour les 11 sites (100%), la vidéo en ligne pour 2 (18%), l’application mobile pour 1 (9%), et la vidéo web mobile pour aucun. Les domaines de contenu faisant l’objet d’un fort focus sur l’actualité et les commentaires politiques (n = 8), les théories du complot ou canulars (n = 5), les informations de santé ou médicales (n = 3) et l’actualité générale (n = 2).
Globalement, les dépenses publicitaires de 2021 à 2024 pour ces 11 sites ont totalisé 336 428 230 $, dont 35 749 961 $ (10,6%) provenaient de gouvernements et d’organisations de santé. La dépense publicitaire totale médiane (IQR) par site, tous annonceurs confondus et pour les gouvernements et organisations de santé, était respectivement de 13 448 278 $ (10 656 148 $–23 338 017 $) et de 1 389 294 $ (1 107 465 $–2 162 362 $).
Deux sites, NewsMax et ZeroHedge, ont reçu 65,2% de l’ensemble des dépenses et 67,3% des dépenses des organisations gouvernementales et liées à la santé. Le pourcentage médian des dépenses publicitaires totales provenant des gouvernements et organisations de santé par site était de 9,7% (8,8%–11,2%), avec une valeur extrême (Healthy and Natural World) à 25,7%.
Parmi les catégories d’annonceurs gouvernementaux et d’organisations de santé étudiées, les dépenses allaient de 571 843 $ pour le compte de compagnies d’assurance maladie et santé à 19 242 621 $ pour le compte d’annonceurs de remèdes en vente libre et de produits de bien-être et ont diminué de 16 688 593 $ en 2021 à 6 784 340 $ en 2024.
De 2021 à 2024, les gouvernements et organisations de santé ont représenté environ un dixième des 336 millions de dollars de paiements publicitaires estimés versés à 11 sites d’actualités identifiés comme publiant de la désinformation sur la santé. Parmi les annonceurs notables figuraient des agences fédérales de santé, telles que les Centers for Disease Control and Prevention, et des entreprises pharmaceutiques, telles que Pfizer, bien que leurs contributions individuelles représentent une faible part de l’ensemble des paiements.
Bien que l’étude se limite à 11 sites d’actualités identifiés comme publiant de la désinformation sur la santé pour lesquels des données de dépenses publicitaires étaient disponibles, et que la proportion de contenu relevant de la désinformation sur ces sites ne soit pas connue, nos résultats illustrent le soutien financier possiblement involontaire que de nombreuses organisations gouvernementales et de santé apportent en effectuant des paiements publicitaires à ces sites.
Les publicités de ces organisations peuvent renforcer la confiance envers la désinformation ou diminuer la confiance envers le gouvernement ou l’organisation de santé. Des restrictions plus strictes peuvent être nécessaires pour éviter de placer des publicités sur des sites d’actualités qui diffusent de la désinformation sur la santé.