
Alors que la participation des patients au diagnostic fait désormais consensus, la question n’est plus de savoir pourquoi l’impliquer, mais comment le faire efficacement. Une récente revue de la littérature publiée dans BMJ Quality & Safety dresse un constat nuancé : malgré une profusion d’outils et d’initiatives, leur impact réel reste largement incertain, faute de co-construction, d’évaluation rigoureuse et d’intégration des enjeux d’équité.
La décision partagée et plus globalement la participation des patients a été pressentie par l’Académie comme une pilier nécessaire d’une bonne politique de sécurité du patient dès les années 2005-2010 (Stiggelbout et al, 2012).
En 2015, le rapport de la National Academy of Science, Engineering and Medicine des États-Unis intitulé "Improving Diagnosis" avait officialisé cette recommandation universitaire et lancé un appel à l’action, encourageant l’implication des patients et des familles dans la sécurité du diagnostic.
Si beaucoup de cliniciens ont adhéré au principe, les moyens concrets d’impliquer patients et familles dans la sécurité du diagnostic et le partage de décision sont restés insuffisamment explorés et encore sujets à interrogation sur leur plus-value réelle jusqu’à un temps récent (Shay et al 2015).
En 2026, on peut affirmer que l’intérêt de la participation patient fait maintenant l’unanimité ; les équipes discutent plus le "comment faire" que le "pourquoi le faire" (Montori et al 2023).
Une revue de littérature (Hill et al, 2026) vient d’être publiée portant sur la période 1999–2024 pour recenser et cartographier les interventions favorisant l’engagement des patients et des proches (patient and family engagement-PFE) tout au long du processus diagnostique, et à évaluer dans quelle mesure ces interventions :
Les auteurs ont identifié 250 études décrivant 260 interventions, dont 213 dans la littérature grise, issues de systèmes de soins, d’organismes financeurs de recherche et d’organisations de patients. Les patients étaient les principaux utilisateurs visés pour 63% des interventions, mais seulement 24% ont été conçues avec des patients.
La revue souligne cinq résultats essentiels :
1- Abondance apparente :
2- Répartition très inégale :
3- Faible niveau de preuve :
4- Co conception limitée :
5- Équité marginale :
Au total, leur conclusion principale est : malgré une profusion d’outils et de recommandations, les interventions de participation du patient et de leur famille au diagnostic restent peu évaluées, peu coconstruites et insuffisamment équitables.
En l’état, elles ne peuvent pas être considérées comme efficaces. Les priorités futures doivent porter sur la co-conception, l’équité et l’évaluation rigoureuse.
Bref, ces articles ne démontrent pas "ce qui marche", mais cartographient lucidement l’état du champ, mettent en évidence des zones de confort et des zones aveugles, et fournissent une base solide pour une agenda de recherche plus exigeant. On constate qu’il existe une multitude d’outils dans la littérature, avec peu d’indications sur ceux qui sont les meilleurs ou les plus efficaces
On retiendra que l’engagement du patient en diagnostic est aujourd’hui largement proclamé, partiellement outillé, mais encore très insuffisamment pensé, évalué et intégré comme levier systémique de sécurité.