Pratiques et défis de sécurité à l'ère de la transition numérique : qu'apprend-on de l'industrie ?

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Pratiques et défis de sécurité à l'ère de la transition numérique : qu'apprend-on de l'industrie ?

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  • Gros plan d’un stéthoscope et d’une tablette numérique avec dossier médical électronique virtuel du patient - La Prévention Médicale

La pratique médicale n’est qu’une cible parmi d’autres de la grande révolution en cours du numérique. Cet article donne une lecture globale des défis en cours et des solutions qui se dessinent.

Auteur : le Pr René AMALBERTI - Président de La Prévention Médicale - Docteur en psychologie des processus cognitifs - Ancien conseiller HAS / MAJ : 09.04.2026

Le contexte : un rythme d'innovation du numérique et des progrès technologiques galopants

Déjà comme des réalités

  • Puissances de calcul doublées tous les ans (loi de Moore), même si c’est moins vrai depuis un certain temps.
  • Bases de données automatisées, massification des données, data mining.
  • Maîtrise accrue de la Blockchain (actualisation et mise en synchronie immédiate à tous les acteurs du réseau de toute caractéristique modifiée localement par un acteur du réseau - s’applique par exemple aux modifications instantanées des documentations électronique de chacun, mais aussi… typiquement à la gestion des bitcoins).
  • Plateformisation (mise à disposition collective des usagers par le cloud).
  • Miniaturisation, portabilité.
  • Développement rapide des senseurs (caméras intelligentes, radars, etc) et d’une l’IA "générale ou forte" dans l’automatisation (par différence avec une IA "faible" spécifique à une application – ie jeu d’échec) avec le défi de maîtrise des degrés 4 et 5 des systèmes autonomes.
  • Arrivée de l’IA générative.

Encore en maturation mais à un horizon court

  • Arrivée d’une robotique humanoïde.

Rebond suivant à 10-20 ans

  • Arrivée du quantique.


Dans tous les cas, l’accélération de la maturation et de l’innovation technologique du numérique, souvent mesurée en mois plus qu’en années, est un sujet rendant difficile la recherche académique classique évaluant des systèmes pour en porter amélioration (typique de l’ambition FH), car le temps de la recherche est bien trop décalé et lent en regard du rythme réel d’évolution.

On avait une demi-vie de la connaissance médicale déjà très courte en rapport aux autres secteurs industriels, mesurée à 5 ans par rapport aux 13 et 17 ans respectivement dans l’aviation et le nucléaire (Khaved, 2007), mais le rythme s’emballe encore plus puisque l‘OCDE parle maintenant en 2025 d’obsolescence des compétences (tous secteurs confondus) passée de 30 ans dans les années 80 à 2 ans aujourd’hui.

Aucun système de formation continue n’est adapté à un tel rythme d’innovation.
Vincent et Amalberti, 2016

Conséquences sociétales et industrielles

  • Pas d’évitement possible : performance et compétitivité sont largement gagnantes.
  • Le saut numérique et son extension progressive au fil des ans sont obligatoires. Ceux qui ne le feront pas bien, ou au mauvais moment, ne survivront pas professionnellement.
  • Ce n’est pas une évolution banale, c’est une révolution profonde qui va bien au-delà de l’industrie, change l’emploi, et finalement la société, comparable à l’arrivée de l’imprimerie du temps de Gutenberg, ou à la fin de l’artisanat avec l’industrialisation de la fin du 19e siècle.
  • Le chantier des innovations numériques semble se ralentir un peu par rapport au rythme fou qu’il avait depuis 10 ans mais de nouvelles grandes étapes se dessinent, particulièrement avec l’IA générative et les systèmes autonomes, sans parler du quantique qui constitue sans doute le rebond suivant.
  • Une cybersécurité boostée aux nouvelles capacités de calcul et, plus récemment, de l’IA, protection renforcée du cryptage mais nouvelle arme pour les attaquants.

3 catégories de défis bien différentes pour l'industrie (dont le secteur médical), 3 craintes industrielles bien différentes

 

On reconnaîtra que sur ces trois défis, on a un écart significatif entre une littérature technique assez nourrie et une littérature sur le "bon emploi" plus erratique, souvent déclinée par une littérature "à charge" (les points redoutés) plus qu’à "décharge" (les bénéfices attendus).

Le point central reste que les débats universitaires sur l’usage sont rapidement obsolètes dans leurs contenus, surtout dans le domaine RH, soit répétant des résultats acquis sur des conjonctures dépassées par la réalité actuelle, soit prédisant un futur dont on a du mal à comprendre ce qui sera vrai et faux (Amalberti, 2012).

De fait, ce sont souvent les technologues et les entreprises qui "mènent" concrètement la danse de la découverte des problèmes, de la transformation et de la résolution des défis, souvent par essai-erreur, malheur aux perdants avec un risque sérieux de survie et de faillite (plus que d’accidents). 

Références
- Amalberti R. - Piloter la sécurité - Théories et pratiques sur les compromis et les arbitrages nécessaires - Lavoisier (2012)
- Kaveh D, Shojania M., Ansari M. Ji J., Doucette S & Mother D - How quicklydo systematic reviews go out of date - A survival analysis - Anal. of International Medicine (2007) - 147(4), 224-233
- Dixon-Woods M., Amalberti R., Goodman S., Bergman B. & Glasziou P. - Problems and promises of innovation : why healthcare needs to rethink its love/hate relationship with the new - BMJ Quality & Safety (2011) - 20 (suppl 1), i47-i51
- Macrae C - Thinking and organising in systems : reframing the long problem of learning from incidents - BMJ Quality & Safety (2025)
- Schumpeter J. - Creative destruction (1942)
- Vincent C. & Amalberti R. - Safer healthcare : strategies for the real world (p. 157) - Springer Nature (2016)