Revue de presse - Juin 2026

Tout sur la gestion des risques en santé
                et la sécurité du patient

Revue de presse - Juin 2026

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Retrouvez l'analyse de la presse internationale sur le risque médical par le Professeur Amalberti. À la une ce mois-ci : les facteurs qui motivent le patient à porter plainte, le constat d'une faible utilisation de la check-list au bloc opératoire, les critères d'un accompagnement efficace pour les médecins en difficulté professionnelle, l’empathie du médecin améliore aussi l’effet thérapeutique...

Sommaire

Auteur : le Pr René AMALBERTI - Président de La Prévention Médicale - Docteur en psychologie des processus cognitifs - Ancien conseiller HAS / MAJ : 12.06.2026

Une étude anglaise sur les facteurs qui motivent (…ou pas) le patient à porter plainte

Cette étude anglaise (mixe d’auteurs d’Oxford University et du London School of Hygiene and Tropical Medicine) cherche à recueillir les expériences de patients ayant déclaré avoir subi un préjudice et à comparer les réactions et les actions de ceux qui ont entrepris une démarche formelle de plaintes par rapport à ceux qui ne l’ont pas fait.

La méthode repose sur une étude qualitative conduite par entretiens semi-structurés avec 49 participants ayant déclaré avoir subi un préjudice au sein du NHS ou auprès de leurs proches, identifiés grâce à une enquête menée auprès de la population britannique.

Certains ressentis s’avèrent communs qu’il y ait eu ou pas plainte à l’issue de l’événement indésirable. De nombreux participants indiquent ainsi avoir fait part de leurs préoccupations de manière informelle au personnel du NHS, cherchant à obtenir des explications ou du soutien, mais généralement sans succès.

La décision d'entreprendre une démarche est plus complexe. Plusieurs raisons motivent l'absence de démarche formelle, notamment la crainte de nuire aux relations avec les soignants, la nécessité de gérer les conséquences du préjudice ou le refus d'intenter une action contre le NHS. Les services de défense des droits des patients du NHS sont peu utilisés et jugés peu utiles.

Inversement, la connaissance des démarches à suivre et le sentiment d'y être autorisé, associés à des réseaux sociaux proactifs, semble faciliter le passage à l'action, mais souvent seulement après que les personnes ont été poussées par la colère et la frustration de ne pas recevoir d'explications, d'excuses ou de soutien pour leur rétablissement de la part du NHS.

Les personnes issues de groupes marginalisés sont plus susceptibles de se sentir impuissantes à agir ou d'être découragées par leur famille ou leurs contacts sociaux, ce qui peut entraîner un isolement et une perte de confiance.

Les auteurs retiennent en conclusion que les patients recherchent activement une solution et un rétablissement après un préjudice, mais se heurtent souvent à de multiples obstacles pour que leurs besoins d'explications, d'excuses et de soutien soient pris en compte. 

Un dialogue ouvert et bienveillant, en particulier avec les personnes issues des communautés les plus marginalisées, ainsi qu'un soutien adapté à leurs besoins, pourraient favoriser le rétablissement, réduire l'aggravation des préjudices et diminuer le recours aux services de traitement des plaintes lorsque d'autres dispositifs seraient plus appropriés.

Thana L, Crocker H, Modha S, et al What do people do in the aftermath of healthcare-related harm? A qualitative study on experiences and factors influencing decision-making BMJ Quality & Safety 2026;35:334-345.

Annulation d'interventions chirurgicales en chirurgie réglée : une étude des causes

L'annulation d'interventions chirurgicales en chirurgie réglée a des conséquences physiques, psychologiques et financières importantes pour les patients et représente un gaspillage de temps et de ressources hospitalières. 

Cette équipe de Newcastle propose une étude pour identifier les raisons d'annulation des interventions orthopédiques programmées dans un hôpital général de district du NHS et proposer des interventions pour remédier aux annulations évitables.

La méthode est rétrospective portant sur toutes les interventions orthopédiques programmées annulées dans les 7 jours précédant la date prévue, sur une période d'un an. Les raisons d'annulation ont été classées en trois catégories : 

  • facteurs liés au patient,
  • facteurs cliniques,
  • facteurs hospitaliers.
     

Au total, l’étude identifie 600 annulations, dont 47% imputables à des facteurs cliniques, 25% à des facteurs liés au patient et 28% à des facteurs hospitaliers.

48 % des annulations étaient dues à des raisons évitables et 52 % à des raisons inévitables.

132 annulations (25%) ont eu lieu le jour même de l'intervention.

Les principales raisons évitables d'annulation étaient l'impossibilité pour le patient de se présenter (13%), l'indisponibilité du chirurgien (8%) et le manque de créneaux horaires au bloc opératoire (6%).

Les facteurs administratifs liés à la disponibilité du personnel, du matériel et à l'évaluation préopératoire ont représenté 13% des annulations.

En conclusion, les auteurs notent que de nombreuses annulations sont dues à des raisons évitables, qui pourraient être prévenues par une meilleure communication avec les patients et entre les membres du personnel. Sans oublier que les raisons inévitables peuvent avoir des causes profondes qu'il est aussi possible de traiter.

Barrow S., Devalia K., & Rajeev A. Elective orthopaedic surgery cancellations: insights into avoidable and unavoidable causes, consequences, and solutions International Journal for Quality in Health Care, 38(2), Volume 38, Issue 2, April 2026, mzag040

Une étude randomisée confirme que les courtes réunions d’équipe déclenchées à besoin dans le service (Huddles) servent la sécurité du patient

Les réunions d’équipe "déclenchées à besoin" dans le service (Huddles en anglais) sont des rencontres courtes et structurées permettant aux médecins d'échanger et de traiter de manière proactive les problèmes de sécurité des patients, dans le but de réduire les événements indésirables futurs. Des études antérieures ont mis en évidence des liens avec une amélioration de la sécurité des patients, mais aucune étude contrôlée randomisée n'a été menée à ce jour.

Ces auteurs Canadiens de l’Université de Toronto, proposent de pallier ce manque avec un essai randomisé en grappes par étapes, comportant quatre séquences, chaque site hospitalier constituant une grappe. Les services concernés sont les services d’oncologie, de chirurgie et de réadaptation en hospitalisation dans quatre centres hospitaliers universitaires. Les participants sont les médecins des services participant.

Le protocole prévoie des réunions adaptées au contexte local selon une séquence aléatoire générée par ordinateur, tous les deux mois après une période de contrôle de quatre mois sans réunion. Tous les sites sont restés en phase d’intervention pendant au moins neuf mois.

Le critère d'évaluation principal est le taux d'événements indésirables, mesuré sur audits de dossiers médicaux réalisés en aveugle auprès de 912 patients sélectionnés aléatoirement. La fidélité de la mise en œuvre a été évaluée par le taux de participation aux réunions d'information, le nombre de problèmes de sécurité soulevés lors de ces réunions et le nombre d'actions entreprises en conséquence. La culture de sécurité des patients a été évaluée à l'aide du questionnaire de l'Agence pour la recherche et la qualité des soins de santé (AHRQ) sur la sécurité des patients en milieu hospitalier.

Les résultats montrent que le taux ajusté d'événements indésirables (pour 1 000 journées-patients) en phase post-intervention s’avère inférieur de 12% par rapport à la période pré-intervention.

La probabilité de survenue d'événements indésirables après la mise en place des réunions d'information est inférieure de 17% en période post-intervention par rapport à la période pré-intervention. Le taux de participation moyen aux réunions d'information a toutefois varié de 30% à 85% selon les sites. Le nombre moyen de problèmes soulevés et d'actions entreprises par réunion variait de 1,6 à 3,1.

L'évaluation globale moyenne (écart-type) de la sécurité des patients a augmenté, passant de 2,3 (0,53) à 2,8 (0,88) (p = 0,010). Le pourcentage moyen (écart-type) de scores positifs pour les indicateurs composites "Apprentissage organisationnel", "Réponse aux erreurs" et "Communication sur les erreurs" a augmenté significativement après la mise en œuvre.

Cette étude randomisée montre sans ambiguïté que ces courtes réunions d'équipe déclenchées à façon sur la sécurité des patients ont bien permis de réduire les événements indésirables et pourraient améliorer la culture de sécurité des patients en impliquant les médecins.

Guo M, Bayley M, Ye XY, et al Impact of medical safety huddles on patient safety: a stepped-wedge cluster randomised study BMJ Quality & Safety 2026;35:326-333

Déception, déception... la check-list au bloc opératoire bien peu utilisée dans les pays de la région de la Méditerranée orientale

La check-list de sécurité au bloc opératoire a été introduite par l’OMS en 2009.

Avec 15 ans de recul, on pense que le principe de son utilisation est plutôt acquis compte tenu des campagnes successives relayées par l’OMS dans le monde entier, mais on sait aussi que la réalité de son usage reste plutôt sous-déclarée.

L’étude propose un zoom sur ces usages dans 12 pays de la Région de la Méditerranée Orientale (Turquie, Liban, Égypte, Lybie, Émirats, Koweït, Qatar, Jordanie, Tunisie, Yémen, Arabie Saoudite …) pour évaluer son adoption, la satisfaction quant à sa mise en œuvre, les obstacles rencontrés et son impact sur les attitudes des professionnels de santé en matière de sécurité.

La méthode repose sur une enquête transversale a été menée de mars à juin 2024 dans des hôpitaux de cette zone géographique, par le biais d’entretiens en face à face et en ligne. Un questionnaire a été utilisé pour évaluer les attitudes des professionnels de santé en matière de sécurité.

L’étude a inclus 3 861 répondants, dont 1 348 chirurgiens, 1 277 infirmiers de bloc opératoire et 1 236 anesthésistes. Globalement, 52,5% des répondants ont déclaré connaître la check-list OMS.

Parmi ceux qui la connaissaient, son adoption était plus élevée dans les hôpitaux privés et universitaires et plus faible dans les hôpitaux caritatifs, avec 56,2% de répondants se déclarant satisfaits de sa mise en œuvre. 

Le respect systématique de la check-list est décrit dans seulement 32% pour les interventions chirurgicales programmées, et pire 19% pour les interventions d'urgence.

Les principaux obstacles sont le manque de formation, les contraintes de temps, une sensibilisation limitée et une communication insuffisante au sein des équipes. Dans l'ensemble, 61,4% des participants ont démontré une attitude positive envers la sécurité. Cette attitude positive était associée à un âge plus avancé, au fait de provenir d'un pays à revenu faible ou intermédiaire et à la connaissance de la démarche de l’OMS.

Cette étude va à l’encontre de nos illusions et montre la très faible pénétration de la C/L opératoire (ou son déclin) dans ces pays de la Méditerranée orientale, malgré la pression constante de l’OMS.

Autre surprise et autre illusion perdue, l’étude montre que la connaissance de la C/L était la plus élevée dans les pays à faible revenu (76,2%), supérieure à celle des pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure (51,1%) et des pays à revenu élevé  (20,0%).

Gebreal A, El Dine FB, Abdulsalam A, et al Surgical safety checklist awareness and safety attitudes in the Eastern Mediterranean region: a cross-sectional study BMJ Quality & Safety  Published Online First:21 April 2026. doi: 10.1136/bmjqs-2025-019076

Une meilleure empathie du médecin lors des consultations, au téléphone comme en face à face, améliore la satisfaction du patient et l’effet thérapeutique : une étude écossaise

L’échelle CARE (Consultation And Relational Empathy) est un outil validé d’évaluation de l’empathie des médecins généralistes lors des consultations en face à face. Des scores CARE élevés prédisent de meilleurs résultats pour les patients. Pour autant, la validité de l’échelle CARE et son importance lors des téléconsultations restent inconnues.

Pour combler cette connaissance, une enquête transversale, menée en 2018, a été réalisée auprès de 1 023 patients ayant consulté un médecin généraliste en Écosse au cours des 30 jours précédents.

La validité et la fiabilité de l’échelle CARE ont été testées selon des méthodes standardisées. Les associations entre les scores CARE faibles, moyens et élevés et trois indicateurs de résultats (autonomisation, évolution des symptômes et satisfaction) ont été déterminées par régression logistique binaire multiniveau.

Les résultats montrent que sur les 1 023 participants, 369 ont bénéficié d’une téléconsultation contre 654 d’une consultation en face à face. L'outil CARE s'est avéré valide et fiable.

Dans les téléconsultations, comparativement au groupe ayant un faible score CARE, un score CARE élevé était positivement associé à une meilleure autonomisation, à une amélioration des symptômes et à une plus grande satisfaction.

Des résultats similaires ont été observés dans les consultations en cabinet, et les effets n'étaient influencés ni par les caractéristiques du patient ni par celles de la consultation, quel que soit le groupe.

On retient que l’outil CARE est valide et fiable en téléconsultation. L'empathie du médecin généraliste, telle que mesurée par cet outil, prédit de meilleurs résultats pour les patients en téléconsultation, comme pour les consultations en cabinet.

Sweeney K., Brian Kelly L., Stamatopoulos D. et al Role of GP empathy on patient-reported outcomes in telephone consultations: a cross-sectional study with validation of the Consultation and Relational Empathy (CARE) Measure British Journal of General Practice 2026;  76 (766): e408-e414

Évolution mondiale des effets indésirables thérapeutiques en volume et gravité : une incidence qui augmente et une mortalité qui diminue dans les pays riches, mais une mortalité encore très élevé dans les pays pauvres

Cet auteur Chinois de l’université de Qungdao, propose de mesurer l’évolution en volume et gravité des effets indésirables thérapeutiques au niveau mondial, à partir des données les plus récentes de l’étude Global Burden of Disease (GBD) 2021.

La méthode repose sur l’analyse de l’incidence, mortalité et années de vie perdues (corrigées de la pathologie) à partir des données du GDB. Pour rappel, le global burden of diseases 2021, a été proposé par l’OMS et Harvard. Son principe a pour objectif de regrouper la notion de mortalité prématurée avec celle de morbidité à l’aide d’outils complexes.

À l’échelle mondiale, le nombre de patients, traités et ayant subi des thérapeutiques avec impact par leurs effets secondaires sur la durée de vie, a augmenté de 68,50% entre 1990 et 2021. Cependant, le taux d’incidence standardisé selon l’âge a diminué dans la plupart des pays et territoires, et le taux de mortalité standardisé selon l’âge a baissé.

À l'échelle régionale mondiale, les pays riches à indice sociodémographique élevé ont connu une hausse annuelle de 1,72% du taux d'incidence standardisé selon l'âge, tandis que les régions les plus pauvres ont enregistré une augmentation de 12,87% de la mortalité.

Les disparités nationales étaient marquées, les États-Unis et l'Inde supportant les charges les plus lourdes.

Les projections suggèrent une baisse des taux d'incidence, mais une augmentation des décès, sous l'effet de facteurs tels que les évolutions démographiques et le développement des soins de santé.

En conclusion, malgré les progrès réalisés dans la réduction des taux de mortalité et d'invalidité, la charge absolue liée aux interventions médicales d'urgence reste relativement importante, avec des inégalités considérables selon les contextes de développement. Ces résultats révèlent un paradoxe majeur : les systèmes disposant de ressources importantes sont confrontés à des risques croissants dus à des interventions complexes, tandis que les contextes à faibles ressources peinent à gérer les décès évitables.

Yang, J. (2023) Global Burden of Adverse Effects of Medical Treatment, 1990-2021: Trends, Inequities, and Projections From the Global Burden of Disease Study 2021 Journal of Patient Safety 22(3):p 173-181, May 2026. | DOI: 10.1097/PTS.0000000000001440

Le consentement du patient n'est pas facilité par une aide vidéo : le résultat d'une étude randomisée américaine

L’utilisation d’aides audiovisuelles dans l’obtention du consentement par le patient fait encore l’objet de recherches.

Cette étude américaine de cohorte non randomisée RESILIENCE (Personalizing Cardiovascular Health: A Population Approach to Promoting Cardiovascular Disease Resistance and Resilience Among Individuals With Obesity) a intégré un essai clinique randomisé à plusieurs bras afin de tester différentes modalités de consentement des participants.

Le recrutement des participants à RESILIENCE s’est déroulé de septembre 2019 à mars 2022, et l’analyse de cette sous-étude randomisée a été menée de juillet à décembre 2025. L’étude a été réalisée exclusivement en ligne, au sein d’un grand centre hospitalier universitaire américain.

Les participants potentiels à cet essai ont été randomisés selon un ratio 1:1:1:1 pour recevoir les informations relatives au consentement par :

  • texte seul,
  • texte et vidéo avec un médecin,
  • texte et vidéo avec un patient,
  • ou texte et vidéo animée.
     

Le critère d’évaluation principal était l’obtention du consentement à participer à l’étude clinique de cohorte. Le critère d’évaluation secondaire était la compréhension du consentement, définie par un score d’au moins 5 sur 7 à un questionnaire de suivi.

Sur 1 535 participants (968 [63,1%] femmes ; 658 [42,9%] hommes âgés de 60 ans et plus qui ont commencé le processus de consentement :

  • 380 randomisés dans le groupe texte uniquement,
  • 386 dans le groupe texte et vidéo avec un médecin,
  • 383 dans le groupe texte et vidéo avec un patient,
  • et 386 dans le groupe texte et vidéo animée) 

Au total, 888 (57,9%) ont globalement donné leur consentement pour participer à l'étude.

Les taux de consentement des patients étaient similaires pour les 4 stratégies de transmission du consentement.

Parmi les 884 personnes qui ont consenti et rempli le questionnaire de compréhension du consentement, le taux de compréhension du processus de consentement était élevé (86,4%, n = 764) et ne variait pas selon les stratégies de prestation de l'intervention.

Conclusions et pertinence : dans cet essai clinique randomisé portant sur la transmission virtuelle du consentement, les taux de consentement et de compréhension du consentement par les patients étaient similaires, que le consentement soit transmis par texte seul ou complété par des vidéos (avec un médecin, un patient ou une animation). 

G., Lashaunta G., Kenjale A.Audiovisual Augmentation of Electronic Consent to Improve Consent Rates and Comprehension A Randomized Clinical Trial JAMA Netw Open ; Published Online: April 30, 2026;9;(4):e269347. doi:10.1001/jamanetworkopen.2026.9347

Aider les médecins en difficulté professionnelle : une analyse anglaise des critères utiles à un soutien professionnel efficace

La littérature montre que 6 à 12% des médecins peuvent rencontrer des difficultés, ayant un impact sur leur performance professionnelle. Pour autant, dans de nombreux pays, comme au Royaume-Uni, la pratique et la qualité des services de soutien professionnel varient selon le type d'organisation. Cette équipe de Plymouth et Oxford étude vise à :

  • identifier pourquoi, comment, dans quels contextes et pour qui le soutien professionnel est efficace ;
  • élaborer un guide à destination des établissements de santé afin d'optimiser ce soutien.
     

La méthode repose sur 45 entretiens réalisés auprès de personnel de soutien et de médecins ayant bénéficié d'un soutien professionnel sur sept sites en Angleterre. Les entretiens ont été analysés selon une logique réaliste. Pour élaborer le guide, six ateliers ont été organisés avec les mêmes groupes, ainsi qu'avec un groupe de patients et de représentants du public.

Les résultats identifient six principes d'un soutien professionnel efficace, à partir de 47 configurations contexte-mécanisme-résultat :

  1. La culture du lieu de travail influence le comportement de recherche de soutien.
  2. La confiance et la sécurité psychologique sont essentielles pour permettre des conversations franches et un engagement sincère.
  3. Les médecins peuvent alors développer une meilleure connaissance d'eux-mêmes et de leur situation, reformuler les difficultés, assumer leurs responsabilités le cas échéant et identifier les facteurs structurels sous-jacents.
  4. Une approche positive les motive davantage à s'engager.
  5. La croissance personnelle et professionnelle se produit lorsque les médecins sont habilités à faire évoluer leur pratique.
  6. Les cultures qui stigmatisent la recherche d'aide compromettent le soutien, tandis que celles qui valorisent la vulnérabilité et normalisent le soutien augmentent les chances de résultats positifs.
Brennan N, Reynolds E, Price T, et al Optimising professional support for doctors who experience work performance issues: a realist evaluation BMJ Quality & Safety  Published Online First: 20 April 2026. doi: 10.1136/bmjqs-2025-019749

Mieux gérer les interruptions lors des séances d'interprétation d'imagerie dans un trauma center : une proposition anglaise avec des personnes filtrant les appels

Les services de radiologie assurent l'imagerie médicale pour les urgences, les hospitalisations et les consultations programmées. Les radiologues sont responsables de l'interprétation des images, de la validation des examens, de l'établissement des protocoles, du conseil aux équipes cliniques et de la communication des résultats urgents.

Dans les grands centres de traumatologie, les examens tomodensitométriques urgents sont interprétés lors de séances de compte rendu en temps réel, où les radiologues fournissent des comptes rendus instantanés pour guider la prise de décision clinique immédiate.

Ces séances se déroulent dans un contexte de forte activité et de forte pression, et sont fréquemment interrompues par des appels téléphoniques et des demandes de renseignements en personne.

Ces interruptions perturbent le flux de travail cognitif, retardent la communication des résultats urgents, contribuent aux erreurs de compte rendu et peuvent affecter la sécurité des patients.

Aux États-Unis, en Australie et en Europe, des centres ont mis en place des assistants de salle de compte rendu – généralement des étudiants en médecine ou du personnel administratif, plus rarement des internes en radiologie ou des manipulateurs en radiologie – pour gérer ces interruptions, mais leur efficacité n'a pas été évaluée dans les hôpitaux britanniques.

Cette étude prospective monocentrique avant-après une intervention pour réduire les interruptions est conduite dans un service de radiologie d'un grand trauma center londonien.

Les interruptions dans la salle de compte rendu ont été évaluées sur cinq jours ouvrables avant (avril 2022) et six mois après (octobre 2022) l’introduction de deux systèmes d’aide.

Des formulaires standardisés de collecte de données ont permis de consigner la nature, le nombre et l’impact des interruptions. La perception des radiologues concernant ces interruptions a été évaluée à l’aide de questionnaires.

Les appels téléphoniques représentent la principale source d'interruptions avant et après l'intervention (82%, n = 234 vs 95%, n = 249). Le nombre moyen quotidien d'interruptions est similaire avant et après l'intervention (57 ± 9,4 vs 52 ± 8,3 ; p = 0,84).

La durée moyenne par interruption a diminué significativement après l'intervention (2 min 15 s vs 1 min 41 s ; p < 0,001).

Toutes les interruptions avant l'intervention perturbaient le flux de travail des radiologues. Les aides ont géré toutes les interruptions après l'intervention, dont 76% n'ont eu aucun impact immédiat sur les rédacteurs (p < 0,001).

Les interruptions entraînant une perte de concentration ont diminué de 90 % (p < 0,001) et celles menant à la clôture du compte rendu de 63% (p < 0,001).

Les interruptions en présentiel ont baissé de 18% (n = 50) à 5% (n = 13, p < 0,0001).

Après l'intervention, les radiologues ont rapporté une meilleure gestion de leur charge 
de travail et un environnement de travail plus agréable.

Conclusion, il s'agit de la première étude menée dans un grand centre de traumatologie au Royaume-Uni démontrant que les assistants radiologues réduisent significativement le nombre et l'impact des interruptions sur le flux de travail des radiologues lors de la rédaction des comptes rendus urgents. En triant et en gérant efficacement les interruptions, ces assistants ont préservé la capacité cognitive des radiologues, leur permettant de se concentrer sur les tâches nécessitant leur expertise.

Chang, H. M., Gabriel, J., Norman, R., Patel, A., Onwuka, C., Sritharan, P., ... & Wale, A. Can you please hold? An assessment of the impact of reporting room assistants on interruptions in the reporting room of a major trauma tertiary center International Journal For Quality In Health Care, 38(2), April 2026, mzag030

Effet du genre sur la survenue d'EIG chez les internes et chefs de clinique : une étude japonaise

La littérature suggère que les femmes médecins obtiennent de meilleurs résultats pour leurs patients en suivant mieux les recommandations et les pratiques fondées sur la médecine par les preuves.

Cette étude japonaise explore le rôle potentiel de la charge de travail et du stress psychologique dans la relation entre le genre et les incidents liés à la sécurité des patients chez les médecins résidents en début de carrière.

Elle vise à améliorer les environnements de formation durant les premières années de leur carrière médicale.

La méthode repose sur l’analyse des données des examens de spécialité en médecine générale de 2022 au Japon, incluant 6 063 médecins internes/chef de clinique en première ou deuxième année post-diplôme.

Les incidents graves liés à la sécurité des patients ont été recueillis par questionnaire anonyme ; ils étaient définis comme des décès ou des événements indésirables graves résultant d’erreurs médicales commises par les médecins résidents eux-mêmes au cours des 12 derniers mois.

Une régression logistique a permis de prendre en compte les différences entre les hôpitaux et d’examiner les conditions de travail, notamment les horaires, les gardes de nuit, l’épuisement professionnel et les perturbations liées aux relations avec les collègues.

Après prise en compte des perturbations liées aux collègues comme facteur médiateur, les médecins résidents de sexe féminin présentaient un risque plus faible d’incidents graves liés à la sécurité des patients (odds ratio [OR] : 0,71 ; 0,59-0,85 à 95%).

Chez les hommes, une association en forme de U a été observée entre la durée hebdomadaire du travail et les incidents liés à la sécurité des patients (< 45 h : OR : 2,07 ; ≥ 80 h : OR : 1,35), tandis que chez les femmes, une relation dose-réponse a été mise en évidence, notamment pour une durée ≥ 80 h (OR : 2,10).

Aucune interaction significative n’a été constatée entre le sexe du médecin et l’épuisement professionnel ou la fréquence des gardes de nuit.

Les auteurs concluent que les jeunes médecins de sexe féminin ont connu moins d’incidents graves liés à la sécurité des patients. La réduction du temps de travail pourrait leur être encore plus bénéfique pour prévenir ces incidents.

Katagiri A.*; Kamau-Mitchell C., Kurihara M. et al Incident Risk Among Early Career Resident Physicians: A Cross-Sectional Analysis Journal of Patient Safety 22(3):p e64-e69, May 2026. | DOI: 10.1097/PTS.0000000000001465

Les contrats de coopération entre hôpitaux et SSR accélèrent la sortie et transfert vers les SSR des patients de l'hôpital

Les retards de sortie d'hôpital vers les établissements de soins de suite et de réadaptation (SSR) représentent un facteur important de saturation des hôpitaux. Pour autant le lien entre la capacité régionale des SSR et la durée de séjour hospitalier reste mal compris.

Cette équipe de Seattle analyse ce lien à travers des données de remboursement Medicare de 2018 et 2019, couplées aux données publiques sur les SSR, et a inclus 3,34 millions d'hospitalisations avec transfert vers des SSR depuis des hôpitaux de court séjour aux États-Unis en considérant aussi le bénéfice éventuel de contrats de coopération privilégiés (appelés "marchés") qui peuvent lier les hôpitaux aux SSR.

L'échantillon de l'étude comprenait 3,34 millions d'hospitalisations de patients Medicare (âge moyen [écart-type] : 78,6 [11,3] ans ; 60,2% de femmes) transférés vers des SSR, répartis dans 62 303 des hôpitaux-SSR et 421 marchés (contrats de coopération) hôpital-SSR définis empiriquement.

La durée moyenne de séjour hospitalier (écart-type) était de 6,9 (6,8) jours (7,4 [7,8] jours pour les patients bénéficiant de la double éligibilité et 6,7 [6,2] jours pour les patients ne bénéficiant pas de la double éligibilité).

Au sein des marchés, chaque heure supplémentaire de personnel infirmier par patient et par jour était associée à une durée de séjour hospitalier (DSH) plus courte de 3,5% (IC à 95%, -5,5% à -1,4%).

Des associations ont également été observées chez les patients bénéficiant d'une double couverture (-3,9% [IC à 95%, -6,7% à -0,9%]) et chez ceux n'en bénéficiant pas (-3,2% [IC à 95%, -5,4% à -0,9%]).

Les différences de taux d'occupation et d'effectifs de thérapeutes au sein des réseaux n'étaient pas associées à des différences de DSH après ajustement pour les facteurs liés au patient, à l'hôpital et au réseau.

Les marchés hôpital-établissement de soins de suite et de réadaptation s’avèrent très efficaces. Au sein de ces marchés, pour la population bénéficiant du régime de paiement à l'acte de Medicare, un nombre de personnel infirmier plus élevé s’associe à une DSH plus courte.

Prusynski R., Yan Z., Zachrison K., et al, Skilled Nursing Facility Network Capacity and Hospital Length of Stay JAMA Netw Open Published Online: April 30, 2026
2026;9;(4):e269930. doi:10.1001/jamanetworkopen.2026.9930