
Un geste chirurgical réalisé dans de bonnes conditions techniques peut néanmoins déboucher sur un événement indésirable lorsque certaines actions de prévention ne sont pas suffisamment anticipées. À travers ce cas clinique d’un chat nerveux opéré en urgence d’une plaie de queue sous anesthésie, cet article met en lumière l’importance de la surveillance du réveil anesthésique, des consignes données à l’équipe soignante et de l’anticipation des comportements à risque.
Un chat de race British Shortair de trois ans se retrouve blessé à l’extrémité de la queue, malencontreusement coincée lors de la fermeture d’une porte.
L’extrémité de la queue, comportant la dernière vertèbre coccygienne, est arrachée, mettant à nu l’avant-dernière vertèbre.
Immédiatement conduit chez un vétérinaire, celui-ci a choisi d’intervenir chirurgicalement (parage, suture cutanée et pansement) sans délai sur cet animal qui n’était cependant pas à jeun, cela dans le but d’une cicatrisation optimale (et pour prévenir l’infection).
Du fait de l’absence de diète, le praticien a modifié son habituel protocole anesthésique : il a notamment évité les alpha-2 agonistes, émétisants. La seule prémédication faite, sur ce chat présenté comme nerveux, fut l’administration de buprénorphine, suivie d’induction anesthésique au masque avec de l’isoflurane. L’anesthésie a été ensuite simplement maintenue au masque, sans intubation. L’intervention fut de brève durée (10mn).
L’intervention achevée, le pansement effectué, le masque est retiré, le chat est immédiatement placé par l’auxiliaire dans une cage d’hospitalisation tout à fait classique (murs et plancher carrelés, porte à barreaux métalliques), sur un champ opératoire.
Très rapidement un bruit dans la cage alerte l’auxiliaire et le praticien : le réveil de ce chat est agité, il se débat et fait des bonds dans la cage. Ils interviennent rapidement pour l’immobiliser et attendre le réveil complet avec le rétablissement rapide d’une situation calme. Ils constatent toutefois que, lors du ou des premiers bonds, il s’est fracturé une canine.
Les suites de l’intervention sont normales, le chat ne souffre pas spécialement de la fracture du croc bien qu’elle ait dû donner lieu à des soins adaptés, plus lourds que l’intervention initiale. Cependant il avait quatre crocs en venant se faire soigner la queue et n’en a plus que trois à la sortie de la clinique.
La responsabilité civile du praticien a été mise en cause. Le praticien, bien que consciencieux, a été reconnu imprudent de n’avoir pas assuré une surveillance du réveil suffisamment rapprochée, alors qu’on pouvait s’attendre, sur cet animal de tempérament nerveux et faiblement prémédiqué, à un réveil brutal et possiblement agité.
Le réveil peut survenir de façon impromptue (bonds, sauts) sans signes prémonitoires mais il faut l’anticiper dans le cadre d’une anesthésie volatile immédiatement réversible n’ayant pas été précédée d’une prémédication réellement sédative sur un animal connu comme nerveux et possiblement agité.
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