Une attelle orthopédique traumatisante sur un poulain

Anticiper les risques pour mieux sécuriser les soins

Une attelle orthopédique traumatisante sur un poulain

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  • Une jument et son poulain dans un pré - La Prévention Médicale

Une pose d’attelle peut sembler être un geste technique simple et maîtrisé. Pourtant, chez un poulain, un dispositif mal adapté, un serrage excessif ou l’absence de surveillance peuvent entraîner des lésions cutanées importantes et engager la responsabilité du praticien. Ce cas clinique illustre comment, au-delà du seul geste technique, plusieurs barrières de sécurité peuvent faire défaut : expérience insuffisante pour la situation rencontrée, défaut d’information, absence de suivi et erreur de délégation. L’analyse des causes et des "tempos" met en évidence les facteurs ayant contribué à la survenue de cet événement indésirable et permet d’en tirer des enseignements directement transposables à la pratique vétérinaire.

Auteur : le Dr Vétérinaire Michel BAUSSIER / MAJ : 08.09.2026

Cas clinique

Un poulain naît avec une contracture des antérieurs provoquant une flexion anormale au niveau de l’articulation carpienne.

Le vétérinaire traitant, indisponible (en vacances), demande avec insistance à un confrère voisin, de poser un pansement-attelle (pansement rembourré incluant une attelle rigide) sur l’un des deux antérieurs atteints.

Celui-ci se rend une première fois au centre équestre où se trouve le poulain. Il examine l’animal, fait préparer pour le lendemain une attelle par le propriétaire et donne des instructions sur l’équipe de contention à constituer.

Le lendemain, le praticien fait apporter des modifications à l’attelle préparée dans le but d’éviter un traumatisme cutané ; puis le poulain, préalablement tranquillisé, est immobilisé à terre. Il reçoit une perfusion d’oxytétracycline, laquelle a des propriétés relaxantes des muscles et tendons.

L’attelle en forme de gouttière est posée sur trois couches de rembourrage du membre avec du coton cardé et des bandes de crêpe. Elle est elle-même fixée par des bandes élastiques adhérentes qui la recouvrent et l’englobent.

Le poulain se lève spontanément et facilement après l’intervention.

Le suivi est assuré par le vétérinaire traitant.

Deux semaines plus tard, l’attelle est retirée, découvrant deux importantes escarres de la région carpienne dont le traitement va s’avérer assez lourd et coûteux.

Le deuxième membre antérieur sera traité de la même manière par le vétérinaire traitant mais avec une attelle découpée de telle manière que la pression sur le carpe fût maîtrisée, écartant tout excès.

Le résultat orthopédique a été satisfaisant pour les deux membres.

Le problème a été celui des escarres par pression excessive de l’attelle sur la peau et les tissus sous-cutanés.

Les soins locaux prolongés ont permis d’obtenir une cicatrisation de qualité.

L’assurance de responsabilité civile professionnelle du praticien a été sollicitée. Celui-ci a été reconnu fautif (défaut d’information, manque d’expérience professionnelle) et une indemnisation a été accordée au propriétaire de l’animal.

Commentaires

  • L’intervention aurait pu attendre sans dommage pour l’animal le retour du vétérinaire traitant.
  • En intervenant alors qu’il ne le souhaitait pas, mais pour rendre confraternellement service, le praticien a pris un risque qu’il s’est trouvé assez injustement en situation de devoir assumer.
  • La pose d’attelles paraît à tort un acte anodin.
  • Le défaut d’information orale et écrite (reproche encore parfois fait à raison aux vétérinaires) se trouve aussi dans ce cas mis en évidence.
  • Le suivi dont devait se charger le vétérinaire traitant n’a pas eu lieu.
  • Le second membre a été traité par attelle efficacement et sans complications par le vétérinaire traitant.
  • L’administration (hors AMM) d’un antibiotique (oxytétracycline) dans une indication qui ne relève pas de la lutte contre une infection bactérienne soulève une vraie question d’éthique.

Propositions d’actions préventives

  • Accepter sur insistance d’autrui d’apporter un service dans un domaine où sa compétence/son expérience sont limites ou insuffisantes n’exonère nullement d’une mise en cause. Il faut savoir le refuser, hors situation d’urgence vitale.
  • Toujours informer des risques.
  • La tolérance des pansements contentifs (pansements-attelles, pansements plâtrés, résines…), leur innocuité doivent être contrôlées de façon suivie, régulière et rapprochée.