
La check-list (C/L) de l'OMS est un pilier de la sécurité chirurgicale depuis près de 20 ans : elle est reconnue comme norme obligatoire ou recommandée et adoptée par les hôpitaux du monde entier.
Pourtant, son usage décline au fil du temps. Comment peut-on y remédier ?
L’adoption de la check-list ne s’est pas traduite nécessairement par une utilisation pertinente. Son utilisation, même si elle n’a jamais été au top, a même sérieusement décliné dans de nombreuses régions du monde au fil du temps, et la possibilité d'exploiter pleinement son potentiel s'amenuise.
Cet article rebondit sur un article (résumé dans la revue de presse de juin) de Gebreal et al, (2026) et un commentaire à cet article Kogut et al (2026) sur le déclin de la C/L de sécurité au bloc chirurgical.
L'évolution de la C/L peut être appréhendée à travers trois phases :
Les outils comme la check-list sont par nature dynamiques et doivent être constamment adaptés à leurs environnements et contextes. La check-list ne doit pas seulement être adaptée lors de son introduction initiale, mais doit également évoluer lorsque sa mise en œuvre rencontre des difficultés et que l'environnement hospitalier change au fil du temps (Alsadoun et al, 2024).
Les systèmes doivent être prêts à revoir leurs stratégies de mise en œuvre et à mettre à jour l'outil en conséquence ; si la liste de contrôle n'est pas considérée comme un outil vivant, elle risque de perdre l’impact escompté.
Dans de nombreux contextes, les hôpitaux font état d'une excellente utilisation, mais ces rapports, souvent utilisés à des fins administratives, ne reflètent qu'une conformité superficielle : la liste de vérification est remplie, mais souvent partiellement ou machinalement. Pour le dire autrement, dans de nombreux contextes, la check-list est passée d'un outil de sécurité collaboratif à une simple formalité administrative, un exercice de validation plutôt qu'un catalyseur de communication et de responsabilité partagée.
Les études les plus récentes pointent un peu de façon désespérée ce recul constant dans la pratique, et recommandent la nécessité urgente d’en revoir le contenu et l’usage. Elles plaident pour que les personnels médicaux concernés se la réapproprient dans leur propre hôpital, clinique, avec son propre contexte de personnel et de contraintes, se la mettent à leur main quitte à la simplifier ou à la "tordre" dans son protocole d’usage, mais en tout cas en dépassant un usage qui est devenu largement une simple validation administrative d’une coquille vide (de sens).
C’est un peu l’esprit de l’évolution des consignes d’usage de la check-list prôné par la HAS (Cabarrot et al, 2024). La HAS considère toujours comme non négociable la vérification croisée des informations essentielles avant, pendant et après toute intervention, mais elle laisse désormais toute latitude (et responsabilité) aux sociétés savantes et aux équipes de soin pour y parvenir.
Espérons que l’outil va retrouver son sens premier de servir la sécurité, surtout dans la conviction à l’utiliser, même si c’est au prix d’une apparente distance et moindre conformité à une façon unique d’en pratiquer l’usage.