
Les vétérinaires sont indispensables dans une exploitation agricole pour soigner les animaux d’élevage. Mais pour que les prises en charge soient performantes, les observations des agriculteurs sur la vie des bêtes sont essentielles, à condition qu’elles soient factuelles.
Dans un élevage bien tenu (animaux bien observés et surveillés), la circonstance traumatisante ne serait probablement pas passée inaperçue.
En médecine vétérinaire rurale, l’éleveur doit être considéré comme faisant partie de l’équipe soignante. Ici, il n’a pas surveillé convenablement ses animaux (mal entretenus, d’état général moyen) ni avant ni après la visite du vétérinaire.
Pour autant, il n’est pas certain que la mort de la vache aurait pu être évitée.
De façon générale :
Même si, dans ce cas d’espèce, il est délicat de formuler des actions préventives, on peut en profiter pour affirmer que :
Une vache croisée Salers Charolaise de cinq ans, en fin de gestation, sur le point de vêler, présente subitement un manque d’entrain et surtout des efforts expulsifs, évoquant les coliques du part.
L’éleveur, pensant d’abord aux symptômes d’une torsion utérine, appelle ses vétérinaires. On est en milieu d’après-midi un samedi.
C’est un jeune praticien salarié qui intervient rapidement. Il réalise un examen clinique soigneux et attentif. L’exploration vagino-cervicale et rectale ne révèle aucun signe de torsion utérine, les antérieurs du veau sont palpables. Il conclut à des coliques de faux-part et, en quittant l’exploitation, après avoir proposé la césarienne immédiate, conseille la simple expectative surveillée.
L’éleveur, professoral et directif, pensant aussi aux symptômes d’une réticulite traumatique (par corps étranger rumino-réticulaire perforant), le jeune praticien avait répondu à sa demande (son inquiétude) en administrant par voie buccale à la vache un aimant (dispositif aux vertus préventives a minima, de toute manière inoffensif et en tout cas rassurant).
À son retour à la clinique, sur conseil de ses confrères employeurs, il rappelle l’éleveur et prescrit l’administration d’un tocolytique et d’un anti-inflammatoire que l’éleveur vient chercher et administre à l’animal.
Le lendemain matin dimanche, l’éleveur trouve sa vache morte.
Une autopsie réalisée le mardi matin met en évidence une péritonite séro-fibrineuse et hémorragique consécutive à une rupture utérine, avec engagement du fœtus dans la cavité générale. Le bouchon muqueux cervical est toujours présent, il n’y a aucune torsion utérine. Il existe des suffusions et hémorragies importantes en zone lombaire et pariétale gauche plaidant pour un traumatisme important (bagarre avec d’autres animaux ou autres causes) manifestement passé inaperçu de l’éleveur.
La responsabilité du jeune praticien avait été recherchée dans le cas d’espèce, au motif d’une prétendue erreur de diagnostic. Elle n’a pas été retenue.
Ce cas relève de l’exception. Le traumatisme générateur est demeuré un événement inconnu, en tout cas passé inaperçu de l’éleveur et a priori indétectable au moment de l’examen clinique.
C’est le dénouement inattendu et relativement fulgurant (évolution mortelle en quelques heures au cours de la soirée puis de la nuit) qui fait de cet événement un EIG et qui a aussi amené à la remise en cause par l’éleveur des soins vétérinaires apportés.